Close

Entretien avec Emmanuel Gaillard, directeur d’Odyssud

05 Fév Publié par dans Culture | Commentaires

Il dirige Odyssud depuis l’an 2000. Une belle et déjà longue histoire à la tête d’un établissement où il a su imposer sa marque en capitalisant sur un concept de programmation aux bases solides, tout en l’enrichissant des nouvelles disciplines du spectacle vivant au grand plaisir d’un public toujours au rendez-vous.

Retour avec Emmanuel Gaillard sur une aventure de dix-huit ans aux commandes d’un des vaisseaux amiraux de l’offre culturelle métropolitaine.

À quoi ressemblait la programmation d’Odyssud avant votre arrivée à sa direction en 2000 ?

Le projet n’a pas fondamentalement changé depuis l’ouverture en 1988 et il était déjà bien installé lorsque je suis arrivé en 2000 : pluridisciplinarité, exigence et grande qualité artistique avec des spectacles « références » s’adressant à un très large public. C’était l’ambition de base et elle a été maintenue de 1988 à 2000. Lorsque je suis arrivé, j’ai trouvé un équipement qui fonctionnait très bien et dont la programmation illustrait ce concept de pluridisciplinarité et d’exigence avec des spectacles de qualité, populaires dans le bon sens du terme.

Ces fondamentaux étaient déjà bien en place et le sont restés.

Quelle était la fréquentation annuelle de la salle à l’époque ?

Il y avait environ 60 000 entrées par an et à peu près 7 000 abonnés. Il faut se rappeler qu’Odyssud, peu après son inauguration, a assez rapidement été un succès. À la fin des années 1980, il y avait un certain retard dans les équipements culturels dédiés au spectacle vivant au sein de l’agglomération toulousaine. Odyssud a été la première structure d’envergure à ouvrir dans ce secteur, ce qui a enclenché alors d’autres ouvertures, d’autres rénovations de bâtiments, notamment dans la ville de Toulouse.

Donc, quand vous reprenez la direction d’Odyssud en 2000, votre projet s’inscrit dans la continuité par rapport à ce qui avait été mis en place depuis 1988 ? Il n’y a pas de rupture.

Je me suis inscrit dans la ligne des directions précédentes en ce qui concerne les fondamentaux que j’ai énoncés. Partant de là, je l’ai « actualisée » et j’ai élargi le prisme de la programmation. Je l’ai fait en m’appuyant sur un certain nombre d’axes neufs, par exemple le Nouveau Cirque, le cirque de création que j’ai intégré rapidement et fortement dans nos propositions. Il y avait déjà eu quelques rendez-vous auparavant dans ce domaine mais de façon marginale. C’était la période où l’engouement pour cette nouvelle approche des arts du cirque explosait au niveau national et nous avons accompagné et même amplifié ce mouvement. Il y a ainsi eu d’abord le Slava’s Snowshow et ensuite le Cirque Plume.

Le deuxième axe, c’était de programmer de grands spectacles pluridisciplinaires dont on ne sait plus très bien si c’est du théâtre, de la danse, du cirque… L’archétype du genre, c’est Stomp. À chaque fois que nous avons ouvert un nouvel axe de programmation, nous avons voulu commencer par des propositions fortes, les plus incontestables, les plus exceptionnelles dans leur discipline, de manière à conquérir du public et à offrir quelque chose d’original, d’insolite, qui contribue à déplacer les lignes. Tout ça relevait d’une stratégie très précise. Ces grands spectacles étaient programmés au moins une semaine, parfois deux, en faisant le pari de longues séries. Ça a fonctionné auprès du public qui a saisi immédiatement l’intérêt de ces propositions et nous a suivis dans nos choix.

Le troisième axe que nous avons ouvert fut celui des danses, des cultures urbaines et du hip-hop. Dans ce domaine, il faut rappeler que des choses existaient déjà à l’époque où Thierry Carlier dirigeait la salle. Nous avons mis l’accent sur cet axe-là alors en plein développement au début des années 2000. Même si l’art urbain et ses différentes déclinaisons sont plus anciens, il était encore nouveau pour les institutions de vraiment s’y intéresser il y a quinze ans.

Quatrième axe : les musiques contemporaines (ou nouvelles) et anciennes. Lorsque je suis arrivé, le studio éOle était déjà en résidence permanente à Odyssud depuis quelques années et nous avons commencé la résidence avec le chœur Les Éléments en 2001. Pour les musiques nouvelles, nous avons d’abord relayé le festival Novelum, porté jusqu’alors principalement par le collectif éOle, puis le festival Présences Vocales. Dans le registre musiques anciennes, nous avons créé les Rencontres des Musiques Baroques et Anciennes il y a une dizaine d’années. Tous ces festivals ont été imaginés pour mieux éclairer des axes forts de notre programmation.

Parallèlement, la programmation a continué de s’appuyer sur les fondamentaux que sont le théâtre, la danse et le jeune public avec la création du festival Luluberlu il y a dix ans. Luluberlu fut aussi une amplification d’une saison jeune public déjà bien ancrée à Odyssud. Avec cet événement nous avons passé un nouveau cap, très important pour notre offre dans ce domaine. Je n’oublie pas une dimension qui était également présente à mon arrivée et que nous avons développée, c’est celle qui concerne tout ce qui tourne autour du multimédia et des arts numériques dans le spectacle.

Dernier axe enfin, le fait que si Odyssud est un lieu de diffusion, c’est aussi un lieu de création. Il l’a toujours été mais nous avons encore développé cette vocation avec des résidences de création et des spectacles créés dans notre salle.

Vous avez déjà assez largement répondu à la question mais quelles furent les grandes nouveautés, les grandes étapes de vos dix-huit ans de direction ? Y a-t-il eu de nouveaux partenariats qui se sont noués et une évolution du modèle économique d’Odyssud entre 2000 et aujourd’hui ?

Cette question nous amène à parler de l’évolution de la fréquentation de la salle. Il faut relever qu’entre 2000  et 2005, en cinq ans à peine, Odyssud a connu un quasi triplement de sa fréquentation. Nous sommes passés de 50 000/60 000 spectateurs annuels à plus de 150 000, chiffre qui se maintient largement depuis douze ans. Idem en ce qui concerne le nombre des abonnés passé de 7 000 à 21 000 aujourd’hui. J’avoue avoir été le premier surpris à l’époque par ce décollage invraisemblable de la fréquentation. Il y avait manifestement un potentiel d’adhésion du public qui ne s’exprimait pas encore et nous avons même été dépassés pendant un temps par ce succès inattendu. Il a alors fallu se retrousser les manches pour multiplier le nombre de représentations, rajouter des supplémentaires, ce qui a été un énorme travail pour toute l’équipe.

Je pointe cet aspect parce que, pour répondre à votre question, le modèle économique de départ est resté le même et n’a pas évolué, justement. Nous avons un modèle assez exigeant dans la sphère publique puisque la recette de billetterie doit équilibrer, peu ou prou, le coût des spectacles programmés. En gros, la ville de Blagnac finance les frais fixes (salaires, frais de fonctionnement) mais l’artistique, les spectacles, sont financés par la billetterie. C’est vraiment un modèle économique atypique puisque dans beaucoup d’autres salles, la subvention publique couvre les frais de fonctionnement et une partie du coût des spectacles.

Ce modèle est habituel, il fonctionne mais peut freiner le développement alors qu’Odyssud présente un modèle mixte, d’autofinancement de l’activité spectacles proprement dite. Ça implique entre autres que le fait de programmer plus de représentations ne creuse pas le déficit, à la différence d’équipements qui n’ont pas le même modèle. Cette particularité nous a permis de faire grandir l’offre de spectacles sans créer un surcroît de pertes. C’est une équation économique complexe, dont une des conséquences est l’obligation que la salle soit remplie ou presque à chaque représentation. Pour équilibrer notre budget, il faut un taux de fréquentation annuel de l’ordre de 90%, ce qui est le cas actuellement.

Un taux de fréquentation de 90%, plus de 150 000 spectateurs chaque année… des chiffres qui font d’Odyssud une des 10 salles de spectacles les plus fréquentées de France dans son genre.

Hors Paris, Odyssud est même n°1, tous réseaux publics subventionnés confondus, quelle que soit la discipline (théâtre, musique danse, opéra, centres culturels, scènes nationales, orchestres…).

Pour préciser votre modèle économique, est-ce que la part du mécénat s’est développée également durant ces dix-huit dernières années ?

Oui. Odyssud avait quelques mécènes historiques mais il y a cinq ans, nous avons fondé un club pour élargir le nombre d’entreprises mécènes. Aujourd’hui une trentaine de sociétés sont partenaires de notre établissement dans le cadre du club Odyssud et compagnie. C’est une initiative assez récente mais qui prend de l’importance chaque année.

Pour revenir à la programmation, quel a été votre meilleur « coup » artistique ?

Il y a eu tellement de belles opérations qu’il est difficile d’en faire ressortir une plus que les autres. Je peux tout de même citer de nouveau la venue de Stomp, du Slava’s Snowshow, du Cirque Plume ; des spectacles en tout point exceptionnels qui ont marqué durablement l’histoire d’Odyssud. Dans les heures de gloire, je retiens aussi le Ballet de l’Opéra de Paris, la plus grande compagnie du monde avec ses 80 danseurs, présenté deux fois sur notre plateau. Toujours dans le domaine de la danse, Sylvie Guillem, la plus illustre danseuse de la scène classique et néoclassique contemporaine, est venue quatre fois. Il y a donc eu des fidélités d’immenses artistes pour notre salle.

On peut noter également dans l’exceptionnel le Béjart Ballet Lausanne, accueilli aussi de nombreuses fois, l’Opéra de Pékin, la compagnie de Pina Bausch, d’autres fidélités avec Philippe Decouflé, José Montalvo, Bianca Li… Dans un autre registre, nous avons eu la chance de recevoir Fabrice Luchini parmi d’autres grands noms de la scène théâtrale. En ce qui concerne la musique, il y a eu beaucoup d’invités prestigieux mais si l’on parle de musique baroque, tous les grands sont passés à Odyssud : Jordi Savall, qui vient tous les deux ans, Marc Minkowski, William Christie, Philippe Herreweghe… En matière de musique contemporaine, minimaliste en l’espèce, nous avons fait venir le Philip Glass Ensemble. Dans le jazz, toutes les grandes pointures actuelles se sont produites à Odyssud : Wynton Marsalis, Chucho Valdés, Ibrahim Maalouf… et j’en oublie. Dans le domaine de l’humour, Djamel Debbouze a été programmé il y a une dizaine d’années.

Enfin, événement « très » exceptionnel, OVNI scénique, Bartabas est venu trois fois : d’abord avec l’Académie équestre de Versailles à Fenouillet, et deux ans après pour créer son spectacle en théâtre, dans la salle, avec quatre de ses chevaux. Nous l’avons eu ainsi pendant un mois en résidence de création. Ça, ce sont aussi des moments très forts, que ce soit sur le plan artistique ou sur le plan de la relation humaine avec un des plus grands artistes de son temps. Toujours dans le genre équestre, nous avons fait également venir le Cadre Noir de Saumur pour un spectacle avec l’Orchestre National du Capitole.

Pour résumer, je crois que nous avons reçu sur notre plateau énormément de stars qui sont le dessus du panier dans leurs domaines respectifs. Il y a des artistes, des compagnies qui font des pieds et des mains pour se produire à Odyssud parce que notre salle fait partie des lieux où il faut avoir été programmé. À l’inverse, il m’arrive d’aller en chercher certains comme ce fut le cas pour Pina Bausch, le Ballet de l’Opéra de Paris et quelques autres. Ces artistes, ces compagnies ne vous contactent pas, c’est vous qui les appelez…

Et a contrario, y a-t-il des regrets concernant un projet envisagé qui n’a pu aboutir, un artiste sollicité qui n’a jamais donné suite ?

Ça va peut-être paraître immodeste mais je vais répondre par la négative à votre question. Il n’empêche qu’il y a encore des projets, des rêves à concrétiser. En étant patient et opiniâtre, voire pugnace dans certains cas, j’ai bon espoir de les réaliser dans un avenir proche. En tout cas à ce jour, je n’ai pas de regrets ni de sentiment d’inachevé ou d’impossibilité concernant des projets passés ou en cours. Il y a des idées que j’ai engrangées, des intuitions, des contacts mis de côté qui déboucheront sans doute un jour… Il reste encore quelques années pour les faire aboutir.

Quelles ont été vos relations avec la mairie de Blagnac durant toutes ces années à la direction d’Odyssud ? Avez-vous toujours eu toute liberté et une totale confiance de sa part quant à votre programmation ?

Oui, je dois dire que ça a toujours été le cas, que ce soit avec Bernard Keller, qui était déjà maire à mon arrivée, et avec ses adjoints à la culture, Françoise Laborde ou Joseph Carles devenu maire à son tour en octobre dernier. Il y a à la fois une très grande confiance dans l’équipement, une vraie fierté de sa réussite et un accompagnement financier sans faille. Budgétairement, la contribution de la mairie de Blagnac, et je dis bien « contribution » parce qu’il ne s’agit pas d’une subvention puisqu’Odyssud est un service de la ville, est globalement stable dans la durée. Or, je n’apprends rien à personne, le contexte actuel est plutôt à la baisse des dotations dans le domaine culturel avec des collectivités territoriales de plus en plus soumises à la contrainte et à la nécessité de faire des économies dans leurs dépenses, quelles qu’elles soient. Les baisses des budgets alloués à la culture peuvent être sévères dans de nombreuses villes.

Ça n’a pas été le cas à Blagnac, ce qui constitue un signal fort, une fidélité et une adhésion à une politique culturelle ambitieuse. Nous sommes également accompagnés et soutenus dans nos projets d’investissements, de renouvellement des matériels et des équipements du bâtiment, ce qui est crucial pour l’avenir. Grande confiance aussi pour nos choix et nos axes de programmation, grand respect puisqu’en dix-huit ans il n’y a jamais eu de difficultés particulières sur tous ces sujets-là.

Il est très important pour nous d’avoir cette confiance et ce confort pour mener notre projet.

Emmanuel Gaillard et Joseph Carles

Si l’on parle de vos souvenirs à Odyssud, des artistes que vous y avez côtoyés, quels sont ceux qui vous viennent tout de suite à l’esprit ? 

J’en ai déjà un petit peu parlé à travers les grands événements, les grands noms qui ont marqué l’histoire de la salle. Objectivement, parce qu’ils ont été vécus comme tels par le public mais aussi parce que l’équipe d’Odyssud et moi-même l’avons vécu ainsi. Quand nous accueillons Bartabas dans nos murs pendant un mois, même s’il a son exigence et son caractère, il se passe quelque chose de fort et de spécial. Idem lorsqu’on reçoit le Ballet de l’Opéra de Paris pendant une semaine.

Certes… Mais tout de même, n’y a-t-il pas eu aussi des moments insolites, des personnalités qui sortent tellement de l’ordinaire en dehors de la scène, dans les relations qu’on peut tisser avec elles,  qu’elles laissent une empreinte particulière par rapport à d’autres ?

Il y aurait beaucoup à dire mais il est difficile de répondre à cette question, de raconter certaines anecdotes sans entrer dans quelque chose d’intime, de trop intime… Pour reprendre votre expression, il y a incontestablement des artistes qui sont insolites, qui ont des personnalités hors normes. Je me rappelle la venue de Michel Bouquet, la finesse et la grande humanité de cet homme, que ce soit dans la manière dont il était sur scène mais aussi en dehors. Je me souviendrai aussi toute ma vie de Jean-Louis Trintignant et de sa fille Marie, de l’intensité de leur relation palpable autant sur scène qu’en coulisses.

Quand Fabrice Luchini a été programmé, ça a été un spectacle permanent sur et hors plateau. Avec lui, le spectacle ne s’arrête jamais si vous voyez ce que je veux dire. Il est dans la vie comme il est sur scène ou à la télévision. Je vous laisse imaginer ce que ça génère comme ambiance dans l’équipe qui l’accueille. Cela dit, beaucoup d’artistes ont des comportements qui ne diffèrent guère entre la scène et tout ce qui se passe avant et après. Ça occasionne beaucoup de moments étonnants, d’anecdotes, et c’est la raison pour laquelle il m’est difficile d’en parler ou de mettre en avant une personnalité plus qu’une autre, même si j’ai pu avoir avec certaines une relation plus étroite.

En tant que simple spectateur, est-ce qu’il y a eu des émotions, de grands moments de spectacle ou de concert qui vous ont marqué personnellement plus que d’autres ?

Sylvie Guillem ou le Ballet de l’Opéra de Paris sur la scène d’Odyssud, en tant que spectateur, c’est évidemment extraordinaire. Là aussi, je cite ces artistes mais je pourrais en citer d’autres. Je vois 150 spectacles par an pour préparer la programmation dont une cinquantaine à Odyssud, soit que je vois, soit que je revois. Quand le spectacle que j’ai programmé a lieu et que le succès que j’ai imaginé se réalise, que le public est embarqué comme je l’ai été avant lui, qu’il y a un moment d’émotion partagé, le plaisir de voir que ça fonctionne avec la salle est décuplé pour moi.

Pour terminer cet entretien, comment envisagez-vous l’avenir ?

Concernant le projet tel qu’il est aujourd’hui, il n’est pas prévu de modifications profondes. Il a atteint une certaine maturité et un point d’équilibre que tout le monde peut constater, je pense. Cependant, rien n’est figé. Chaque année, il faut reformuler le projet, prendre des initiatives et être attentif aux disciplines émergentes. Ce qu’on appelle la « Magie nouvelle » par exemple est en train d’émerger très fortement depuis quelques années. Nous allons donc développer cet axe dans notre programmation comme nous avons pu le faire à un moment donné pour le Nouveau Cirque. Il y a toute une génération d’artistes qui s’est emparée de cette discipline traditionnelle, très ancienne en fait, pour la remettre dans un autre contexte, une autre philosophie de spectacle. Nous allons donc en proposer de plus en plus.

Demeure aussi l’ambition de mieux faire partager le spectacle vivant au plus grand nombre. L’action culturelle, la conquête de nouveaux publics, proposer ce que nous programmons à des populations éloignées de l’offre culturelle sont des objectifs forts. Nous allons continuer de cultiver et d’accentuer cet axe-là et nous ambitionnons de faire découvrir au public l’envers du décor en facilitant les rencontres avec les artistes. Il n’en reste pas moins que pour l’essentiel, nous sommes globalement dans une optique de continuité, tout en amplifiant certains axes du projet actuel.

D’autre part, il est prévu une rénovation du bâtiment à l’horizon 2020. Dès l’été prochain, les fauteuils de la grande salle seront renouvelés, chacun ayant pu constater qu’ils commençaient à être quelque peu fatigués. Et donc dans trois ans, pour la saison 2020/2021, nous devrions procéder à de gros travaux de rénovation du bâtiment lui-même. Seront remplacés les cintres de la scène – un gros morceau de cette rénovation – et sera créée une salle de répétitions qui manque encore à ce jour. De manière générale, il s’agit de rénover certains aspects du bâtiment et d’améliorer son « look » extérieur et les fonctionnalités des accès, des entrées et du forum.

Et à titre personnel, quels sont vos rêves et vos inquiétudes s’il y en a ?

Des rêves, il y en a toujours et il faut qu’il y en ait. Il y a de merveilleux artistes français ou étrangers que je voudrais faire venir à Odyssud, dans la lignée des grands noms que j’ai cités précédemment. C’est un peu délicat de les nommer sachant que certains rêves vont se réaliser et d’autres pas. Si je fais des annonces et que les projets tombent à l’eau dans quelque temps, on aura beau jeu de me faire remarquer que j’ai raté mon coup. Je peux seulement annoncer que je travaille à faire venir le dernier spectacle du Cirque Plume et que les pourparlers sont suffisamment avancés pour que cette programmation soit quasi certaine. Voilà un rêve qui a toutes les chances de se réaliser. Autre rêve, faire revenir la compagnie de danse israélienne exceptionnelle qu’est La Batsheva. Ce sont des propositions du domaine du réalisable dont je peux parler sans trop m’avancer. Pour le reste, les autres noms que j’ai en tête seront de belles surprises si les projets se concrétisent.

Vous me demandez aussi si j’ai des inquiétudes… Pas vraiment dans l’immédiat pour vous répondre franchement, entre autres grâce au fort rapport de confiance que nous entretenons avec la mairie de Blagnac et à sa capacité à nous accompagner et nous soutenir. Je touche du bois mais j’ai également le sentiment que le public nous accorde une grande confiance. Les salles sont remplies et le succès ne se dément pas. Néanmoins, nous savons que la fréquentation reste quelque chose de fragile. Ce n’est jamais gagné pour aucune salle de spectacles, quelle qu’elle soit. À chaque début de saison, tout est remis en question. C’est vrai surtout pour les propositions un peu plus pointues, nouvelles, sur lesquelles nous devons nous bagarrer pour convaincre les spectateurs, et qui représentent donc une prise de risque. Le public sera-t-il au rendez-vous dans ces cas-là ? Il faudrait être d’une grande prétention ou un peu inconscient pour en être certain. Chaque année, il y a des paris sur des spectacles dont l’attractivité peut apparaître moindre de prime abord.

En dehors de ces cas ponctuels, je n’ai pas d’inquiétudes fortes. Bien sûr, il est fondamental que les financements publics soient maintenus le plus possible, que ce soit au niveau de l’État via la Drac, de la Région, du Département ou de la ville de Blagnac. Tout ce qu’on peut dire pour l’instant, c’est que ces quatre institutions ont à cœur de continuer à subventionner, à soutenir la culture dans des proportions toujours globalement inchangées. Cela indique bien qu’il y a une vraie priorité en matière de politique culturelle pour ces collectivités qui toutes sont nos partenaires à des degrés divers. De ce point de vue, je ne suis pas inquiet, en tout cas pas pour les prochaines années.

À moyen terme, on ne peut pas savoir. Il faut donc être vigilants, exigeants, et là je parle des citoyens que nous sommes tous. Il est nécessaire de faire comprendre aux politiques, aux décideurs, que la culture ne peut pas être une variable d’ajustement et que c’est quelque chose de fondamental. Je crois que beaucoup d’hommes politiques et de décideurs en sont convaincus… mais pas tous. Compte tenu des contraintes budgétaires actuelles de la plupart des collectivités et des choix qui se présentent à elles, il pourrait arriver que la culture devienne en effet de plus en plus une variable d’ajustement. C’est une inquiétude de fond qu’on ne peut ignorer.

Sur un plan sociétal, le travail d’une salle comme Odyssud est aussi de contribuer au vivre ensemble en tant qu’équipement culturel de spectacle vivant et en tant qu’équipement de service public. Nous apportons notre pierre à ce vivre ensemble, notre petite pierre sans doute, mais notre pierre quand même. C’est une de nos missions, pour aujourd’hui et pour demain.

Entretien réalisé par Éric Duprix


Odyssud

Possible ! spécial 30 ans

Emmanuel Gaillard © Nicolas Navarro

 

 

 

 

 

 

Partager : Facebook Twitter Email

 


Eric Duprix Plus d'articles de