À la tête des musiciens de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, le chef Fuad Ibrahimov est de retour et l’on s’en réjouit. C’est pour le jeudi 26 mars à 20h à la Halle aux Grains. Un programme éclectique nous attend, qui débute par la suite symphonique, Printemps de Claude Debussy. Suivra, en création française, le Concerto pour clarinette et orchestre Passages de Michael Jarrell. L’œuvre est commandée par l’Orchestre du Capitole et défendue par son dédicataire Martin Fröst, clarinettiste au sommet de son art. Puis, une rarity, une pièce D’un soir triste de Lili Boulanger et pour clore, une pièce étincelante de Béla Bartók, la suite pour concert de son ballet Le Mandarin merveilleux.

Fuad Ibrahimov © Irina Weinrauch
Biographie de Fuad Ibrahimov :
Chef d’orchestre principal du Nouvel Orchestre Philharmonique de Munich,
Chef d’orchestre principal de l’Orchestre de Chambre de Bakou
Fuad Ibrahimov est le chef d’orchestre principal de la Neue Philharmonie München. En 2024, il est nommé directeur musical de l’Orchestre symphonique d’État d’Azerbaïdjan. Fuad Ibrahimov a commencé ses études musicales à l’âge de 12 ans, en intégrant l’école de musique spécialisée rattachée à l’Académie de musique de Bakou, en Azerbaïdjan. En 1998, il intègre la classe d’alto du professeur B. Mehdiyev à l’Académie de musique de Bakou, tout en suivant simultanément les cours du professeur Rainer Moog à l’Académie de musique de Cologne (Allemagne). En 2006, Ibrahimov a commencé ses études de direction d’orchestre auprès du professeur Michael Luig à l’Académie de musique de Cologne, et à partir de 2008, il a été directeur musical de l’orchestre symphonique étudiant « Sinfonietta », basé à Cologne.
Printemps de Claude Debussy
Elle est en deux parties, la première qualifiée de Très modérée puis en suivant, Modéré. Elle serait inspirée par la Primavera de Boticelli et conçue comme une suite symphonique pour orchestre, piano et chœur, et composée à la Villa Medicis en 1887. Monsieur de France, comme il sera “baptisé“ plus tard a 25 ans. C’est son deuxième “envoi“ de Rome, qui ne semble pas avoir déclenché un grand enthousiasme à l’Académie des Beaux-Arts. Dans le jugement, on peut lire : « M. Debussy ne pèche assurément pas par la platitude ni par la banalité. Il a, tout au contraire, une tendance prononcée, trop prononcée même, à la recherche de l’étrange. On reconnaît chez lui un sentiment de la couleur musicale dont l’exagération lui fait facilement oublier l’importance de la précision du dessin et de la forme. Il serait fort à désirer qu’il se mit en garde contre cet “impressionnisme“ vague, qui est un des plus dangereux ennemis de la vérité dans les œuvres d’art. » Ainsi, le mot “impressionnisme“ est lâché.
Il semble que la partition originale ait brûlé chez le relieur. Seule subsistait la réduction pour piano à quatre mains, publiée en 1904.Quatre ans plus tard, le compositeur a le projet de remettre son œuvre sur l’établi, en y introduisant le piano à quatre mains mais en supprimant les chœurs. Finalement, il va confier l’orchestration à un certain Henri Büsser qui suivra ses indications. Henri Büsser, organiste, compositeur et chef d’orchestre, né à Toulouse en 1872 et mort à plus de 101 ans à Paris !

Martin Fröst © Martin Bäcker : Sony Music
Biographie de Martin Fröst
Clarinettiste, chef d’orchestre et artiste enregistré chez Sony Classical, Martin Fröst est connu pour repousser les limites musicales et a été décrit par le New York Times comme ayant « une virtuosité et une musicalité inégalées par n’importe quel clarinettiste – peut-être n’importe quel instrumentiste – de mémoire d’homme ». Largement reconnu comme un artiste qui cherche constamment de nouvelles façons de défier et de remodeler l’arène de la musique classique, son répertoire comprend des œuvres classiques pour clarinette, ainsi qu’un certain nombre de pièces contemporaines qu’il a personnellement défendues. Lauréat du prix de musique Léonie Sonning 2014, l’une des plus hautes distinctions musicales au monde, Fröst a été le premier clarinettiste à recevoir ce prix et a rejoint une liste prestigieuse de lauréats précédents, dont Igor Stravinsky et Sir Simon Rattle. Les International Classical Music Awards lui ont décerné le prix de l’artiste de l’année 2022 pour sa carrière internationale innovante, sa discographie impressionnante et sa philanthropie.

Orchestre national du Capitole © Pierre Beteille
D’un soir triste de Lili Boulanger
De santé fragile, Lili Boulanger sera la première femme Grand Prix de Rome et décède à l’âge de vingt-quatre ans en mars 1918. Elle laisse cependant une série d’œuvres qui ne sont pas restées dans l’ombre grâce à leur valeur mais aussi à la pugnacité de sa sœur Nadia, compositrice et chef d’orchestre. Cette pièce d’environ huit minutes est au départ un trio pour piano, violon et violoncelle. La version pour orchestre viendra plus tard.
Le Mandarin merveilleux, suite de Béla Bartók
Difficile de dissocier dans l’œuvre de Béla Bartók son unique opéra “Le Château de Barbe-Bleue“ des ballets “le Prince de bois“ et “Le Mandarin merveilleux“. Ils s’échelonnent sur huit ans et correspondent à sa première phase créatrice. De vraies scènes du désir, elles n’ont rien perdu de leur puissance subversive. Méprisées à leur époque, ce sont de purs chefs-d’œuvre, très denses et intérieurs, sûrement marqués par la psychanalyse et l’étude des partitions permet alors de parler de trilogie. Écrites durant le premier mariage du compositeur, 1909 à 1923, il épouse Marta Ziegler en 1909 âgée seize ans ! toutes trois mettent face à face un homme et une femme dont la fille de mauvaise vie dans Le Mandarin merveilleux. Dans ce dernier, ne l’oublions pas, un ballet, le Mandarin meurt, tué par la ville et sa pourriture. Après révision sur révision, le ballet sera enfin créé à Cologne en 1926. L’ouvrage fera scandale, et par son sujet, et par sa musique. C’est une pantomime dansée, résolument moderne.

Belá Bartók en sa jeunesse / Wikimedia
Ce ballet se réclame d’une crudité expressionniste à la limite de l’outrance. La musique est violente, âpre, très dissonante, sanguinaire, sauvage comme l’est le sujet, qui repose sur une friction extraordinaire entre réalisme pur et fantastique pur. Ce Mandarin incarnerait-il le musicien ? Incompréhensible et incompris dans sa grandeur, dans son achronisme. La ville qui l’entoure, rauque, assourdissante, peut être le symbole d’une guerre stupide et abhorrée. Revenu de ses illusions, d’homme et d’artiste dès les premières années de ce siècle 1900, Bartók poursuit l’idéal de l’homme proche de la nature et de l’humanité, non corrompu par la civilisation des grandes villes. Cet “anticapitalisme“ romanesque permet de comprendre les traits particuliers de sa dramaturgie dans les trois ouvrages presque inséparables. Le Mandarin merveilleux constitue l’apogée des deux œuvres antérieures. Bartok ne veut exprimer que le désir, qui est tout ensemble force naturelle et dépassement de la chair, essence de vérité, et est beaucoup plus fort que la mort. Bartok n’exprimera plus jamais sur scène sa haine de la mort ni de la guerre. Tout comme, il ne traitera plus de l’affrontement de l’homme et de la femme.
Orchestre national du Capitole


