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«C’est l’amour à la plage»

08 Nov Publié par dans Festival, Théâtre | Comments

La semaine dernière, le festival « Supernova » organisé par le théâtre Sorano, accueillait le jeune collectif Colette dans une relecture lumineuse du film des années 80 de Eric Rohmer « Pauline à la plage ».

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Conteur des mœurs de ses contemporains, Eric Rohmer se délectait à rendre compte des tourments sentimentaux de ses personnages. En 1983, sortait au cinéma dans sa série « Comédies et Proverbes » « Pauline à la plage » avec dans les premiers rôles de tout jeunes acteurs : Arielle Dombasle, Amanda Langlet, Pascal Gréggory, Féodor Atkine… Quatre personnages principaux et autant de variations sur le thème de la passion amoureuse, sur une petite musique de chambre, douce et délicate. Le collectif Colette composé de jeunes comédiens issus de la promotion 2013 de la Comédie –Française, s’empare du scénario de Rohmer pour faire « théâtre ». Et pour nous en proposer sa vision sur la scène du Sorano dans le cadre du festival Supernova, dédié à la jeune création et aux écritures émergentes. En ouverture, un cours sur le phénomène physique de l’inversion des pôles magnétiques donne le ton. Un ton aussi ludique et limpide que sa réflexion est scientifique et complexe, augurant la teneur de la pièce, dans laquelle il sera question d’attirance et de rejet, de séduction et d’abandon, le tout pimenté d’intrigues sentimentales et de quiproquos. Ce prologue, c’est Pierre qui le porte, comme il porte sa planche à voile sur cette plage normande de fin d’été, propice aux amourettes et aux aventures passagères. Pierre aime Marion qui tombe dans les bras de Henri qui la trompe avec Louisette la marchande de bonbons. Et puis il y a… Pauline, 15 ans, la jeune cousine de Marion, qui va connaitre ses premiers émois avec Sylvain. Chacun-e a sa vision de l’amour et la confronte aux autres : passionné pour Marion, durable et serein pour Pierre, libre voire libertin pour Henri, sincère pour Pauline. Pauline, spontanée et naturelle, dont la sagesse du regard met à jour les manèges et stratégies des adultes. Pauline qui appartient pour peu de temps encore, à cette innocence des jeunes filles en fleurs, chère à Eric Rohmer. Derrière une légèreté vaudevillesque et des situations anecdotiques (cours de planche à voile, sortie en discothèque, ballade en pédalo) les dialogues et monologues – qui constituent la matière principale des films du cinéaste de la Nouvelle Vague – font entendre un discours métaphysique sur ces nombreuses déclinaisons de l’amour résultant, selon Sylvain, d’une équation à plusieurs « inconnues » : coup de foudre, passion, flirt, désir, fusion, fidélité, libertinage…

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Les comédiens tous remarquables nous font oublier les « originaux ». Notamment Carine Goron interprétant une Marion fascinante et bouleversante, moins précieuse et empruntée que la Arielle Dombasle des années 80. Rohmériens, ils le sont sans aucun doute, tant ils dégagent de cette grâce, fantaisie et sincérité qui font des protagonistes de Rohmer, des figures antinaturalistes intemporelles. Mais le regard légèrement décalé de ces comédiens d’aujourd’hui sur ces personnages d’hier confère à cette réécriture une fraicheur et une distance, dont le charme gagne le spectateur. Sur un plateau quasiment nu, habillé d’une lumière chaude et d’une bande sonore évocatrice, la mise en scène de Laurent Cogez orchestre ce chassé-croisé des dialogues et des cœurs dans une chorégraphie des corps qui dit joliment cette façon d’être au monde : à la fois solitaire et collective. Quelques zooms lumineux viennent percer l’intériorité de ces êtres qui sous des dehors badins et hédonistes, se révèlent d’une fragilité et d’une profondeur touchante. Trente ans séparent Eric Rohmer du collectif Colette mais les questionnements restent les mêmes, comme ils l’étaient du temps d’Honoré d’Urfé, de Marivaux ou de Musset… Hommes et femmes, garçons et filles continueront d’inverser les champs magnétiques et les adolescentes deviendront des femmes qui doivent apprendre à se laisser désirer.

Une chronique de Sarah Authesserre pour Radio Radio

« Pauline à la plage » par le collectif Colette au théâtre Sorano dans le cadre du festival « Supernova ». A suivre jusqu’au 19 novembre : « ADN » (compagnie L’An 01), « Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise) » (Baptiste Amann), « Angels in America » ( Deug Doen Group) et les propositions des LabOrateurs et du Conservatoire royal de Liège…

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Théâtre Sorano (35 allées Jules-Guesde, 31000 Toulouse, 05 32 09 32 35, www.theatre-sorano.fr)

 

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