Quinze jours après sa réouverture, la Cinémathèque de Toulouse a retrouvé sa vitesse de croisière avec pas moins de trois programmations parallèles, complétées dès cette semaine par une quatrième. Si la rétrospective consacrée à Billy Wilder est la plus éclatante, avec une impressionnante succession de classiques (« Assurance sur la mort », « Boulevard du crépuscule », « Avanti » et tant d’autres…), elle ne doit pas occulter le cycle « Pop ! » et l’un de ses représentants japonais, le méconnu Seijun Suzuki.

« La party », de Blake Edwards. Photo MGM
Comment définir ce qu’est un film pop ? Responsable de la programmation de la Cinémathèque, Franck Lubet s’y risque en évoquant les couleurs qui pètent, le mélange de contre-culture et de culture populaire, les allers-retours explosifs entre discours politique et plaisirs adolescents ; associant Louis de Funès dans « L’homme-orchestre », de Serge Korber, à « Masculin féminin », de Jean-Luc Godard (soit la musique inventive de François de Roubaix contre le monde yéyé de Chantal Goya) ; faisant se percuter le très expérimental Jonas Mekas et le très kitsch « Flash Gordon », de Mike Hodges. En résulte un cycle balayant une large période, des années 1960 aux années 1990. Des chefs-d’œuvre bien connus sont au programme comme « Les demoiselles de Rochefort », de Jacques Demy, « La party », de Blake Edwards, « Orange mécanique », de Stalnley Kubrick, « Le point de non-retour », de John Boorman ou « Le tombeur de ces dames », de Jerry Lewis.
La jouissance des nanars
Des nanars aussi, à déguster au second degré (voire plus), comme « Fantômas », d’André Hunebelle, « Batman », de Leslie H. Martinson, « Le duo de la mort », de Piero Schivazappa ou « Modesty Blaise », de Joseph Losey. Franck Lubet et son équipe ont su aussi dénicher des raretés signées Vojtech Jasni (« Un jour un chat »), Peter Watkins (« Privilège »), Marc’ O (« Les idoles »), Martial Raysse (« Le grand départ ») ou du groupe d’artistes Fluxus, actif entre 1963 et 1970. Soit un alliage d’artistes révolutionnaires qui ont bousculé leur époque avant, pour une poignée, de devenir des références absolues (toujours actif Martial Raysse peint des grands formats qui se négocient autour du million d’euros, loin des marges de ses débuts).

Elton John dans « Tommy ». Photo Solaris Distribution
Pour la jouissance musicale, les spectateurs auront le choix entre « Quoi de neuf Pussycat ? » (et le tube de Tom Jones composé par Burt Bacharach), « Anna », de Pierre Koralnik (Serge Gainsbourg à son meilleur), « Tommy », de Ken Russell (les Who, Elton John et Tina Turner) ou « Priscilla, folle du désert », de Stephen Elliott (Abba à pleins tubes). Plus, bien sûr, Michel Legrand et ses « Demoiselles » citées plus haut et les ritournelles des Beatles pour le film d’animation « Yellow Submarine ». On y ajoutera deux films complètement dingues de William Klein, dont c’est le centenaire de la naissance cette année : « Mister Freedom » et « Qui êtes Polly Maggoo ? », que le photographe et cinéaste était venu présenter à la Cinémathèque de Toulouse en septembre 2010.

Les fantaisies de « Polly Maggoo ». Photo William Klein
Suzuki, pied au plancher
Ce cycle « Pop ! » est judicieusement complété par une rétrospective du metteur en scène japonais Seijun Suzuki (1923-2017), que Franck Lubet résume en quelques mots : « coups de feu, coups de sabre, sexe et violence », avant de louer « des films de genre – principalement des polars – ultra stylisés réduisant des intrigues surexploitées au cliché pour mieux valoriser un art cinématographique poussé à l’extrême ». Quelques titres de ces œuvres fougueuses et provocatrices, réalisées à flux tendu dans les années 1960, nous mettent sur la piste : comment résister à « La jeunesse de la bête », « La barrière de la chair », « Elégie de la bagarre » ou « La marque du tueur » ?

« La marque du tueur », de Seijun Suzuki. Photo DR
Cycle « Pop ! » et rétrospective Seijun Suzuki, jusqu’au 28 juin à la Cinémathèque de Toulouse (69, rue du Taur). Egalement programmée : une rétrospective de la cinéaste norvégienne Anja Breien, du 6 mai au 4 juin.

