« La Vénus électrique », de Pierre Salvadori, a séduit les spectateurs cannois et tous ceux, hors Croisette, qui ont découvert le film, mardi 12 mai, dans les salles françaises. Cette comédie pétulante, bien dans la manière élégante et légère du réalisateur, passe de la fantaisie au drame sans rien perdre de son originalité thématique et de son efficacité rythmique.

Vimala Pons et Pio Marmaï dans « La Vénus électrique ». Photo Guy Ferrandis/Les Films Pelléas
Le choix d’un film d’ouverture pour le Festival de Cannes relève du casse-tête. Il faut trouver l’oiseau rare, en général français, qui conjugue qualités artistiques, visées commerciales et ambition propre à séduire un public international. L’an dernier, « Partir un jour », premier long métrage d’Amélie Bonnin, avait échoué dans cette entreprise. Certes, cette comédie des retrouvailles, émaillée de chansons populaires, était tout à fait sympathique (elle a d’ailleurs connu un joli succès en salles). Mais il lui manquait le souffle, l’originalité, la force émotionnelle d’un grand film. Tout cela, « La Vénus électrique » le possède.
Science du scénario et dialogues affûtés
Pierre Salvadori est l’un des plus brillants représentants de la comédie à la française, nourrie aux grandes heures du cinéma hollywoodien, celles de Preston Sturgess, Frank Capra, Ernst Lubitsch ou George Cukor. Il sait, par ses dialogues affutés et sa science du scénario (coécrit ici par Benoît Graffin et Benjamin Charbit) nouer les fils d’histoires pleines de surprises. « La Vénus électrique » du titre se prénomme Suzanne (elle est interprétée avec malice par une Anaïs Demoustier plus pétillante que jamais). C’est une fille rêveuse, mal à l’aise dans son époque (à savoir le Paris de 1928). Elle gagne sa croûte en se livrant, sur des foires, à des baisers intenses, démultipliés par une décharge électrique activée par un acolyte. Un hasard va la mettre en relation avec Antoine, un peintre désespéré (Pio Marmaï, aussi possédé qu’hilarant) qui va la prendre pour une spirite pouvant entrer en contact avec Irène, sa femme disparue (Vimala Pons, parfaite en muse à la forte personnalité). C’est ainsi que l’artiste en panne va retrouver le chemin de la création, sous le regard intéressé d’Armand, son galeriste (Gilles Lellouche excellent dans la retenue et l’émotion qui affleure) …
De la comédie jubilatoire au drame de l’amour fou
« La Vénus électrique » remplit sa mission dans le registre de la comédie jubilatoire, provoquant nombre de rires chez les spectateurs. Le film parvient aussi à jongler avec brio avec les époques : 1928, donc, mais aussi 1919, lors de la rencontre décisive d’Antoine avec Irène. Il réussit enfin – et c’est plus inattendu – à glisser, de manière subtile, du rire aux larmes, osant le burlesque comme il s’autorise finalement le drame, là encore dans la plus pure tradition du cinéma américain (on pense à Billy Wilder, voire à Douglas Sirk). « La Vénus électrique » n’est donc pas seulement une variation virtuose sur le mensonge et la manipulation mais aussi une passionnante exploration de l’amour fou – de la vie à la mort, de la mort à la vie.
« La Vénus électrique », de Pierre Salvadori, actuellement au cinéma.

