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« Une vie meilleure », un film de Cédric Kahn

10 Jan Publié par dans Cinéma | Commentaires

Course à l’abîme

C’est une histoire qui arrive tous les jours. Ou presque. C’est l’histoire d’un homme, Yann,  encore jeune, qui veut se sortir de sa mouise (cuistot dans une cantine) et créer son restaurant. Un entrepreneur plein d’idées, de projets, d’ambition, d’énergie aussi. Quoi de plus louable ? Sauf qu’aujourd’hui encore plus qu’hier, notre société considère ce genre d’individu comme dangereux. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas l’argent nécessaire et que, de nos jours, les banquiers ne prêtent qu’aux riches. Mais les banquiers ne sont pas exempts de failles. C’est dans l’une d’elles que Yann va s’engouffrer bien imprudemment… Restaurant terminé, la commission de sécurité fait tomber le fer de la guillotine : non conforme. Impossible d’ouvrir et donc de commencer à payer les échéances. La spirale du surendettement attire Yann vers des abîmes sans fin dans lesquels il n’est point de pitié. Problème supplémentaire, Yann a entraîné dans l’histoire, une jeune femme, Nadia, et son gamin, Slimane. Celle-ci voyant le gouffre s’ouvrir devant elle, accepte une place au Canada et laisse le mouflet à Yann assorti d’une promesse de le récupérer dans le mois qui suit. Evidemment, même le Canada n’est pas le pays des bisounours. Bientôt pris entre les rets d’un marchand de sommeil, Yann va péter un câble. A vrai dire, on finit par avoir de l’empathie pour Yann car, franchement, il accumule une dose de malheur assez révoltante. Bien sûr tout ce qu’il fait n’est pas clair, mais bon, il cherche au moins à s’en sortir tout seul, sans le recours aux aides traditionnelles et systématiques. Et dans le registre de cet homme blessé mais pugnace, Guillaume Canet (Yann) trouve ici l’un de ses meilleurs emplois. D’autant qu’il est confronté à un duo très tendu avec un gamin de 8/9 ans (excellent Slimane Khettabi), ce qui est toujours un exercice périlleux. Autre présence qui donne de la force à ce film, Leila Bekhti incarne une Nadia mystérieuse (on ne sait rien d’elle)  mais terriblement émouvante. Un film dur, sur notre temps, sur cet engrenage fatal dans lequel certains se précipitent, ou tombent plus simplement, sur une fracture sociale qui devient béante comme la gueule d’un monstre sorti tout droit de l’Apocalypse.

Robert Pénavayre

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