Chaque année, le Printemps du Rire transforme Toulouse en véritable scène de comédie et d’humour. Le festival investit de nombreuses salles de la métropole et propose un mélange de têtes d’affiche, humoristes confirmés et nouvelles voix du stand-up.
Au fil des éditions, l’événement s’est imposé comme l’un des grands rendez-vous de l’humour en Europe, attirant aussi bien les amateurs de one-man-show que les curieux venus découvrir de nouveaux talents. Le festival ne se limite pas à une salle unique, il met en lumière plusieurs lieux culturels toulousains, créant une cartographie des salles de spectacle dans la ville.
Depuis 2018, Mary Dievart dirige le Printemps de Rire d’une main de maître. Après être passée par le Festival de l’Humanité à Paris et Rio Loco à Toulouse, elle apporte son expérience de l’événementiel et participe à la programmation des artistes. Jusqu’au 12 avril, les petites comme les grandes salles de Toulouse vont vibrer au rythme de l’humour, Mary Dievart nous donne les détails.

Mary Dievart, Directrice de Printemps du Rire
En quelques années, Le Printemps du Rire s’est imposé comme un rendez-vous incontournable. Selon vous, qu’est-ce qui fait aujourd’hui de Toulouse une place forte de l’humour en France ?
Je pense que ce festival rayonne bien au-delà de la ville mais au niveau du département parce que les artistes se déplacent même en dehors de Toulouse pendant 31 jours. Il n’y a aucun festival qui dure autant de temps et qui soit reparti dans autant de salles, de 50 places à des espaces de plusieurs milliers de personnes comme le zénith.
L’idée du Printemps du Rire, c’est de mettre le bon artiste au bon endroit et que tout le monde puisse s’y retrouver, sachant que notre travail consiste aussi à accompagner les salles qui programment toute l’année en leur faisant un beau coup de projecteur pendant le festival. C’est une manière de réunir tous les acteurs du milieu pour créer une collaboration sur une programmation que l’on a décidée « humour » et de pouvoir montrer la diversité des salles et surtout des formes et approches de l’humour qui peuvent exister dans le panel.
Le festival accueille régulièrement des artistes émergents. Quel rôle jouez-vous concrètement dans leur accompagnement ?
Le tremplin du Printemps du Rire est une sélection de six jeunes talents qui sont un peu inconnus du grand public. Parmi cette sélection de 250 candidatures, on réalise une première sélection de 12 talents qui se présentent ensuite à Paris devant un jury de producteurs, de directeurs/trices de salles de spectacle, de comédiens et comédiennes puis, on choisit six jeunes talents et on ouvre le festival avec eux pour les mettre en lumière.
D’ailleurs en ce moment se passent les tournées des jeunes talents où ils se présentent par trio, deux fois dans tout le département pour présenter leur humour. Beaucoup d’artistes passent par cette étape, par exemple Paul Mirabel en 2019. C’est une vraie opportunité, pour eux c’est huit cachets d’intermittence, trois jours de masterclass avec le Bijou, la salle de spectacle mise à disposition, un accompagnement pour écrire des textes, pour les aider à se tenir sur le plateau. Quand ils sortent du Printemps du Rire, ils ont vécu un peu douze jours d’exception et d’expérience.
Comment sélectionnez-vous les talents pour des formats comme le Labo du Printemps ?
Le Labo du Printemps c’est une nouveauté cette année. Ce sont des étapes de travail d’un spectacle, parce que quand on écrit un spectacle on a besoin de le jouer, d’essayer des choses sur le plateau et devant du public, c’est toujours mieux. Donc c’est vraiment la possibilité pour des artistes de présenter leur travail devant un public qui est tout à fait au courant du fait que les représentations ne sont pas encore complètement abouties, et de faire des retours à la fin de la sélection pour les trois ou quatre artistes qui présenteront leur création.
La programmation mélange stand-up, théâtre comique, formats hybrides… Pourquoi est-ce important de ne pas se limiter au stand-up ?
Parce que c’est réducteur, qu’on peut rire de plein de manières différentes et qu’en un mois de festival, notre travail est justement de pouvoir mettre en avant des propositions différentes, pluridisciplinaires pour permettre à chacun de retrouver un peu de ce qu’il aime au Printemps du Rire.
Le jeune public a aussi sa place dans ce festival avec des créations comme celles de la compagnie POPATEX par exemple. Est-ce un axe de développement important pour vous ?
Pour nous c’est effectivement important de pouvoir proposer une programmation jeune public dans le plus grand festival d’humour d’Europe, de pouvoir rassembler le maximum de tranches d’âge et que l’on puisse faire en sorte que la culture du spectacle vivant devienne quelque chose qui s’apprend dès petit.
Il y a aussi des formats collectifs pendant le festival ?
Oui, tout à fait, il y a des collectifs comme Les Fils de ta Mère, ils sont trois sur le plateau, ça se passe au Bijou et c’est un peu des chansonniers français, ils présentent des chansons françaises avec des musiciens et chanteurs incroyables. leur particularité, c’est qu’ils n’ont pas un concert déjà prédéterminé, c’est le spectateur/spectatrice qui décide de la thématique du concert de la fois prochaine. Par exemple, ils ont joué début mars et c’est à l’issue de ce concert là que les spectateurs et les spectatrices ont décidé du choix du prochain concert en avril.
Il y a Ici c’est chocolatine aussi, c’est pareil, c’est un hommage un peu à tout ce qui peut se faire en humour à Toulouse avec Fred, Melissa et Pat qui vont monter une remise de prix complètement loufoque où rien ne sera pris avec sérieux. C’est un peu nos Césars à nous à Toulouse, tout sera filmé directement par France 3.

La Nuit du Printemps 2026
La Nuit du Printemps est un moment phare. Qu’est-ce qui fait le succès de cette grande soirée populaire ?
C’est déjà, je pense, la qualité du plateau artistique à chaque fois, c’est très important. Après, bien sûr, son accessibilité tarifaire, parce qu’on est quand même sur un zénith très peu onéreux, ce qui permet à plus de personnes de pouvoir prendre des places. Quelques fois, il y a des familles entières qui achètent ce spectacle à Noël comme cadeau, et c’est leur seul spectacle vivant de l’année qu’ils font tous ensemble et pour nous c’est très précieux. C’est un petit peu un rendez-vous que les Toulousains et les gens de la région se donnent chaque année.
Le festival propose aussi des formats plus intimistes, comme au Théâtre du Grand Rond ou au Flashback Café. Est-ce une manière de faire circuler le public et de redessiner une carte culturelle de la ville ?
Cette dynamique d’inclure des petites comme des grandes salles fait vraiment partie intégrante du festival. Ça nous permet de donner de la visibilité à des salles de spectacle moins connues, même si bien sûr nous n’avons pas la prétention de penser que c’est grâce à nous que ces salles vivent toute l’année, loin de là. Je pense que c’est une dynamique effectivement, le Printemps du Rire est un peu un moment de photo de famille de ces salles de spectacle et de l’humour en Haute-Garonne.
Après, c’est vrai que le Printemps permet d’agglomérer beaucoup de salles ensemble et de créer un réseau culturel très fort, ce qui est pour le moins qu’on puisse dire compliqué, de plus en plus compliqué même, et ça crée des formes de solidarité je trouve. C’est un petit peu un message pour dire que le monde culturel se soutient, peu importe les formes de représentations.
Le stand-up a aujourd’hui pris une place à part entière dans les programmations. Comment expliquez-vous cette évolution ? Observez-vous un virage vers des formes d’humour plus engagées, plus intimes ou autobiographiques chez les humoristes ?
Le stand up n’est pas forcément engagé, c’est une erreur de le croire. On peut avoir du théâtre très engagé, des pièces très engagées, du stand up très engagé, mais pas plus pas moins que les autres genres je dirais. Ce qui change un peu plus avec le stand up, c’est qu’il y a une proximité avec la personne qui est sur le plateau, une proximité de relation je dirais. Il y a beaucoup moins de distance qui est opérée entre le spectateur et l’artiste.
Mais je dirais que parmi les six jeunes talents qu’on a découvert cette année au Printemps du Rire, très peu font du stand up. C’est aussi peut-être un choix volontaire de notre part même si l’on n’y a pas forcément prêté attention lors de la sélection et pour toucher une diversité de public, ça a porté ses fruits. On a eu beaucoup de retours qui nous ont dit que c’était bien de ne pas avoir que du stand up pur où on demandait l’avis du public et on commençait son sketch par applaudissement. C’est aussi là qu’entre en jeu notre travail, c’est à nous de dénicher des talents singuliers, avec leur univers, qui sortent un peu du lot et c’est vrai que sur le plateau il y a vraiment une plus-value quoi.
Cependant, pour revenir au stand up, je pense que c’est une forme d’humour intéressante. J’ai toujours dit que l’humour c’était le pouls de la société, pouls comme le coeur, mais une fois je l’ai dit à quelqu’un et il a cru que je disais le pou, comme l’insecte invasif et, finalement, je trouve qu’il n’a pas tord. C’est vrai qu’à l’origine je ne l’avait pas pensé comme ça, mais l’humour en général correspond bien aux deux définitions, de dire et gratter ce qui bouscule la société, les blagues permettent parfois de dénoncer des choses que l’on n’aurait pas pu aborder sans une touche d’humour et de second degré. On ne rit pas du tous des mêmes choses et je pense que c’est ça qui rend la diversité des artistes encore plus importante.

Crédit : Alina Martin
Comment le stand up répond-il à cette évolution de la société ?
L’humour, c’est exactement le symptôme d’une société. Et donc je trouve qu’effectivement le stand up peut répondre aussi à cette forme de besoin d’exprimer immédiatement ce que l’on ressent, et c’est très lié, je pense, à la société dans laquelle nous vivons, c’est drôle parce qu’il y a un artiste qui s’appelle Karim Duval qui fait un spectacle justement dans le Printemps et qui parle de l’entropie.
Cette entropie, c’est justement tout ce qui est fait pour faire les choses vite et pourquoi on a conditionné notre société à agir de la sorte. Le stand up, c’est un peu cette spontanéité qui marche bien, comme sur les réseaux sociaux, donc ça confirme pour moi que l’humour est bien le pouls et le pou de la société finalement.
La clôture à la Halle de la Machine promet un moment fort. Que pouvez-vous nous en dire?
C’est une journée où le Printemps du Rire va s’inviter à la Halle de la Machine, on va ramener des machines qui font rire et notamment s’inspirer de la direction artistique de la Halle de la Machine. C’est une manière de clôturer et de mettre à l’honneur tous les acteurs, que ça soit les artistes ou les salles, les personnes à l’organisation, à la technique pendant le festival. Ça a lieu le 12 avril, tout le journée à partir de 10h et c’est ouvert à tous, c’est familial donc on vous attend nombreux.
Comment imaginez-vous le festival dans 5 ou 10 ans ? Quels sont les défis principaux que vous aimeriez surmonter ?
L’objectif du printemps du Rire dans le futur, c’est de proposer des spectacles le plus inclusif possible, le plus accessible possible et trouver des idées pour que le public ne se lasse pas. Il y a des nouveautés cette année et l’idée, c’est d’avoir des nouveautés chaque année.
Cette année par exemple, on a monté un grand partenariat avec l’Hôpital Sourire où à la fin et au début de chacun des spectacles, où l’organisation est possible, on vend des cookies où les recettes reviennent directement à l’Hôpital Sourire qui accueillent régulièrement des artistes professionnels pour faire rire les enfants quand ils ont des traitements.
On trouvait que le festival pouvait s’inscrire complètement dans cette démarche et on voulait améliorer notre accessibilité pour pouvoir aussi faire en sorte que les publics qui ne peuvent pas arriver jusqu’à nous, pour des raisons médicales notamment, aient le rire qui vienne jusqu’à eux. C’est une manière pour nous d’apporter notre pierre à l’édifice et de sensibiliser grâce à l’humour.
Qu’est-ce qui vous fait rire aujourd’hui, vous, en tant que programmatrice et spectatrice ?
Ce qui me fait rire, ce sont les artistes qui sont capables d’innover. J’ai été surprise par deux spectacles, Garçons par Samuel Certenais au Flashback et en avril par La fin du début de Solal Bouloudnine, c’est sur un petit garçon qui a peur de la fin, de la mort, donc l’artiste commence son spectacle par la fin. j’aime les choses originales, qui poussent à réfléchir et à parfois revoir notre manière d’aborder l’humour.
Pour retrouver l’ensemble de la programmation du Printemps du Rire, qui a lieu jusqu’au 12 avril à Toulouse, vous pouvez vous rendre sur : https://leprintempsdurire.com/lagenda/


