L’attente était énorme, elle a été déçue. En Compétition officielle au Festival de Cannes, les « Histoires parallèles » d’Asghar Farhadi sont plus filandreuses qu’excitantes, tirant à la ligne sur le thème du voyeurisme source de tous les ennuis. Ce qui a l’air de barber jusqu’aux comédiens, à l’exception notable d’une Virginie Efira dont la finesse ne cesse de nous enchanter.

Adam Bessa et Virginie Efira dans « Histoires parallèles ». Photo Carole Bethuel
Il est toujours bon de découvrir les films cannois en en sachant le minimum. Pour « Histoires parallèles », le générique suffisait à créer l’envie avec Asghar Farhadi aux manettes et la crème du cinéma français sur le plateau, à savoir Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney – et même Catherine Deneuve dans un petit rôle d’éditrice tout à fait réjouissant. Enthousiasme de courte durée tant l’amorce nous semble terriblement longue – il ne se passe rien de bouleversant avant la 55eminute de film – et la suite aussi improbable qu’ennuyeuse.
C’est pas beau de mater les voisins
Essayons de résumer cette affaire qui prend l’eau (il pleut beaucoup dans le Paris vu par Asghar Farhadi) : Isabelle Huppert interprète une écrivaine recluse dont la seule source d’inspiration est d’observer les voisins d’en face à la longue vue et de les imaginer dans des situations tordues. A la demande de sa nièce (India Hair, toujours très bien), la romancière accepte de voir un jeune homme (la révélation Adam Bessa) venir l’aider à ranger le bazar qui règne dans son appartement. Le garçon se met lui aussi à mater la blonde apparaissant dans le viseur (Virginie Efira) dans le studio d’enregistrement où travaillent deux frères (Vincent Cassel et Pierre Niney, inexistants). Leur boulot : bruiteurs pour films divers, de la pub aux documentaires animaliers. Évidemment, cet entremêlement de voyeurisme finit par dynamiter les sages relations qui règnent entre ces braves gens…
On est loin de l’univers glaçant de Kieslowski
Le générique de début aurait dû nous mettre sur la piste (rappelez-vous : on ne savait rien du pourquoi et du comment de toute cette histoire). On y débusque le nom du compositeur attitré de Krzystof Kieslowski, Zbigniew Preisner. Information de taille puisque l’on découvre à la fin que ces « Histoires parallèles » sont en fait inspirées par un des volets du « Décalogue » du célèbre réalisateur polonais (« Tu ne seras pas luxurieux »). Et que le premier de ceux-ci, « Tu ne tueras point », fit sensation lors du Festival de Cannes 1988. Et c’est ainsi que, 38 ans après, se boucle la boucle sur la Croisette. Malheureusement, le cinéphile a perdu au change. Alors que Kieslowski, en moins d’une heure, nous attrapait au col avec son épure glaçante, Fahradi, qui n’a jamais fait dans la dentelle (son film espagnol, « Everybody knows », en 2018, était vraiment lourdingue) prend 2h19 pour nous embarquer dans son univers factice. Les salles pleines du premier jour risquent fort de se dépeupler quand le bouche-à-oreille aura fait son œuvre…
« Histoires parallèles », en Compétition officielle au Festival de Cannes et dans les cinémas français.

