La Corde au cou un film de Gus Van Sant
Maintes fois récompensé par la profession au plus haut niveau, le réalisateur américain Gus Van Sant s’était quelque peu absenté des plateaux depuis plusieurs années. Le revoici en majesté avec un opus inspiré d’une histoire qui vit l’Amérique bloquée littéralement devant les écrans de télévision.

Dacre Montgomery (Richard) et Bill Skarsgård (Tony) – Crédit : ARP
Indianapolis, février 1977. Tony Kiritsis (c’est le vrai nom) kidnappe Richard Hall, le fils du propriétaire d’une maison de courtage d’emprunts. Il se dit lésé et ruiné à la suite d’une entourloupe dont on devine ces financiers au-delà de tout soupçon. Quoi que… Tony attache la gâchette d’un fusil au cou de celui qui va devenir son otage pendant 63 heures. Il exige des excuses du boss, une somme de 5 millions de dollars et l’effacement de sa dette. Mais en plus de tout il veut faire connaitre au plus grand nombre l’escroquerie dont il est la victime et au-delà l’immoralité du milieu de la finance. Un vrai lanceur d’alerte car, souvenez-vous, en 2008 éclate la crise des subprimes, un vrai séisme planétaire derrière lequel se cachent à peine des … emprunts toxiques. Pour avoir un maximum d’écho, Tony en appelle à une star locale de la radio, Fred Temple, aussi à l’aise pour abreuver ses auditeurs de banalités confondantes que dans l’incapacité totale d’aider ce pauvre Tony. Il l’appellera tout de même. Mais ce sont tous les autres médias et plus particulièrement les télévisons qui vont flairer le sang, donnant à cette prise d’otage une dimension nationale. Le père du prisonnier, confortablement au chaud en Floride, ne lèvera pas le bout du doigt pour essayer de sauver son rejeton. Sa boite fera faillite quelques années après les événements.
Gus Van Sant revient ici à son meilleur grâce à une mise en scène d’une hallucinante précision et une direction d’acteur qui ne l’est pas moins. Il a réuni sur le plateau, outre Al Pacino en patriarche délétère et toxique, deux acteurs de la nouvelle génération des grands talents : Bill Skarsgård, fascinant Tony, tout à la fois paniqué, maître de lui, courageux mais naïf et doté d’un panache certain, ainsi que Dacre Montgomery en otage pathétique et résilient. Un film qui en dit long, encore une fois, sur cette Amérique fantasmée de notre côté de l’Atlantique mais qui porte en elle-même depuis des lustres les ferments d’une actualité brûlante aujourd’hui.

