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La Rose et la Violette, Fenêtre sur cour et De Foudre et de Diamant : trois expositions pour le Printemps

30 Mar Publié par dans Arts plastiques | Comments

En ces tristes temps de basse politique, il est rafraichissant pour l’esprit de voir trois remarquables expositions à Toulouse.

D’abord, à la Bibliothèque de  l’Université Jean-Jaurès, Dame Manijeh Nouri (1) nous propose à partir du 3 avril une suave exposition qui va ravir les amateurs de fleurs et d’art, mais aussi les poètes (qui sont souvent les mêmes).

La Rose de Perse et la Violette de Toulouse

Le thème en est la Rose et la Violette, dans un pont de beauté jeté entre l’Occitanie et la Perse, en des temps plus éclairés.

Cette exposition met en valeur et en évidence, une fois de plus, les liens entre la culture persane et la culture occitane, dans la continuité de l’exposition « Jardin persan, jardin en Occitanie », présentée déjà par l’association ARIANA/regards persans en 2013.

La rose est venue de Perse il y a très longtemps, puisque le mot rosa était déjà connu en latin dans l’Antiquité. Les Iraniens sont parmi les premiers peuples à avoir découvert les vertus nutritives et médicales de la rose.

Nulle autre délicate plantae ne s’est autant vu octroyée le rôle de la muse auprès des poètes. Ceci peut-être parce que la rosa damascena, parfaitement à l’aise dans les conditions pourtant extrêmes de la région quasi désertique du Kâshân, y existe depuis toujours.

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C’est également de Perse que Robert de Brie, un croisé français, emporta quelques boutures de roses en France, en 1234. Ces roses furent d’abord plantées à Provins dont elles prirent le nom pour devenir la « rose de provins » ou « rosa gallica ».

Une anecdote historique circule également au sujet du nom de la rose de Damas : selon les chroniques, ce fut un gouverneur byzantin en visite à Ghamsar qui, séduit par la fragrance des roses de la région, en emporta quelques boutures à Damas. C’est ainsi que cette fleur, la rose d’Iran par excellence, devint célèbre sous le nom de rosa damascena.

Quoiqu’il en soit, en Iran, c’est dans la région de Kâshân et plus particulièrement à Ghamsar que cette rose est cultivée. Cette culture n’est pas une nouveauté en Iran. L’histoire de la distillation, l’exportation et l’utilisation des essences florales à des buts médicaux, cosmétiques et gastronomiques remontent en Iran à l’Antiquité où l’on produisait et consommait les eaux et les essences florales et aromatiques dans toutes les régions du vaste empire perse. Ainsi, les fleurs ont toujours occupé une place importante dans la médecine traditionnelle de l’Iran préislamique, c’est-à-dire la médecine des plantes. Les tablettes et les bas reliefs de Persépolis traitant de ce sujet sont la preuve formelle de l’importance des fleurs dans la société iranienne, médicalement et généralement parlant.

A ce sujet, on peut faire allusion au Canon du grand savant iranien Avicenne, ouvrage de médecine écrit il y a mille ans -et enseigné jusqu’au début du XIXème siècle dans les facultés de médecine européennes-, qui évoque, dans des contextes différents, l’utilisation de la rose en tant que remède à plusieurs maladies.

Chaque mois de mai, les cultivateurs lancent la récolte au son de musiques et de prières traditionnelles et la récolte et la distillation de la rose est aujourd’hui plus que jamais une cérémonie qui attire chaque année des milliers de visiteurs.

Pour finir, on peut ajouter que dans la langue persane, les roses sont indifféremment appelées « fleurs rouges ». Seule la rose de Damas, utilisée pour la distillation, a un nom plus précis : « rose de Mohammad ». Il est intéressant de noter la symbolique de cette dénomination, surtout en considération du fait que l’eau de rose, au-delà de son utilisation médicale, cosmétique et gastronomique, est vaporisée dans les lieux saints et lors des cérémonies religieuses et qu’une vision assez originale s’y attache, poétiquement et mystiquement.

Le nom rose apparait dans la littérature médiévale (XIIème siècle) en même temps que son adjectif caractérisant des choses de la couleur de cette fleur (une robe rose) ; un nom masculin est tiré de cet adjectif à la fin du Moyen Âge (le rose de sa robe) et elle est souvent accolé au prénom Marie. Quelques acceptions spécialisées se sont ajoutées par la suite, dont « vitrail d’église » (plus couramment, rosace), diamant taillé en facettes (d’abord, diamant en rose) et, dans rose des vents, représentation en forme de fleur des points cardinaux. À part ces rares acceptions référant à la forme typique de la fleur, la phraséologie du mot rose est plutôt liée à sa symbolique ou à sa couleur.

La fleur évoque ainsi soit la souffrance (Il n’y a pas de rose sans épines), soit la santé (frais comme une rose). Sa couleur d’origine est associée au bonheur (voir la vie en rose). On peut expliquer cette association par le fait que le rose rappelle la couleur de la peau d’une personne en bonne santé, ce qui suscite l’optimisme. À cette valeur s’est ajoutée une connotation de féminité et d’érotisme (chansons populaires comme A la claire fontaine : pour un bouton de rose que je luis refusais…, mais aussi le contemporain téléphone ou minitel rose), qui offre quelque analogie avec la sentimentalité excessive véhiculée par l’expression à l’eau de rose, tirée de eau de rose, une eau de toilette à base d’essence de rose.

Si la rose est la fleur par excellence en Iran, la violette est la fleur emblématique de Toulouse. Au-delà des aspects olfactifs, cosmétiques ou culinaires, ces deux fleurs ont inspirées nos poètes : Le jardin des roses de Saadi, poète persan du XIVème siècle, porte le nom de la Perse jusqu’au confins du monde ; et les sept troubadours qui fondent le Consistori del Gai Saber (l’Académie des Jeux Floraux) récompensent les lauréats, pour la première fois, en 1324, avec cinq fleurs d’or ou d’argent : la violette, (l’églantine, le souci, l’amarante et le lys).

Ce n’est pas un hasard: petite fleur de l’hiver, elle a fait de Toulouse la cité des violettes. Et a, de tout temps, appartenu à l’histoire de cette ville. Au XIXème siècle, la violette de Parme est introduite dans les jardins des maraîchers vivant dans les quartiers de Lalande, les villes de Saint-Jory ou Launaguet, au nord de Toulouse. En tout cas, elle se marie très bien avec la brique rose des monuments de Toulouse.

Belle et délicate, la violette est une fleur fragile. Victime de virus et de champignons entraînant sa quasi-disparition, son mode de reproduction est difficile car il nécessite l’intervention de l’homme, il explique sa rareté. Grâce aux ingénieurs agronomes, la violette renaît in vitro et un conservatoire des plantes est créé pour sa sauvegarde.

Un Conservatoire national de la violette existe depuis 1994 dans les serres municipales de la ville de Toulouse, conservant une superbe collection d’environ 80 variétés de violettes, provenant de différents pays comme la Chine ou le Japon.

Au jardin botanique Henri-Gaussens du Museum vous pouvez en voir de mars à mai.

Les violettes apparues dans l’herbe d’Ariège, sont d’extraction plus modeste. Elles prennent le nom de l’endroit où elles poussent : Violette de Reichenbach ou violette des bois, Viola odorata, violette odorante, c’est la violette des haies et des prés encore appelée violette de carême ; celle que vous contemplez dans vos promenades est peut-être une cousine, la Viola pyrenaica ou violette des Pyrénées.

La violette est le symbole de la pudeur et de la modestie. Chez les Grecs, elle correpond à l’innoncence et à la virginité. Vulcain, le dieu du Feu s’est mis une couronne de violettes sur la tête, afin d’attirer Vénus, la déesse de la Beauté. Et, Vénus a été conquise par la fragance de cette fleur et elle a accepté de se marier avec lui malgré sa laideur.

En sortant de cette exposition, je pense bien sûr à Ronsard (1524-1585) Odes V, XII

Sur tout parfum j’aime la Rose

Dessus l’épine en mai déclose,

Et l’odeur de la belle fleur

Qui de sa première couleur

Pare la terre, quand la glace

Au nouveau soleil a fait place.

Les autres boutons vermeillets,

La giroflée et les oeillets,

Et le bel émail qui varie

L’honneur gemmé d’une prame

En mille lustres s’éclatant,

Ensemble ne me plaisent tant

Que fait la Rose pourperette,

Et de mars la blanche fleurette.

Que saurai-je pour le doux flair

Que je sens au moyen de l’air,

Prier pour vous deux autre chose,

Sinon que toi, pourprine Rose,

Puisses toujours avoir le sein

En mai de rosée tout plein,

Et que jamais le chaud qui dure

En juin ne te fasse laidure?

Ni à toi, fleurette de mars,

Jamais l’hiver, lorsque tu pars

Hors de la terre, ne te fasse

Pencher morte dessus la place;

Ains toujours maugré la froidure

Puisses-tu de ta soefve odeur

Nous annoncer que l’an se vire

Plus doux vers nous, et que Zéphyre

Après le tour du fâcheux temps

Nous ramène le beau printemps.

 … A la douce Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) avec ses Roses de Saadi

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses;

Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes

Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées

Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.

Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir;

La vague en a paru rouge et comme enflammée :

Ce soir, ma robe encore en est toute embaumée…

Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

…Aux Roses d’Ispahan de Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894), mises en musique par Gabriel Fauré et chantées par Victoria de Los Angeles.

…Oh ! que ton jeune amour, ce papillon,

Revienne vers mon cœur d’une aile prompte et douce,

Et qu’il parfume encore les fleurs de l’oranger,

Les roses d’Ispahan dans leur gaine de mousse ! 

Mais aussi à la chanteuse Esther Ofarim (né en 1941)

A l’ombre d’une rose pousse une violette
dans le jardin de tes amours.
La rose est si belle que tu viens pour elle 
chanter quand se lève le jour.
La la la ..
La pauvre violette recueille les miettes,
les miettes de tes beaux discours.
Quand le jour se lève, dans l’ombre est le rêve
que tu viens lui faire la cour.
La la la …
Ce n’est pas si bête, petite violette,
d’attendre que vienne ton tour.
La rose est très belle, mais elle est cruelle
et tout peut changer un beau jour.
La la la …

…Sans oublier bien sûr Nougaro

« … Ô mon pays, ô Toulouse
Un torrent de cailloux roule dans ton accent
Ta violence bouillonne jusque dans tes violettes … »

Photographies : Francisco Artigas, Gilles Bouquillon, Nadine Guilhou et Manijeh Nouri ; photos d’archives : établissements « Les poupées d’Horfin».

Textes occitan : Alem Surre-Garcia, textes persans : Manijeh Nouri, textes français et légendes : Gilles Bouquillon et Manijeh Nouri.
Du 3 au 28 avril 2017 Bibliothèque Universitaire Centrale (4ème étage)

5 Allée Antonio Machado, 31106 Toulouse Cedex 1 05 61 50 40 64 


Fenêtres sur cour

Entre intérieur et extérieur, l’espace de la cour permet au peintre d’associer la lumière du jour et l’ombre protectrice de l’intimité, la pompe des grands événements et la chaleur du foyer. Cet espace, riche d’arrière-plans sociologiques, architecturaux ou historiques, est un lieu où pulse l’Histoire mais également un décor de la vie publique ou privée. Le musée des Augustins, ancien couvent construit autour d’un grand cloître et d’un petit cloître est le lieu idoine pour accueillir cette méditation sur la poétique d’un genre.
Il s’agit de la première exposition consacrée au thème de la Cour, un sujet complémentaire de celui plus familier des fenêtres par lesquelles les peintres regardent le monde. Les tableaux retenus illustreront cette thématique du XVIème au XXème siècle sans exclusivité d’école ou de mouvement artistique.

Certaines périodes bénéficieront toutefois d’un éclairage particulier : le XVIIème siècle nordique pour les cours de tavernes ou de maisons et les ambitieuses fabriques de palais fantasmagoriques, les vedutistes vénitiens du XVIII siècle traquant l’envers du décor de la Venise triomphante, le XIXème siècle français en raison de sa fascination pour les cloîtres reconstitués à la Troubadour ou laissés à l’état de ruines, le goût néo-grec par sa propension à faire de l’atrium le centre du monde, l’orientalisme européen et son appétence immodérée pour les patios, l’impressionnisme dans sa captation du plein air qui renouvelle la poésie des cours urbaines ou rurales, les réalismes du XXème siècle avec leur regard chirurgical porté sur la misère urbaine, le surréalisme enfin d’une vision décalée de ce lieu de toutes les mélancolies.

Du 10 décembre 2016 au 17 avril 2017 Musée des Augustins

Musée des Beaux-Arts de Toulouse 21, rue de Metz 31000 Toulouse
Tél. 05 61 22 21 82 Métro Esquirol

http://www.augustins.org/fr


De Foudre et de Diamant 

Vingt-quatre peintures tibétaines anciennes appelées thangkas, objets d’entraînement à la visualisation des divinités dans le bouddhisme tantrique seront exposées et trente-photographies de Matthieu Ricard moine bouddhiste tibétain, auteur photographe, porte-parole du dalaï-lama. Les images de Matthieu Ricard nous plongent dans la vie des monastères, nous racontent les hommes et les paysages du Tibet.

du 12 décembre 2016 au 31 mai 2017 Musée Paul-Dupuy

13 Rue de la Pleau, 31000 Toulouse 05 31 22 95 40  

Tout les jours  (sauf le lundi) Tarif: entrée musée + 2€ Tout public

E.Fabre-Maigné

27-III-2017


Pour en savoir plus :

  • Manijeh Nouri est née à Téhéran. Elle a enseigné la langue et la littérature persanes pendant 10 ans à l’Institut Catholique de Toulouse. Elle est conférencière et traductrice des œuvres de la poésie soufie persanes.
    Après les études de lettres allemande, persane et arabe et des religions comparées, en Suisse, à l’université de Bâle, elle poursuit ses études et recherches à l’Université de la Sorbonne Nouvelle, Paris III et à la BNF. Elle est également formée à l’Institut de C.G.Jung de Zurich et exerce le métier de psychanalyste. Professeur de langue et de littérature persanes, elle a traduit « Le Langage des oiseaux » grâce au Père Jean Hugo Tisin et l’enseignement des professeurs Ravan Farhadi et Shafi’i Kadkani. C’est la beauté et l’originalité de cette poésie qui ont attiré l’attention de la traductrice, son travail a pour ambition de proposer une vision très pure et magnanime de la recherche de Dieu, dépassant tout contexte sociologique et politique.

Publications : 
Fattahi de Nishâbour, Cœur et Beauté ou le Livre des amoureux
Manijeh Nouri-Ortega, Ravân Farhâdi, Le Sens De L’amour Chez Rûmi
Farid ud-Din’ Attâr, La conférence des oiseaux, traduction avec adaptation de Henri Gougaud

Farid ud-Din’ Attâr, Le langage des oiseaux, traduction et annotations
Farid ud-Din Attâr, Le mémorial des Saints, traduction et annotation (à paraître)

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