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« Drive », un film de Nicolas Winding Refn

21 Oct Publié par dans Cinéma | Commentaires

Avec Ryan Gosling, Bryan Cranston, Carey Mulligan, Albert Brooks, Ron Perlman.

Los Angeles, un pilote sans nom se fait payer en transportant des braqueurs. Seule condition : ne pas assister aux braquages. A part ça, il est cascadeur pour le cinéma, et bosse aussi dans un garage. Il fricote de plus en plus avec sa voisine craquante, mère d’un petit garçon, dont le père est sur le point de sortir de prison. Le quotidien du pilote se partage entre les errances nocturnes au volant en écoutant de la musique électro, et du bricolage dans le cambouis.

Mais sous ses airs d’autiste mutique, se cache un hyper violent à qui il ne faut pas se frotter.

Ce nouveau long-métrage de Nicolas Winding Refn (« Valhalla Rising »« Bronson ») est à ranger dans la catégorie des oeuvres vaporeuses, dans l’artistico-branchouille urbain (coucou Wong Kar Wai). Ce film traite de l’errance, une errance d’un homme comme hypnotisé par la route. Ne vous fiez pas à la bande-annonce, si vous vous attendez à du « Fast and furious », passez votre chemin. « Drive » est pourtant un film de braquage, et comporte deux séquences de poursuite automobile (la première est un sommet de tension et de maîtrise formelle, la seconde est plus classique et beaucoup plus énervée). Nous avons donc un film flirtant avec des conventions, celles du film de braquage, du film de mafieux, tout en tordant certaines règles au profit d’une approche plus arty.

« Drive » peut être considéré comme un film froid, mais n’est pas déshumanisé pour autant. Le triangle formé par le pilote, sa voisine et le garçon est sympathique, et même si l’utilisation du ralenti provoque une dilatation du temps, tout en induisant un sentiment de pleinitude pour le héros, et malgré des dialogues plus que réduits à l’essentiel, le metteur en scène arrive à faire passer une flopée de sentiments et d’impressions par l’utilisation du non dit et une maîtrise imparable du hors champ. La scène du dépannage sur le parking du supermarché, suivie de celle du verre d’eau, est à ce point exemplaire de cette volonté du réalisateur d’explorer la narration minimale, poursuivant l’expérimentation vers le muet déjà vue dans son opus précédent, dans un registre plus initiatique et barbare : « Valhalla Rising ».

Contraint de réduire son jeu au maximum, l’acteur Ryan Gosling donne au départ une impression de mollesse très désagréable, nous faisant craindre de nous coltiner près d’1h40 cet autiste. Mais la direction d’acteur du metteur en scène danois fait des prodiges, et la silhouette longiligne de Gosling, combinée avec sa blondeur diaphane, en font un personnage dépourvu de toute matérialité, traversant comme un fantôme cette histoire de valise de billets, meurtres sauvages, et règlements de compte, comme une entité n’ayant jamais existé. L’aspect fantômatique du personnage est d’ailleurs pointée du doigt dans l’une des dernières scènes du film, silencieuse, quand sa voisine tape à sa porte. Elle laisse la place à une conclusion en apesanteur, où le pilote, à cheval entre deux mondes, empoigne le volant dans une ultime virée.

Le territoire de ces errances, Los Angeles, est montrée comme rarement : des rues très larges étonnamment vides, seulement arpentées par des malfrats et des flics, et rappelle la démarche du réalisateur Michael Mann sur « Collateral », qui explorait la solitude de deux hommes dans un taxi. Navigant entre un univers nocturne mis en forme de manière arty, à base de ralentis et sans parole, et un monde de mafieux de jour, plus conventionnel et ultra-violent (le travail sur le son et les impacts de balles est saisissant), où un patron de pizzeria juif italien (Ron Perlman) offre au film son quota de dialogues, « Drive » joue sur ces deux univers pour décrire le personnage du pilote, et dresse un portrait en creux d’un homme vide, retrouvant une matérialité grâce à sa relation pourtant quasiment platonique avec sa voisine.

Un film surprenant, et ce dès son générique d’ouverture savoureusement décalé, lauréat d’un prix de la mise en scène à Cannes largement mérité.

Thomas Berthelon :  http://thomasberthelon.com

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