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Les 30 ans d’Odyssud : 30 ans de fêtes culturelles !

28 Jan Publié par dans Culture | Commentaires

Je viens d’avoir le privilège d’être présent aux 30 ans d’Odyssud, un grand bonheur puisque j’étais déjà là en 1988 à l’ouverture de cette magnifique salle de spectacle et structure culturelle sise à Blagnac, à côté de Toulouse. Il faut dire que je suis, depuis plus de 40 ans, un passionné du spectacle vivant sous toutes ses formes, jouissant de plus d’une bonne santé. Je me souviens de bien des soirées exceptionnelles dans ce lieu, comme dans d’autres hélas disparus (La Mounède) ou en voie de disparition (la Salle bleue de l’Espace Croix-Baragnon); je vous en narrerai bientôt certaines en exclusivité pour Culture 31.

Pour cet anniversaire, Emmanuel Gaillard, le directeur d’Odyssud depuis 17 ans, nous a concocté une fois de plus une saison 2017-2018 brillant de tous ses feux, du Concert royal de la nuit avec l’Ensemble Correspondances au Festival des Musiques anciennes au printemps (1), en passant ce soir-là par les fabuleux Clowns du Slava SnowShow, un merveilleux cadeau à la mesure de ces 30 ans !

Elles sont royales les musiques allègres et guillerettes de Francesco Cavalli, Luigi Rossi Antoine Boësset, Louis Constantin Jean de Cambefort, Michel Lambert et quelques talentueux anonymes, autrefois réservées au royal danseur de Versailles, mais aujourd’hui accessibles au grand public; même si pour cette reconstitution musicale de Sébastien Daucé, il n’y a pas moins de 50 musiciens (2) et choristes sur scène, sans compter les régisseurs !

On assiste au procès de la Nuit, ardemment défendue par une pétulante choriste, au milieu d’un chœur époustouflant ; par une étrange correspondance (mais pas si étonnante vu le nom de l’Ensemble), dans l’Opéra du Pauvre de Léo Ferré, pour voix, chant et orchestra, publié en 1983, il y a le même procès, et c’est un plaidoyer onirique et grinçant pour la Nuit, c’est-à-dire pour l’imaginaire et la subversion, qui synthétisait toutes les facettes du poète et du musicien. Elle sera finalement acquittée, mais ici c’est le Soleil qui triomphe bien sûr.

Même si les textes d’Isaac de Benserade, en guise de livret, ne resteront pas dans la mémoire des anthologies, et sont bien loin des vers magnifiques de Ferré, on reste par contre sidéré par le rythme et l’harmonie des compositions dont la fraicheur survole les siècles.

Nous avons assisté à un évènement inédit et exceptionnel, car ce spectacle grandiose inaugura le règne de Louis XIV. Le Roi danse. En 1653, au lendemain de la Fronde, est créé au Louvre le spectacle le plus marquant du début du règne du jeune Louis XIV: Le Ballet royal de la Nuit, soigneusement élaboré par Mazarin qui fit appel aux meilleurs artistes de son temps, dans le but d’asseoir le pouvoir du jeune roi. Au gré de quatre veilles apparaissent successivement voleurs, bergers, gueux, princes, démons, allégories des jeux et des plaisirs… Ces apparitions fantasques illustrent ce monde merveilleux et parfois irréel de la Nuit. À l’aube, une clarté nouvelle dont l’éclat n’a pas d’égal surgit : c’est le Soleil, dansé par Louis XIV entouré des princes ralliés à sa cause.

Organiste, claveciniste, Sébastien Daucé est animé par le désir de faire vivre un répertoire foisonnant et encore peu connu : celui de la musique française du XVIIe siècle, et il a su redonner tout l’éclat et le chatoiement à cette musique grisante.

Et l’on reste longtemps sous le charme même après être sorti du Grand Théâtre d’odyssud au fil de la Nuit.

Avec le « spectacle de la neige », on est dans un tout autre registre.

L’émotion pure surgit, grandisse et se déchaîne comme une tempête de neige, le temps d’un songe surréaliste à la Winsor McCay et son Little Nemo in Slumberland, sur des musiques pleines de souvenirs, même celle de John Surman, ces rêveries de Lunatique pour Carolyn Carlson (dont on se souvient en particulier des danses d’ours et de lune ici-même).

On ne se lasse pas des magiciens de l’onirisme que sont les clowns tristes, à la Chaplin, de Slava, et on retrouve à chaque fois une âme d’enfant devant cette silhouette hirsute avec son gros nez rouge et ses yeux cernés de blanc, par ses étranges compagnons, créatures humbles et irrévérencieuses, toujours loufoques.

On le suit comme les enfants perdus de l’île de Peter Pan dans leurs aventures poétiques qui transforment la scène et la salle en vaste terrain de jeu : il a bien longtemps que nous n’avions pas joué aux ballons.

On vogue avec lui dans un univers à la fois troublant et touchant, empruntant ses images aux rêves, au drame et à la fantaisie.

On oscille sans retenue entre rire et larme, en écoutant les palpitations d’un cœur en hiver, ne parvenant pas à quitter son amoureuse sur un quai de gare: c’est un extraordinaire duo avec un simple porte-manteau; on se rappelle un autre Clown fabuleux, Jango Edwards (pourtant beaucoup plus provocateur et iconoclaste en général), dans un numéro similaire.

On retrouve l’innocence de notre âme d’enfant, au contact de cette troupe de tendres fêlés, distillant leurs bulles de malice, comme celle soufflées par un petit enfant dont le rire réchauffe notre cœur de grand-père.

Une des grandes injustices de la Création, c’est que certains êtres ont des ailes et d’autres pas (Colette). Les Clowns du Slava Snow Show en sont dotés.

Il fut une époque que j’ai connue, où les jeunes toulousains comme moi n’avaient pas d’autre choix (même s’ils étaient souvent remarquables) que les opéras du Théâtre du Capitole, les classiques revisités du Grenier de Toulouse, la grande liberté poétique de la Cave Poésie animée par le regretté René Gouzenne. Pour les musiques actuelles, heureusement que le directeur du Théâtre du Taur, Monsieur Roger Portés du Français, prêtait la salle à des jeunes fous comme moi pour organiser, à leurs risques et périls, quelques soirées électriques avec Magma, souvent ponctuées par les entrées en force; pas de lieu pour nous pour donner à entendre Léo Ferré ou à voir Carolyn Carlson que la Halle aux Grains bien chère pour nos bourses plates d’amateurs.

Inutile de dire que l’apparition à l’Ouest de Toulouse du beau vaisseau d’Odyssud fut comme un lever de soleil…

Merci à la Municipalité de Blagnac qui a donné carte blanche (et les moyens) à Emmanuel Gaillard, comme à ses prédécesseurs Thierry Carlier et Henry Lhong. Pour ceux ci la Culture, source de liberté autant que de divertissement, d’éducation populaire à travers l’Art, doit refléter un éclectisme vital en Démocratie, une ouverture d’esprit qui est le meilleur rempart contre toutes les dictatures.

Pablo Neruda disait : « il meurt lentement celui qui ne lit pas, celui qui n’écoute pas de musique, celui qui ne voyage pas… »

Heureusement qu’il y a des beaux bateaux comme celui de Blagnac.

Bon anniversaire Odyssud et rendez-vous dans une décennie. J’espère…

E.Fabre-Maigné


www.odyssud.com

  1. A ne rater sous aucun prétexte: la 11ème édition des Rencontres des Musiques baroques et ancienne du 12 mars au 10 avril 2018
  2. Orgue Dessus Bas-dessus Hautes-contre Tailles Basse-tailles Basses Premiers violons Violons Tailles de violon Quintes de violon Basses de violon Flutes à bec Cornet Hautbois et flutes Taille de hautbois et cornet Sacqueboute Basson et flute Clavecins Théorbes Harpe Percussions !!!

 

 

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