Pillion, un film de Harry Lighton
A juste titre ce film est interdit au moins de 16 ans. Soit. Certes le scénario nous entraîne dans le milieu bdsm gay de l’univers des bikers. Cela fait beaucoup me direz-vous. Nous sommes à des années-lumière de La Petite Maison dans la prairie, il faut en convenir. Et pourtant … Grâce au talent du réalisateur, dont c’est le premier film, également scénariste (Prix du scénario dans la série Un Certain Regard – Cannes 2025 avec cet opus), nous nous trouvons devant un film d’une puissance émotionnelle tellurique.

Alexander Skarsgård (Ray) et Harry Melling (Colin) – Crédit : Memento Distribution
Colin, jeune trentenaire, vit encore chez ses parents et s’ennuie à mourir dans son travail (il dresse des contraventions dans les parkings sous les injures des contrevenants). Dans un bar, un soir de désœuvrement, il croise le regard de Ray, un Apollon vêtu de cuir. Un biker, un motard qui a fait de sa moto sa raison de vivre, sa religion. Le pillion est le siège arrière d’une moto. Un prompt rendez-vous est échangé et immédiatement une relation maître-soumis s’installe. En apparence toxique, elle satisfait en réalité les deux hommes. Colin est un être d’une timidité maladive, il aime être dominé car quelque part cela le rassure, quitte à dormir au pied du lit de Ray, porter un collier avec cadenas autour du cou, faire le ménage, les commissions et la cuisine. De Ray nous ne saurons rien. Il va disparaître alors que sa cuirasse de cuir se fendille… C’est alors que Colin va se révéler, s’accomplir, devenir adulte et achever son initiation. Si l’on excepte 3’ de porno soft, qui en disent long malgré cette brièveté sur l’emprise et la soumission qui peuvent régner rituellement dans cet univers, le film est avant tout un merveilleux ballet de regards. Si ceux de Colin sont empreints d’une ardente dévotion et d’une admiration lumineuse, ceux de Ray demeureront pour tous une énigme. Que cache ce quadra aux allures de statue grecque ? Nous sortons de ce film avec le sentiment d’avoir assisté à une rencontre sur laquelle le réalisateur ne porte aucun jugement tout en nous livrant un geste cinématographique époustouflant. Il fallait deux acteurs d’exception. Colin est le Britannique Harry Melling, fascinant en assoiffé d’amour et de vie. Face à lui le Suédois Alexander Skarsgård impose un physique doublé d’une présence qui ne laissent aucune chance au pauvre jeune homme.
Transgressif certes mais terriblement jouissif !

