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Joseph Swensen connaît parfaitement les chemins “brucknériens“ tracés dans le Ciel par le Ménestrel de Dieu. Avec ferveur et ardeur, tous les acteurs de l’ONCT ont gravi les marches du nirvâna.

11 Nov Publié par dans Musique classique | Commentaires

Ludwig van Beethoven et son serviteur au clavier David Fray nous pardonneront sûrement ce titre et le compte-rendu du concert, si tous deux, l’un sur terre, l’autre au ciel, ont aussi entendu ce moment de musique, la Symphonie n°4 d’Anton Bruckner, dans notre sanctuaire toulousain en présence de près de deux mille fidèles. 

Joseph Swensen

C’est en effet directement que nous nous entretiendrons de ce monument de presque trois-quart d’heure. Remaniée, révisée, parmi les nombreuses versions de cette n°4, Joseph Swensen a choisi la plus monumentale. Elle lui convient parfaitement, et à son orchestre d’un soir itou. Cette vaste méditation sur le passé, l’infini et la mort est aussi une irrésistible mise en scène sonore de la fragilité humaine. Elle fut parfaitement rendue. Bruckner, notre émouvant précurseur romantique de la musique répétitive, sorte de Schubert ressuscité ou de Phil Glass avant l’heure, nous abreuve de ses marches harmoniques prévisibles et interminables, ses cuivres brutaux, ses cordes sentimentales, ses tutti orchestraux fracassants. Et de tout cela, nous nous en délectons, jusqu’à plus soif !!

Attentif à tout, aux coloris, aux plans, aux  jeux de “demande et réponse“ entre pupitres, le chef sculpte la partition mais plus encore l’anime d’un grand souffle émotionnel que servent son sens permanent du phrasé et sa vision profondément humaine. Dans cette symphonie aux résonances mutiples, Swensen privilégie, me semble-t-il, le côté mystique sans gommer, loin de là, l’aspect “romantique“, les deux apparaissant souvent profondément imbriqués.

Ainsi, le début du I, qui sourd du silence mais avec un frémissement cosmique que va peindre l’appel du cor – un pupitre de cors superlatif ! – puis l’orchestre tout entier qui se gonfle, s’amplifie et semble escalader les nues sous la pression d’une force irrésistible – preuve à l’appui, pas la peine de doubler les cordes pour obtenir puissance sidérante ou pianissimos éthérés.

L’Andante du II nous plonge dans une intense méditation devant la beauté de la Nature, de la Création. L’attitude est dense, grave, sereine tandis que le III va se vitaliser, s’enflammer, s’emplir dans une belle dynamique, avec des couleurs cuivrées. Dans un splendide crescendo parfaitement amené, les pupitres de cuivres intensément sollicités ont fait frémir les mécréants bien confortablement, enfin !…installés. L’atmosphère est joyeuse et bruyante. Enfin, le IV, avec son finale en tous points cohérent dans sa monumentale unité. Le Ciel entrevu depuis longtemps est finalement atteint dans cette griserie altière autant que majestueuse, où l’amour de la Nature vient confluer en l’amour de Dieu. Après quelques soubresauts brusques, véritable chevauchée de walkyries “bruknériennes“, éclate la coda, frémissante, mystérieuse, avec des réponses feutrées aux cordes, murmures qui s’enflent jusqu’à devenir ample Hosannah, des cordes dont les cinq pupitres ont, comme on dit, tout donné pour leur Guide au bord de l’état de transe, mais surtout d’épuisement. Enumérons-les, on le leur doit bien : contrebasses, violoncelles, altos, seconds et premiers violons. Tout Bruckner était là, avec son côté naîf, mystique, sensuel ? architectural – les fameuses cathédrales sonores – révélé de fort belle manière de façon humaine, splendide et tellement émouvante. Mais avec Joseph Swensen,  nous avions peu, très peu de doutes sur le niveau du résultat.

Michel Grialou

Orchestre National de Capitole de Toulouse

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