Compositeur, producteur, arrangeur et chanteur, Bertrand Burgalat dirige depuis trente ans la maison de disques Tricatel. Il fait l’objet d’un excellent documentaire, « Initiales BB », qu’il présentera dimanche 26 avril au cinéma Rex, à Luchon, dans ce petit coin des Pyrénées qu’il aime et arpente depuis l’enfance.

Bertrand Burgalat – Photo Serge Leblon
Personnalité aussi discrète qu’essentielle du monde de la musique, Bertrand Burgalat a travaillé avec nombre d’artistes, de Marc Lavoine à Christophe Willem en passant par Valérie Lemercier et Michel Houellebecq. Un documentaire de 50 minutes, projeté ces jours-ci à Pau et à Luchon – et disponible en VOD – le suit dans son quotidien de musicien durant l’année 2024. On le voit travailler sur la bande originale de la série « ça, c’est Paris », de Marc Fitoussi, échanger avec son équipe de Tricatel, chanter sur scène avec ses groupes fétiches, A. S. Dragon et Catastrophe, s’exprimer sur les enjeux de son métier comme président du Snep (Syndicat national des éditeurs phonographiques). Des amis (Arielle Dombasle, Philippe Manœuvre, Etienne Daho…), disent tout le bien qu’ils pensent de ce drôle d’oiseau avide de liberté. Oiseau qu’on voit « planer », à la recherche de l’accord parfait, dans son appartement du 18e étage à Courbevoie.
Comment définiriez-vous le documentaire qui vous est consacré ?
Il court sur une année mais ne raconte pas tout ce que j’ai pu faire durant ce temps-là. C’est une suite d’instantanés, de scènes sur le vif, notamment en studio, endroit où je suis le plus heureux. On voit la musique se faire, y compris dans la maladresse. J’adore ces moments de créativité.
Une bonne partie du film est consacrée à l’élaboration de la musique de la série « ça, c’est Paris ». On y sent les contraintes liées au planning, très serré…
Autant le travail de composition avait commencé très en amont, un an plus tôt, autant la finalisation, avec le montage définitif, a dû être exécutée en un mois à peine. C’est un travail de fou, surtout pour moi, qui ne bâcle jamais ce que je fais. Comme je le dit dans le film : le plus important est de ne pas paniquer !
« J’ai retenu ce que m’avait dit Henri Salvador : Il faut chanter doucement »
Dans un registre à l’opposé, c’est-à-dire en concert, face au public, on sent votre joie de jouer et de chanter, dans un registre vocal qui tient de la confidence, du chuchotement…
Inconsciemment, j’ai peut-être voulu prendre le contrepied de ma mère, qui était chanteuse lyrique ! Mais qu’on ne s’y trompe pas : je n’ai pas de limites vocales ; je ne suis pas une espèce de pauvre petite chose qui chante mal. Simplement, cela ne m’intéresse pas de brailler. J’ai retenu ce que m’avait dit Henri Salvador : « Il faut chanter doucement, se servir au mieux du micro ». J’ai souvent proposé mes chansons à d’autres, y compris des chanteur à voix : ils n’arrivent pas à s’en sortir, à déjouer les « pièges » que j’y mets, à en saisir toutes les subtilités, les demi-tons…

Bertrand Burgalat Photo Serge Leblon
« Adolescent, j’écoutais FIP et je lisais Rock & Folk«
Appréciées des critiques et de nombreux artistes, les productions Tricatel restent confidentielles. En souffrez-vous ?
Quand on fait de la musique, on aspire à séduire le plus de monde possible. Et je crois avoir composé ou produit nombre de chansons qui auraient pu devenir des tubes en radio. Malheureusement, les radios ne nous diffusent pas ! Les réseaux FM préfèrent passer toujours les mêmes titres alors que le public est aussi en quête de nouveautés, de découvertes. Le problème, c’est que l’oreille s’habitue…au meilleur comme au pire. Le goût se forme. Qui pensait il y a dix ans que l’auto-tune serait pratiqué de manière industrielle (dans le rap, NDLR), comme un clou qu’on enfonce ? Ce genre de matraquage, c’est terrible !
A l’inverse, vous appréciez une radio comme FIP…
Je l’écoute depuis mon adolescence. Elle laisse toujours la place à la surprise, au mélange des genres.
Autre passion de jeunesse : la lecture de « Rock & Folk », magazine auquel vous collaborez depuis des années. Qu’est-ce qui en fait l’originalité ?
J’ai commencé à le lire en 1976, je crois. J’aimais son côté quasi généraliste, traitant de musique, bien sûr, mais aussi de cinéma et de livres. La force de « Rock & Folk » est de n’avoir jamais eu de ligne directrice. Chaque plume avait son univers ; cela pouvait aller de Magma au punk naissant. Et puis, c’était écrit avec beaucoup de fougue, ce qui est resté jusqu’à aujourd’hui.
« Avec Houellebecq, Drucker a été super »

Bertrand Burgalat – Photo Serge Leblon
Ceux qui commentent votre travail dans le documentaire évoquent votre « liberté ». Est-ce qui vous guide prioritairement ?
Oui mais il ne faut pas se méprendre : je le dis à nouveau, j’ai beaucoup de respect pour le grand public…moins pour les professionnels, souvent moutonniers. Je ne cherche donc pas à prendre le contrepied de l’industrie musicale. Je considère simplement qu’un petit label comme Tricatel doit faire ce que les autres ne font pas. Je produis ce que j’ai envie d’entendre. Et je marche beaucoup à l’admiration.
Michel Houellebecq, dont vous avez produit le deuxième album, « Présence humaine », en 2000, en est un exemple. On le voit à vos côtés dans une émission de Michel Drucker en 2001, à l’invitation de Françoise Hardy. Quel souvenir avez-vous de ce moment très étonnant ?
J’ai trouvé Drucker super. Il est souvent décrit comme un type un peu mielleux qui représente le système. Or, c’est la seule fois où j’ai eu accès à la télévision publique avec un de mes artistes. Houellebecq et les musiciens ont joué en direct, Drucker a très bien parlé du projet. Il nous a donné notre chance.
« Huppert en figurante? On y croît à la première minute »
L’album de l’écrivain est devenu un classique…
C’est pourtant celui que j’ai eu le plus de mal à réaliser et à sortir. Ensuite, mes relations avec Houellebecq se sont distendues. Mais je crois, d’après plusieurs témoignages extérieurs, qu’il aime bien ce disque. Et je constate que l’album, que nous avons ressorti récemment, a bien vieilli.
Quel est le projet sur lequel vous travaillez en ce moment ?
J’ai fini de composer la musique du film « Ni vue ni connue », de Marc Fitoussi. Cette comédie, qui sortira le 23 septembre, est très bien écrite, réalisée et interprétée. Elle décrit de façon acide les coulisses du monde du cinéma. Isabelle Huppert y incarne une figurante et Sandrine Kiberlain une vedette. C’est complètement invraisemblable et pourtant y crois dès la première minute.
Documentaire « Initiales BB », de Thomas Ducres, Jean-Pierre Montal, Aguérine Zar et Sacha Trehorel,dimanche 26 avril à 18 heures au cinéma Rex, Luchon.
Le documentaire est disponible en VOD : https://vimeo.com/ondemand/initialesbb

