Le Maître du kabuki un film de Sang-il Lee
Le premier film présenté en France du réalisateur japonais d’origine coréenne Sang-il Lee nous propose une immersion dans le théâtre traditionnel japonais : le kabuki, né au 17e siècle. Au travers d’une saga mettant en scène deux acteurs, il nous plonge dans cet univers aussi fascinant qu’hypnotique. Un monument d’une troublante beauté !

Ryô Yoshizawa (Kikuo) – Crédit : Pyramide Distribution
Nagasaki, 1964. Alors qu’un maître de kabuki, Hanjiro (Ken Watanabe toujours aussi parfait), s’attable à l’invitation de son protecteur, redoutable yakuza, un clan adverse vient semer la terreur. Hanjiro n’aura que le temps de sauver le jeune garçon du yakuza : Kikuo, alors âgé de 14 ans à peine. Il va même le prendre sous son aile et lui enseigner le métier d’onnagata, acteur masculin interprétant un rôle féminin. L’élève va rapidement montrer des qualités exceptionnelles au point de damer le pion au fils d’Hanjiro : Shunsuke. Son talent va être tel que Kikuo héritera du nom de son maître et même lui succédera au cours d’une cérémonie aussi grandiose que dramatique. Au grand dam du fils biologique… Sur ce thème le film creuse et bouscule ici cette tradition plus que centenaire qui veut que la transmission se fasse par le sang et non par le talent…
Cette fresque, l’adaptation du roman éponyme de Shuichi Yoshida, se déroule sur un demi-siècle et, si elle évoque un certain pacte faustien que je vous laisse découvrir, elle développe avant tout à l’écran cet art du kabuki fait d’une précision millimétrée et de codes étrangers à l’Occident. Et c’est l’un des miracles de ce film de près de trois heures que de nous passionner pour ce théâtre. Quelques scènes parmi les plus célèbres de ce répertoire sont ici ébauchées dans toute la magnificence des décors, des maquillages, des costumes et la complexité de l’interprétation vocale. Le réalisateur lève aussi le voile des coulisses… Mais au-delà de tout c’est le métier d’artiste qui est passé ici au scanner. Jusqu’où peut aller un homme pour atteindre son nirvana artistique et que doit-il vivre et sacrifier pour cela. Les deux acteurs principaux : Ryô Yoshizawa (Kikuo) et Ryusei Yokohama (Shunsuke) sont prodigieux, y compris sur scène car ce sont eux-mêmes qui jouent les personnages de ces pièces, une discipline qu’ils ont apprise en quelques mois !
Alors que le kabuki est en perte de vitesse au Japon, ce film y a déjà fait 11 millions d’entrées et représentera le Pays du Soleil Levant aux Oscars 2026.

