L’Abandon, un film de Vincent Garenq
Présenté hors compétition au Festival de Cannes 2026, le dernier opus de Vincent Garenq : L’Abandon, a pourtant toutes les chances de demeurer le film le plus important de cette manifestation. Et ce pour de multiples raisons.

Antoine Reinartz (Samuel Paty) – © Guy Ferrandis
16 octobre 2020, quasiment devant son lycée de Conflans-Sainte-Honorine où il vient de terminer ses cours, le professeur d’histoire-géographie Samuel Paty est décapité par un djihadiste tchéchène pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves. Tout le monde, hélas, se souvient de ce moment de sidération qui nous a frappés à l’annonce de cet assassinat. Le réalisateur Vincent Garenq décide de rendre un hommage à cet enseignant en relatant les 11 derniers jours de Samuel Paty, avec la collaboration de Mickaëlle Paty, la sœur de la victime, amplement sollicitée dans l’écriture du scénario.
Ces 11 jours décrivent l’engrenage fatal. C’est tout d’abord un cours sur la liberté d’expression illustré par ces caricatures, matériel pédagogique fourni par l’Education nationale. Conscient du potentiel impact sur ses jeunes élèves, Samuel Paty, sans faire aucunement référence à une quelconque religion, propose à ceux qui veulent sortir dans le couloir, de le faire. Un mensonge va mettre le feu aux poudres. L’une des élèves, Bachira, absente ce jour-là d’ailleurs, va dire à son père : Kader (dans le film) que Samuel Paty a demandé aux élèves musulmans de sortir. Fou de rage, Kader commence à ameuter sa communauté. Il va trouver un soi-disant représentant des imams de France. Ce dernier, prédicateur Fiché S en réalité, s’empare du mensonge et lance une fatwa numérique qui tombera devant les yeux d’Anzorov. L’arrêt de mort de Samuel Paty est signé. Malgré les alertes à tous les niveaux autant de l’Education nationale que du Ministère de l’Intérieur, aucune sécurité ne sera mise en place pour protéger l’enseignant. A l’instar d’un épisode très connu du Nouveau Testament, celui de Judas l’Iscariote, ce sont des collégiens qui, contre quelques billets, donneront le signalement du professeur à l’assassin. Tout est dit. Sans être un véritable documentaire, ce docu-fiction parfaitement informé est une œuvre magistrale de simplicité dans sa forme et souveraine dans son message. Si la laïcité est au cœur du sujet, le scénario creuse profondément ce cancer qui mine notre société du 21éme siècle : les réseaux sociaux. Antoine Reinartz (Samuel Paty) et Emmanuelle Bercot (la directrice du collège) sont exemplaires, tout simplement.
Un film essentiel sur les dérives de notre temps qu’il serait impératif de diffuser dans les collèges et les lycées.

