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Le labyrinthe des passions

11 Sep Publié par dans Opéra | Commentaires

L’Opéra de Paris présente à l’opéra Bastille une production du « Barbier de Séville » de Rossini, créée au Grand Théâtre de Genève par le metteur en scène Damiano Michieletto. Dirigée par Carlo Montanaro, l’une des distributions réunit le ténor René Barbera et la mezzo-soprano Karine Deshayes. Une représentation sera retransmise en direct dans les salles UGC et sur France Musique.

"Le Barbier de Séville" © Vincent Lepresle

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais n’était pas seulement horloger, homme d’affaires et dramaturge. Il était aussi professeur de harpe. En 1772, il soumet à la Comédie Italienne un « Barbier de Séville », sorte d’opéra-comique de sa composition. La partition étant refusée, Beaumarchais fait du « Barbier de Séville » une comédie. Elle est créée à la Comédie-Française, en 1775. D’abord écrite pour être chantée, cette pièce est donc dotée d’une véritable dimension musicale qui attire de nombreux compositeurs : musicien très populaire à l’époque, Paisiello en livre une version en 1782, puis Elsperger en 1783, Schulz en 1786, Nicolò en 1796, Morlacchi en 1816.

Âgé de 22 ans, Gioachino Rossini compose sa version en treize jours, sur un livret écrit en onze jours par Sterbini. Le compositeur emprunte alors ouverture ou airs à ses propres ouvrages, sérieux comme comiques. Tous les ensembles sont originaux, et dans le finale du premier acte, Rossini mêle tous les styles et enchaîne avec une virtuosité stupéfiante duo, trio, quintette et sextuor. De la pièce de Beaumarchais, le librettiste a conservé l’irrésistible mécanique opposant deux mondes : celui de l’autorité et de la servilité contre celui de la vivacité et de la débrouillardise. À Séville au XVIIIe siècle, le vieux Bartolo tente de séduire Rosina, jeune fille qu’il garde sous sa protection et qu’il veut épouser. Mais elle est éprise du Comte Almaviva, jeune homme intrépide et décidé qui tentera d’arriver à ses fins avec la complicité de Figaro.

« Le Barbier » de Rossini est créé à Rome en 1816. Devenu l’opéra bouffe le plus célèbre de l’histoire de la musique, il fut à l’époque l’un des premiers triomphes européens de l’opéra – la première qui avait attiré tous les ennemis de Rossini fut pourtant un échec retentissant. Une production créée au Grand Théâtre de Genève par le metteur en scène Damiano Michieletto est présentée à l’opéra Bastille. Dirigée par Carlo Montanaro, l’une des deux distributions réunit le ténor américain René Barbera et la mezzo-soprano française Karine Deshayes.

Né en 1975, Damiano Michieletto fait ses débuts à l’Opéra de Paris avec ce « Barbier » déplacé dans une Séville contemporaine et populaire, nourrie du cinéma d’Almodóvar. Après avoir mis en scène « Guillaume Tell », « l’Italienne à Alger », « la Scala di seta », « la Gazza ladra », « la Cenerentola », et avant de s’attaquer au « Voyage à Reims » du même Rossini, Damiano Michieletto avoue : «C’est un compositeur que j’aime énormément car je reconnais dans son style un véritable brio. Le brio est un qualificatif qui appartient totalement à Rossini et c’est justement ce brio que j’entends en permanence dans sa musique qui me permet d’être en communion avec son univers. J’adore la veine burlesque de son orchestration et dans le traitement vocal de ses personnages qui sont avant tout des caractères humains. Ses opéras sont directement inspirés du théâtre vénitien et ont donc ces racines communes avec moi qui suis né à Venise. C’est ce voisinage consanguin avec son monde qui fait que mettre en scène ses œuvres me rend heureux, car j’aime trouver le moyen de raconter ses histoires avec un langage contemporain. Pour moi, il est bien évident que tous les livrets utilisés par Rossini nous parlent de la vie d’aujourd’hui et du monde actuel.»

À propos de sa mise en scène, Damiano Michieletto poursuit : «L’idée de placer « le Barbier » dans un quartier populaire espagnol contemporain est une invention pure de ma part. (…) C’est juste un prétexte pour rentrer dans le cœur du livret et dans les personnages, pour mieux donner à la production une ambiance humaine tangible qui permet de faire vivre ces caractères et les rendre véridiques dans un environnement crédible et juste. Tout que ce qui fait partie de ma culture générale rejaillit dans mes spectacles. Il est indéniable que le monde d’Almodóvar, par exemple, transparaît dans « le Barbier de Séville » car son cinéma est pour moi une source d’inspiration fréquente. Ceci dit, en général je cherche à me baser uniquement sur le livret et sur la musique, et c’est seulement après que je trouve des éléments dans mon imaginaire pour nourrir et développer les personnages.»

Le metteur en scène raconte : «Je travaille toujours avec Paolo Fantin, le scénographe de toutes mes productions. Je lui donne une idée de départ et un parcours à suivre, ensuite ça devient un véritable jeu de tennis entre nous deux, avec des échanges très intenses afin de créer un produit fini absolument homogène. Le but est de mêler intimement la scénographie et la mise en scène de manière à ce que personne ne puisse dire ce qui relève de lui ou de moi. Pour moi, c’est vraiment ça l’opéra, un amalgame de divers talents au service de l’œuvre avant toute chose, et non pas une démarche individuelle servant à traduire l’imaginaire personnel des artistes qui collaborent à la mise en scène»(1), termine Damiano Michieletto. Une représentation de ce « Barbier de Séville » sera retransmise, en direct de l’opéra Bastille, dans les salles UGC et sur France Musique.

Jérôme Gac

Du 19 septembre au 3 novembre, à l’Opéra Bastille, place de la Bastille, Paris.
Tél. 08 92 89 90 90 (0,34 euros la minute depuis un poste fixe en France).

Jeudi 25 septembre, 19h15, en direct dans les salles UGC et sur France Musique.

(1) Entretien paru dans « En Scène ! », le Journal de l’Opéra national de Paris

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photo: « Le Barbier de Séville » © Vincent Lepresle

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