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Laurent Da Dalto : du réel dans le virtuel

Fasciné par l’informatique dès son plus jeune âge, Laurent Da Dalto est devenu docteur en réalité virtuelle. Il dirige Mimbus, une société développant des simulateurs dédiés à la formation professionnelle. Homme de conviction et grand amateur de théâtre, il a associé sa pratique artistique à son métier.

Issu d’une famille d’origine italienne, Laurent Da Dalto grandit dans le Tarn-et-Garonne. Très tôt, il est attiré par les gadgets et l’informatique. Les magazines déroulant des lignes de code auxquelles il ne comprend pas encore grand-chose le passionnent. Au tout début des années 1980, ses parents lui offrent un ordinateur. Il saisit des lignes de chiffres et la magie opère : il interagit avec la machine !

Laurent Da Dalto poursuit ses études vers l’informatique. Fan de poésie, il fait du théâtre dès le collège et devient responsable de la troupe. Il entre en IUT puis à l’université Paul-Sabatier à Toulouse. Il soutient sa thèse de doctorat consacrée à la réalité virtuelle en 1995, un champ de l’informatique encore très peu documenté. Il devient metteur en scène.

L’Occitanie, entre autres convictions

Il existe alors quelques images 3D au cinéma tandis qu’Internet fait ses débuts. Dès lors, Laurent Da Dalto cherche comment accélérer l’affichage des images 3D que l’ordinateur « digère » trop lentement. Jeune docteur, il entre dans une société de jeux vidéo et crée un outil de développement. Il aime la création de mondes virtuels et que les lignes de code donnent, finalement, de belles images.

Après un an « hors les murs », il quitte Bordeaux et revient à Toulouse, où l’énergie de l’Occitanie l’appelle. Embauché dans l’entreprise CS (Communication et systèmes), il développe des outils de simulation pour l’industrie. L’entreprise réalise la majeure partie de son chiffre d’affaires à travers des projets de réalité virtuelle dans l’aérospatiale et le domaine militaire. Laurent Da Dalto se voit confier d’autres horizons : il  conduit des projets européens et rencontre de nombreux intervenants porteurs de programmes innovants.

C’est en 2000 qu’une orientation survient, dans le droit fil de la société qu’il dirige aujourd’hui. L’AFPA propose à CS de développer des outils numériques en lien avec la soudure : il s’agit de transmettre l’apprentissage de gestes professionnels par l’intermédiaire d’une console de jeu.

Simuler pour souder

Laurent Da Dalto constitue une équipe qui œuvrera pendant plus de deux ans à la réalisation du premier simulateur pour apprendre à souder. Non seulement l’appareil est fonctionnel, mais il arrive à point nommé pour répondre à une demande mondiale ! Il manque près de 400 000 soudeurs dans le monde, dont 5 000 en France. La concurrence se développe aussitôt. Malgré un démarrage prometteur, CS se désintéresse du simulateur et l’équipe de développement technique et commercial manque de moyens pour se déployer sur le marché.

Laurent Da Dalto obtient de conserver le produit pour se lancer dans le développement de systèmes de suivi pédagogique. Il voit de l’intérêt à approfondir ce qui se passe dans le simulateur afin d’optimiser le geste.

Soutenir les métiers manuels

Dans une société française qui a trop longtemps valorisé les métiers dits « intellectuels », la plupart des métiers manuels manquent de main-d’œuvre. Si la robotisation peut reproduire certains « gestes » techniques dans des usines numérisées, d’autres demeurent trop complexes et seuls les humains peuvent y accéder.

Mimbus est fondée en 2011 dans le but de couvrir l’ensemble des métiers manuels pour lesquels l’enjeu du virtuel est pertinent. Laurent Da Dalto place le suivi pédagogique en clé de voûte du système de simulation. Tout ce qui demande de la coordination mains-pieds peut être développé en simulation. Il souhaite contribuer à attirer les jeunes vers des métiers essentiels, en manque de reconnaissance et porteurs d’emploi. Après le soudage, viennent la peinture industrielle, la menuiserie, la scierie…

Un accident en guise de nouveau départ

Mais Laurent Da Dalto connaît un accident de parcours qui le privera de travailler pendant plusieurs mois, alors que Mimbus se déploie avec une croissance exceptionnelle. La société est fragilisée, sa fermeture envisagée.

Pas si vite ! Le réseau professionnel est là qui apporte conseil et financement. Plutôt que de renoncer, le docteur soigne son entreprise et restructure. La croissance exponentielle reprend avec une équipe de 14 salariés. La société reçoit trophées et récompenses, sa visibilité augmente. Mimbus participe à la conférence mondiale sur l’emploi où Laurent Da Dalto fait une allocution.

Mais où est passée la culture ?

Lire ou écouter de la musique qui permettent de se poser, de prendre du recul, sont souvent effacés par la vie professionnelle. Laurent Da Dalto apprécie toujours le théâtre populaire et se désole qu’une certaine « élite » observe ce genre d’un mauvais œil. Pour lui, le théâtre est un art vivant qui permet la concentration car il offre de vivre les choses pleinement. Les acteurs parlent directement au public et touchent les jeunes.

Il y a quelque temps, Laurent Da Dalto s’est mis à écrire des présentations courtes, des pitchs. Puis à les jouer. Dorénavant lobbyiste de son entreprise, il se met en scène comme il le ferait au théâtre et cela fait mouche !

Pédagogue et passeur

Curieux, exigeant, social dans le sens d’équitable, l’homme se dit juste. Il veut valoriser la richesse des personnes. Aujourd’hui, il suit de près une jeune société qui réalise des clips vidéo, des courts-métrages. Mimbus lui confie la réalisation de ses vidéos produits et partage son réseau. L’entreprise est partenaire de centres de formation pour handicapés au Pakistan, pour « sauver des vies ». Via Mimbus, Laurent Da Dalto réfléchit à une structure mécène pour déployer des centres de formation adaptés, clé en main, dans d’autres pays en difficulté.

Et puisque les projets font partie de la dynamique de ce passionné de réalité virtuelle, une question lui revient : et si les simulateurs pouvaient entrer à l’école pour accompagner les élèves à découvrir assez tôt leurs talents manuels et leur talents artistiques ?

Hélène Duffau


Mimbus
Bat III
1 rond-point de Flotis
31240 St-Jean
Tel : 05 61 70 71 71

Site internet :  www.mimbus.com / Facebook / Youtube / Twitter / Linkedin

photos : Pierre Beteille

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