C’est l’un des projets musicaux les plus singuliers du moment : le pianiste de jazz Paul Lay et le chef du chœur Les Eléments Joël Suhubiette ont réuni leurs forces créatives sur « Waves of light », album et spectacle sur le thème de la lumière. A découvrir dès maintenant sur disque et le 28 mars au théâtre de la Cité, à Toulouse.

Paul Lay. Photo François Passerini
Presque trentenaire, le chœur toulousain Les Eléments n’est pas du genre à ronronner. En témoigne à nouveau « Waves of light », associant 17 chanteurs de la formation toulousaine et le trio de Paul Lay, sur des compositions de celui-ci et des textes des poètes Emily Dickinson, Victor Hugo, Henry David Thoreau et Pablo Neruda. « La lumière en est le fil conducteur, indiquent ses concepteurs : lumière divine et sacrée, mais aussi lumière intime, traversée de ses ombres de révélation, puissance spirituelle et expression de la dualité entre clarté et obscurité. » Le résultat est puissant et toujours surprenant, à la fois d’un lyrisme fou et d’un swing absolu. Paul Lay nous en explique la genèse.
Avant d’envisager la création de « Waves of light », quelle était votre approche de la musique chorale ?
Paul Lay : Même si j’ai commencé par le piano, j’ai toujours été très sensible aux chansons, à l’aspect vocal de la musique. Dans ma jeunesse, j’essayais de retrouver sur le clavier les mélodies entendues à la radio ou sur disque. Et quand j’ai commencé à improviser, cela partait toujours d’un chant intérieur. A l’adolescence, je me suis familiarisé avec l’aspect massif des chœurs en écoutant des œuvres comme les « Passions » de Bach, « Lux aeterna » de Ligeti ou « O sacrum convivium » de Messiaen. Côté jazz, j’adorais les groupes vocaux The Swingle Sisters et Double Six. Un album de l’Américaine Mary Lou Williams, « Black Christ of the Andes », mélangeant un chœur gospel et un trio de jazz, a beaucoup compté pour moi avant que je me lance dans le projet « Waves of light ».
Quel genre de musique écoutaient vos parents ?
Un peu de tout mais avec une prédilection pour la pop anglaise, d’Elton John à Supertramp en passant par Joe Cocker et Eric Clapton. Du jazz aussi avec Ella Fitzgerald notamment. A l’adolescence, j’ai été marqué – c’est un peu bateau – par « Thriller », de Michael Jackson et les albums funk de Earth, Wind & Fire.
Qu’est-ce vous a incité à travailler avec Joël Suhubiette ?
Pour l’anecdote, nous sommes tous les deux natifs d’Orthez. Nous ne sommes pas de la même génération (Paul Lay a 41 ans, Joël Suhubiette 64 ans, NDLR) mais je connaissais ses parents car ils s’occupaient d’un cinéma art et essai où je me rendais souvent. Lors du confinement, un ami commun nous a réunis. Et l’on s’est rendu compte que chacun avait suivi la carrière de l’autre et qu’on s’estimait mutuellement. Pour « Waves of light », on s’est vite mis d’accord sur l’envie d’un écrin harmonique d’une grande force expressive et sur le choix de textes à mettre en chansons sur le thème de la lumière.

Paul Lay et une partie de l’équipe réunie pour « Waves of light ». Photo François Passerini
Quels traits de caractère et champs artistiques avez-vous en commun ?
Les projets qui nous stimulent sont singuliers, inédits. Et notre monde sonore, pourtant intime, est commun. Notre désir de liberté est toujours vif avec, dans le cas présent, 95% de musique écrite et 5% d’improvisation.
N’avez-vous pas été intimidé par l’ampleur du projet « Waves of light » ?
Pas trop. J’adore les défis. Et avec l’expérience, on apprend à définir ce qu’on sait faire à 100% ou bien moyennement ou alors pas du tout ! J’ai bien sûr eu des moments de doute mais je me suis dit à chaque fois : il faut foncer. La priorité était leur musicalité. Et aussi, et c’est très basique, le fait qu’ils ne soient pas trop longs et qu’ils puissent se structurer comme une chanson. Dans l’écriture, j’ai été très vigilant sur l’équilibre des forces afin que le trio ne soit pas écrasé par la masse du chœur. A trois contre dix-sept, on ne fait pas le poids ! Une partie de la solution est venue de Joël, qui m’a suggéré de faire sonner le chœur comme un big band. Je trouve que cela fonctionne très bien y compris dans les respirations swing du trio.
Outre vos compositions figurent deux œuvres de Bach (« Weinen, klagen, sorgen, Zagen ») et Purcell (« Hear my prayer, o Lord »). Pourquoi ces deux-là ?
Ce sont deux œuvres incontournables du répertoire choral dont l’aspect spirituel est très fort. Celle de Purcell, d’une grande profondeur, est aussi d’une extrême modernité. Nous l’avons jouée de façon conventionnelle puis j’en ai gardé la ligne mélodique pour en donner une version « gospélisante ». Ce format permet toutes sortes d’expérimentations…
Album « Waves of light (Libellule Records), enregistré il y a un an au théâtre de la Cité, à Toulouse. Concert du chœur Les Eléments, dirigé par Joël Suhubiette, et du trio Paul Lay (piano), avec Donald Kontomanou (batterie) et Clemens Van Der Feen (contrebasse), au théâtre de la Cité, dans le cadre de la programmation d’Odyssud hors les murs, samedi 28 mars à 20h30. Tarifs : de 15 à 30 euros. Egalement le 26 mars au Parvis de Tarbes, le 27 mars au Festival de musique sacrée de Perpignan, le 29 mars à l’Opéra de Montpellier et le 30 juillet au Festival de Saint-Céré.


