Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Le Déclin de l’empire américain de Denys Arcand
Sorti en 1986, le film de Denys Arcand permit la découverte et la consécration du cinéma québécois sur la scène cinématographique internationale. Couvert de prix (dont l’un au festival de Cannes), nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger, succès public et critique : Le Déclin de l’empire américain marqua son époque et révéla un cinéaste qui donna deux suites à son œuvre la plus célèbre avec Les Invasions barbares en 2003 (Oscar du meilleur film étranger en 2004) et L’Âge des ténèbres en 2007. Dans Le Déclin de l’empire américain, on découvrait donc une bande d’amis – quatre hommes, quatre femmes, dont deux couples – réunis le temps d’un week-end à la campagne.

Avant ce rendez-vous, le cinéaste nous montre ces hommes et ces femmes échangeant très librement sur le sens de leur existence, sur leurs sentiments et surtout sur le sexe. Leurs retrouvailles confronteront leurs beaux discours à l’épreuve du réel et parfois même de la vérité, non sans risques…
Illusions perdues
Si la forme du film, extrêmement dialogué, et la nature des personnages (des intellectuels) peuvent évoquer certains aspects du cinéma de Woody Allen, Denys Arcand se distingue de l’Américain par un propos plus ouvertement « politique », à savoir une charge douce-amère contre des boomers hédonistes, cyniques, égoïstes, pour lesquels la quête étroite du bonheur individuel et immédiat a primé sur tout. La recherche du bien collectif a été sacrifiée sur l’autel des aspirations personnelles. Non sans prescience, Arcand pointe les prémices d’un conflit des générations entre ces quadragénaires bourgeois et ceux venus après eux. A ce titre, les références au sida – maladie qui commence alors à être médiatisée – signent d’une certaine manière la fin de la libération sexuelle telle qu’elle avait été vécue jusque-là.

Plus que pour sa valeur cinématographique (mise en scène minimaliste), Le Déclin de l’empire américain mérite d’être vu pour sa portée sociologique et historique. Cette comédie acide sur la fin des illusions de ce que l’essayiste québécois François Ricard nomma « la génération lyrique » distille un pessimisme et une dimension funèbre que Les Invasions barbares et surtout L’Âge des ténèbres accentueront plus encore. On liquide et on s’en va. Ok, boomer ?
LES FILMS QU’IL FAUT AVOIR VUS



































































































































































































































