Avec un nom pareil, Feu ! Chatterton ne peut être qu’explosif sur scène. Ce qu’il a été, bigrement, jeudi 14 mai, sur la scène du Bikini de Ramonville. Dans une salle comble, le groupe parisien a livré un show à la fois puissant et délicat, où la force du collectif musical accompagne à merveille les textes magnifiques du chanteur Arthur Teboul.

Feu ! Chatterton: le calme avant la tempête. Photo Fifou
Cela faisait presque une saison entière que les fans toulousains de Feu ! Chatterton attendaient de retrouver le groupe en concert. Le dernier album, qui nous mène dans un somptueux « Labyrinthe », remonte à septembre 2025, et la date du Bikini, affichant rapidement complet, était initialement prévue début décembre. Elle avait finalement été reportée au 14 mai et s’est révélée à la hauteur de l’exigence affichée par le quintette depuis sa création, il y a 15 ans. Cela a déjà été beaucoup écrit mais rappelons-le : Feu ! Chatterton réussit la prouesse d’associer des textes très écrits – par Arthur Teboul, son chanteur -, à la fois poétiques, lyriques et percutants et des musiques qui prennent tout autant aux tripes. Le concert démarre par une longue introduction très rock progressif qui nous ramène au Genesis des origines, dans les années 1970. Nous sommes « Sous la pyramide » et l’envoûtement s’installe d’emblée.
Modernité fulgurante
Adapté de Louis Aragon (Feu ! Chatterton aime rendre hommage aux grands d’antan, auxquels ils donnent une modernité fulgurante), « L’étranger » est accueilli avec ferveur. Extrait de l’album « Palais d’argile », « Libre » pousse très loin l’extase hypnotique. Pour « Allons voir », titre inaugural du dernier disque, Arthur Teboul invite la foule à chanter avec lui cet hymne à la vie et à la solidarité (« Donne-moi la main » en est la phrase clé, contrastant avec l’époque, tellement égocentrée et haineuse). Pour « Mille vagues », une merveille de mélancolie, hommage à un ami disparu, « un mentor », Jean-Philippe Allard, « et à tous ceux qui nous manquent », le groupe se positionne à l’avant-scène en version acoustique. Le genre de moment à vous donner des frissons, voire à vous faire pleurer.
Des textes magnifiques sur une pulsation rock et électronique
Dommage que certains spectateurs continuent de parler fort en fond de salle, comme une insulte à la beauté. L’excellente acoustique du Bikini permet à la fois de ressentir la pulsation rock et électronique sans jamais nuire à la perception des textes d’Arthur Teboul, dont la voix grave et la diction impeccable participent grandement à l’enchantement. Ses quatre complices ne sont pas en reste. Antoine Wilson, Clément Doumic et Sébastien Wolf s’amusent visiblement à passer des guitares aux claviers afin de tisser des ambiances sonores prenantes, sans ajout d’écrans ni de lumières sophistiquées. Quant à Raphaël de Pressigny, il se tient solidement derrière sa batterie, sortant parfois une clarinette de son sac à malice. En sera-t-il de même en décembre prochain au Zénith ? A vérifier sur place tant Feu ! Chatterton a su créer, au fil des années, un univers unique, qui séduit un public de plus en plus large, à des années-lumière de la médiocrité qui règne le plus souvent dans les classements de ventes de disques et sur les scènes des Zéniths et autres Arénas.
Album « Labyrinthe », de Feu ! Chatterton (Virgin/Universal). Le groupe sera à nouveau en concert dans la région le 15 juillet à Carcassonne, le 2 août à Gignac, le 3 août à Marciac et le 16 décembre au Zénith de Toulouse.

