Vendredi soir, la 34e édition de Cinélatino s’ouvre avec la première française de Chicas Tristes, premier long métrage de Fernanda Tovar. Une œuvre déjà récompensée à Berlin, qui interroge frontalement colère, consentement et jeunesse.
Il suffit d’un instant pour sentir que quelque chose se joue. Vendredi soir, Cinélatino lance sa 34e édition avec la première française de Chicas Tristes, écrit et réalisé par Fernanda Tovar, dont c’est le premier long métrage. Une coproduction franco-mexicaine et hispano-mexicaine déjà couronnée à Berlin avec l’Ours de Cristal du meilleur film et le Grand Prix du Jury International dans la section Generation 14+.

Première française du film © Mila Lartigue
Présente, la réalisatrice affirme : « Je voulais vraiment faire un film où l’on se demande pourquoi sont-elles tristes. Pourquoi cette colère, pourquoi cette rage ». À ses côtés, le producteur français Samuel Chauvin, figure active de la scène hispanophone. Le film sera projeté à nouveau le lundi 23 mars à 16h15 au Pathé Wilson, puis le jeudi 26 mars à 19h30 à l’Ensav, avant une sortie en salles prévue au début de l’été.
Un film important pour la jeunesse
Paula et La Maestra sont inséparables. Meilleures nageuses de leur équipe, elles s’entraînent ensemble tout l’été pour représenter le Mexique aux Championnats panaméricains juniors de natation. Un soir, lors d’une fête, Paula se retrouve seule avec Daniel, le garçon qu’elle aime bien, dans une salle de bain. Le lendemain, La Maestra sent que quelque chose a changé. Paula commence à parler de ce qu’il s’est passé. Alors que leurs réactions divergent, leur amitié est mise à rude épreuve.
Si on pensait au début du film que ce sont deux filles qui se connaissent par cœur, c’est pourtant bien deux filles qui essayent de se comprendre. On nous amène dans un Mexique bourré de patriarcats où la relation jeunesse et sexualité est de plus en plus clivante. Quand Paula et La Maestra rentrent de leur soirée, on sent tout de suite que le film prend une nouvelle direction, qu’on quitte ce film pour adolescent. Même si Paula décide de parler de ce qu’il s’est passé ce soir-là à son amie, elle est remplie de doute. Doute sur elle-même, doute sur la situation, doute sur ce qu’il s’est passé. On sent sa peur des réactions si elle parle des événements dans son contexte de sport à haut niveau. Le film est une fresque de toutes les étapes, de l’acceptation à la réalisation d’une agression. Et il ne ment pas. Quand les filles doutent sur les torts dans l’histoire, ce sont les jeunes filles mexicaines qui doutent. Quand Paula n’ose pas en parler, c’est la société qui n’ose pas en parler. À travers cette relation totalement chamboulée par le viol de Paula, La Maestra essaye de comprendre dans ce qu’elles connaissent déjà l’une de l’autre. Le regard, les expressions… et elle est là, la force du film. Le message sur cette notion de consentement passe par l’émotion et non par la parole. C’est grâce à ça que le film nous amène aussi profondément et subtilement dans sa réflexion. D’un point de vue technique, Tovar travaille ses couleurs pour en ressortir un thème assez pop dans son ensemble. Sa caméra alterne entre plans fixes ou serrés. Pourtant, ce qu’elle capte ne la rend que plus vivante.

Fernanda Tovar et Samuel Chauvin présentent « Chicas Tristes » ©Mila Lartigue
Colectivo Colmena, une force collective
Fernanda Tovar fait partie du Colectivo Colmena, collectif latino indépendant qui pousse les limites de la création dans la région. Leur ancrage : raconter les jeunes Mexicains dans la réalité de leur quotidien, avec une attention forte portée au visuel. Violence, dérives de la drogue, agressions, tout devient cinéma. Présent tout au long du festival, le collectif propose aussi Enflammé de Mauricio Calderon Rico et Mostro de José Pablo Escamilla. Une présence continue, comme une manière d’inscrire ces récits dans un mouvement plus large, où filmer devient une nécessité, presque une urgence.


