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Rythmes de danse à Saint-Pierre : la cuisine et les clés

10 Fév Publié par dans Danse | Commentaires

La musique et la danse, c’est là tout ce qu’il faut [1]. Qui est le moteur, la musique ou la danse ? Kader Belarbi ne tranche pas et préfère s’attacher aux termes qu’elles ont en commun : le phrasé, la suspension, la scansion, le rythme. Le rythme interne au geste.

Qui pratique la danse avec son ombre […] ressent intérieurement ce que calligraphier peut signifier lorsque le corps se fait pinceau et l’espace feuille : les instruments diffèrent, la vigueur demeure. [2]


Ce sont les calligraphies de Shi Tao qui ont inspiré Entrelacs à Kader Belarbi. La scène est une toile en trois dimensions : les danseuses sur pointes sont les poils du pinceau, les danseurs le bambou. Les mains ne doivent pas être rigides, c’est un trait sans fin. L’unique trait de pinceau est l’origine de toutes choses, la racine de tous les phénomènes ; sa fonction est manifeste pour l’esprit et cachée en l’homme, mais le vulgaire l’ignore [3]. La musique de Arvo Pärt permet l’étirement du temps, l’étirement des corps, la vie du mouvement dans l’air.

Changement de rythme.
Dans The Vertiginous Thrill of Exactitude, William Forsythe utilise le vocabulaire classique dans la fulgurance du scherzo de la neuvième symphonie de Schubert. Ce sont des pas académiques, avec des associations particulières, des lignes qui vont plus loin, des déhanchés, des décalages, une vitesse d’exécution vertigineuse.

Malléabilité et énergie.
Sur la musique électro-acoustique de Ulrich Müller et Siegfried Rössert, les corps façonnés par Jacopo Godani dans Anarchist Unit Related to Art (A.U.R.A.) deviennent malléables ; les danseurs se regardent, comptent. Des rythmes de corps. Une énergie puissante. Des rythmes de souffle dans ce duo répété sans musique.

Le sol glisse, une pirouette se déséquilibre, un ensemble n’est pas ensemble. Ce sont les rayures et les ratures du travail en cours, de la recherche de ces corps en haillons de tous les jours, de ces visages concentrés sans fards ni faux cils, qui halètent et ne sourient pas. Des artistes qui osent livrer la nudité de l’effort, de la souffrance, de l’essoufflement, de la chose encore imparfaite.

Le futur spectateur est entré dans la cuisine. Il aura quelques clés pour passer dans la salle et savourer l’aboutissement de la patiente construction.

[1] Molière, Le Bourgeois gentilhomme, Acte I, scène 2, Maître à danser.
[2] Cyrille J.-D. Javary, L’écrire étincelant. In [4].
[3] Shi Tao. In [4]
[4] Fabienne Verdier, L’Unique trait de pinceau, Albin Michel 2001

Saint-Pierre-des-Cuisines, 5 février 2013
Représentations du 21 au 24 février, Halle aux Grains.

Une chronique de Una Furtiva Lagrima.

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