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Toulouse Les Orgues : A tout seigneur, tout honneur; voici sa Majesté l’Orgue!

23 Sep Publié par dans Musique | Commentaires

 

Si Bach et Mozart le considéraient comme le roi des instruments, bien d’autres compositeurs le reconnaîtront comme un instrument exceptionnel; au-dessus du titre de beaucoup de ses partitions, Jean-Sébastien Bach justement a écrit les lettres: « S. D. G.: Soli Deo Gloria – seulement à la gloire de Dieu »; et Anton Bruckner mettait au début des siennes ces mots: « Dédié au Bon Dieu ».

On estimait dans l’Eglise latine l’orgue à tuyaux « comme l’instrument traditionnel dont le son peut ajouter un éclat admirable  aux cérémonies de l’Eglise et élever puissamment les âmes vers Dieu et le ciel ».
Benoit XVI a inauguré ainsi celui de la Sainte Chapelle: « L’orgue est appelé depuis toujours et à juste titre le roi des instruments musicaux, parce qu’il reprend tous les sons de la création…et se fait l’écho de la plénitude des sentiments, de la joie à la tristesse, de la louange à la lamentation […].
En outre, comme toute musique de qualité, en transcendant la sphère simplement humaine, il renvoie au divin. La grande variété des timbres de l’orgue, depuis le « piano » jusqu’au bouleversant « fortissimo », en fait l’un des instruments supérieurs à tous les autres. Il est en mesure de faire écho à tous les domaines de l’existence humaine. Les multiples possibilités de l’orgue nous rappellent d’une certaine façon l’immensité et la magnificence de Dieu […].
Par leur musique, les grands compositeurs veulent en définitive, chacun à leur façon, glorifier Dieu ».

Honoré de Balzac, quant à lui, dans La Duchesse de Langeais (1834), a écrit: « l’orgue est certes le plus grand, le plus magnifique des instruments créés par le génie humain : il est un orchestre entier, auquel une main habile peut tout demander, car il peut tout exprimer ».

Et Victor Hugo dans les Chants du crépuscule: « L’orgue, le seul concert, le seul gémissement Qui mêle aux cieux la terre ».

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Ce mercredi (presque) d’automne, alternant soleil et ondées, est le jour idéal pour lancer le 18ème festival international Toulouse les Orgues*, tant cet instrument (en latin organum, du grec organon, instrument) suscite chez l’auditeur une multitude d’émotions; et celles-ci (car dans notre belle langue française, le mot qui les désigne a la particularité, avec « amour », d’être de genre masculin et deviennent féminin à la forme plurielle: bel exemple de parité**) méritent bien une entrée en fanfare dans la Basilique Saint Sernin; et une conférence dans un Hôtel peu connu de Toulouse.

Le Grand Orgue de Saint Sernin, joyau inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, l’un des chefs-d’œuvre d’Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899)***, est joué par Yves Rechsteiner, avec « Le Bal » de la « Symphonie Fantastique »**** de Berlioz, et « La Toccata », extraite de la « Suite Gothique » de Léon Boëllmann (1862-1897) par Michel Bouvard, directeur artistique du Festival : la Basilique résiste à cette entrée en fanfare qui donne quelque peu le tournis.

 

Le programme nous est ensuite révélé dans l’Hôtel Du Barry (env. 1777)******, celui de Jean Dubarry, beau frère de la Comtesse Du Barry, maîtresse du Roi Louis XIV, qui abrite aujourd’hui l’administration du Lycée Saint Sernin et attend toujours d’importants travaux de rénovation: les superbes parquets d’origine, les nombreux décors peints en trompe-l’œil et les stucs siéent à merveille à cet événement du mois d’octobre; tandis que les carillons de la Basilique, rythment la conférence de presse  de leur bourdon majestueusement équilibré.

Hôtel Dubarry

Ce Festival met à l’honneur le patrimoine organistique de notre belle ville et les écrins qui le protègent, et s’il n’est pas unique au monde, loin de là, la diversité et la qualité des instruments qu’il met en valeur sont exceptionnelles!

Plus de 150 artistes, 50 concerts sur toute la Région, 40 ans de travail initié par le regretté Xavier Darasse!

Soulignons que les candidats du concours qui porte son nom, venus du monde entier, pourront jouer l’une de ces machines étonnantes et magnifiques, composées de tant de parties différentes, de tant de pièces formant une si grande masse de sons et cette armée de tuyaux qui prisent toutes ensemble obéiront à leurs deux seules mains, à leurs seuls dix doigts. Et cela parallèlement à des musiciens de renommée internationale.

Michel Bouvard, avec brio et son humour pince-sans-rire, nous met l’eau à la bouche : je note déjà sur mon agenda les Sacqueboutiers et l’Ensemble Clément Jannequin aux Augustins, les Passions à Saint-Pierre des Chartreux, de Stéphane Bois et Matthieu de Miguel à la Dalbade, le ciné-concert Buster Keaton, en partenariat avec la Cinémathèque à Saint Sernin etc.

Mais il faut encourager le public à ouvrir le programme complet* pour, si possible, assister à tous ces moments musicaux qui promettent d’entrer dans les annales; comme le souhaite Michel Bouvard.

D’ores et déjà, nous attendons avec impatience cette édition 2013; et même celle de 2014, puisqu’Yves Rechsteiner, qui reprendra le flambeau, veut ouvrir encore cette discipline musicale au plus grand nombre: « l’orgue n’appartient pas à une personne, ni même à une communauté, mais à la collectivité toute entière ». 

Nous ne pouvons que renchérir: pour les croyants ou non, dans les édifices religieux ou non, il est temps que cet instrument magique reprenne son plein et entier droit de cité. Et, il reste dans Toulouse des lieux des lieux inspirés à découvrir, comme la Chapelle Notre Dame de Nazareth édifiée du XVème au XVIème siècle, siège de la Mission catholique italienne de Toulouse, et son orgue de Théodore Puget du XIXème qui n’a pas été joué depuis plusieurs décennies.

Si l’orgue reste l’instrument qui se prête le mieux à la divine liturgie, n’est-ce pas l’instrument qui se rapproche le plus du chant des anges dont nous avons tous besoin?

Je veux oublier qu’un orgue peut être aussi cet « engin composé de plusieurs petits canons montés côte à côte sur un même affût, permettant un tir quasi simultané (XVe et XVIIe s.) », devenu les tristement célèbres orgues de Staline, et je préfère me remémorer dans la rue du Taur le cher Robert Desnos, gentil poète sacrifié par la barbarie fasciste:« Foule qui passes dans cette rue, respecte mon sommeil; les grandes orgues du soleil te font marcher au pas, moi je m’éveillerai ce soir quand la lune commencera sa prière ». En attendant avec impatience le début de ce 18ème Festival.

19-IX-2013

Elrik Fabre-Maigné

Chevalier des Arts et Lettres

TLO2013* du 9 au 20 octobre www.toulouse-les-orgues.org

Tel : 05 61 33 76 87

**Toutefois, peu nombreux sont ceux qui acceptent l’amour au pluriel ; sauf sans doute dans le cas présent…

**Larousse : Orgue, nom masculin : Instrument de musique constitué d’un certain nombre de tuyaux résonnant par l’intermédiaire d’un ou plusieurs claviers et d’un pédalier sous la pression du vent contenu dans des soufflets.

Grandes orgues;

Orgue de Barbarie (de Barberi, fabricant d’orgues de Modène), orgue mécanique des musiciens ambulants dans lequel une manivelle actionne 2 soufflets et fait tourner un cylindre muni de pointes métalliques agissant sur des soupapes réglant l’ouverture ou la fermeture des tuyaux. (À la fin du XIXe s., des bandes de carton perforé remplacèrent le cylindre de bois.)…

*** http://www.basilique-st-sernin-toulouse.fr/orgues.php

****Véritable cathédrale sonore, la « Fantastique » de Berlioz n’est pas seulement un chef-d’œuvre de la musique symphonique, c’est aussi un manifeste du romantisme, qui s’interroge sur le rapport entre l’artiste et la société et qui, pour la première fois en musique, comporte une forte dimension autobiographique: la relation amoureuse tumultueuse et fantasmée de Berlioz pour la jeune actrice irlandaise Harriet Smithson.

****** http://pedagogie.ac-toulouse.fr/lyc-saint-sernin-toulouse/historique/dubarry.htm

 

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