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Concert à ne pas rater, un très grand chef en devenir et un pianiste – compositeur tellement original

16 Mar Publié par dans Musique classique | Commentaires

C’est pour Le Parvis de Tarbes, le vendredi 25 mars à 20h30 et le lendemain, à la Halle, à 20h. Ce concert vient après une série plutôt enthousiasmante de soirées à la Halle avec l’Orchestre National du Capitole, série qui débuta le 22 janvier, et l’on espère bien que celui-ci va clore magnifiquement la saison d’hiver. Tous les ingrédients semblent réunis pour cela.

Andris Poga direction Invité pour la 1ère fois

Fazil Say piano

DALBAVIE Color

SAY Water pour piano et orchestre création française

CHOSTAKOVITCH Symphonie n°1

La première française  de Water pour piano et orchestre  sera l’occasion d’apprécier à Tarbes, puis à Toulouse, les deux facettes de cet artiste, pianiste et compositeur. Commande du Festival de Mecklenburg-Vorpommern et du Festival Menuhin de Gstaad, Water  est créé le 18 août 2013 à Stolpe, dans le cadre du Festival de Mecklenburg-Vorpommern, sous la direction de Kristjan Järvi. Water symbolise  trois visages de l’eau : l’eau infinie des mers, l’eau nocturne des lacs, l’eau vive des rivières. Afin de décrire les infinis miroitements de cet élément vital, Fazil Say a recours à un vaste orchestre marqué par l’omniprésence des percussions qu’il exploite avec imagination.

Andris Poga

 Andris Poga © Jean Philippe Raibaud

Andris Poga reçoit le Grand prix de musique de Lettonie en 2007 et entretient depuis des relations privilégiées avec les orchestres de son pays : Orchestre symphonique national de Lettonie, Orchestre de l’Opéra national de Lettonie, Riga Professional Symphonic Band, dont il est directeur musical et chef principal de 2007 à 2010. En 2010, il remporte le Premier prix du Concours international de chef d’orchestre Evgeny Svetlanov à Montpellier.

Projeté sur le devant de la scène, il est nommé assistant de Paavo Järvi à l’Orchestre de Paris en 2011 pour trois saisons, puis en 2012, chef d’orchestre assistant du Boston Symphony Orchestra. Il travaille et dirige le BSO durant ses concerts à Boston ainsi qu’au prestigieux Festival de Tanglewood.

Après de fructueuses premières collaborations, Andris Poga est réinvité par des orchestres prestigieux tels l’Orchestre symphonique de la NHK, le New Japan Philharmonic Orchestra (Suntory Hall), l’Orchestre symphonique d’Israël, le Moscow City Symphony – Russian Philharmonic. Il dirige également l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, les orchestres philharmoniques de Munich, Saint-Pétersbourg, l’Orchestre de Paris, les orchestres symphoniques de Boston, Hiroshima, l’Orchestre national de France, l’Orchestre de chambre de Lausanne, etc.

En 2013, il remplace au pied levé Georges Prêtre et Mikko Franck à la Salle Pleyel avec l’Orchestre de Paris et remporte un grand succès. En 2014, il remplace Lorin Maazel et Valery Gergiev dans une triomphale tournée asiatique dédiée à Richard Strauss. En novembre 2013, Andris Poga est nommé directeur musical de l’Orchestre symphonique national de Lettonie pour trois ans.

Fazil Say Fazil Say © Marco Borggreve

Le turc Fazil Say est pianiste autant que compositeur. Au piano, sa technique exceptionnelle lui permet très vite de maîtriser avec une parfaite aisance, toutes les partitions du grand répertoire, et d’un vaste répertoire puisqu’il balaie tout le spectre de Bach aux compositions contemporaines, y compris les siennes. Il faut trouver de quoi ne pas s’ennuyer. Comme il adore composer, le chemin est tout trouvé. Son concerto pour violon et piano est créé en 1991. Il sera suivi d’un second concerto pour piano, Silk Road, en 1996. 2001 voit la création de son oratorio Nazim à Ankara, puis ce sont, un troisième concerto pour piano, en 2002, le Requiem pour Matin Altiok en 2003, un quatrième concerto pour piano en 2005.

La même année, Fazil Say écrit sa première musique de film, bientôt suivie de plusieurs autres, pour des films turcs et …japonais. Le ballet Patara, une commande de la ville de Vienne, est créé en 2006, puis ce sera le concerto pour violon Mille et une nuit au Harem en 2008.

Quelques mots sur la symphonie de Chostakovitch

Dimitri Chostakovitch [25 septembre 1906, Saint-Pétersbourg – 9 août 1975, Moscou]

Symphonie n°1, en fa mineur, opus 10

1. Allegretto. Allegro ma non troppo
2. Allegro (Scherzo)
3. Lento
4. Allegro molto    durée ~ 32 mn

Achevée en mai 1925 – Création le 12 mai 1926 par l’Orchestre Philharmonique de Leningrad  sous la direction de Nikolaï Malko.

« J’ai l’impression d’avoir ouvert un nouveau chapitre de l’histoire de la musique symphonique et d’avoir découvert un nouveau grand Compositeur »     Nikolaï Malko

Création à Berlin le 5 mai 1927 sous la direction de Bruno Walter.

Effectif orchestral : habituel plus grosse caisse et piano.

ChostakovitchDu jour au lendemain, Chostakovitch devient célèbre. Il n’a pas encore 20 ans.

Dès sa première symphonie, Chostakovitch se révèle un grand maître des œuvres massives et orchestrales. Sa partition est basée sur un schéma simple.

Les premières mesures de l’Allegretto servant d’introduction, prennent l’allure d’un « germe », d’un possible dont naîtront les deux thèmes de l’Allegro, le thème du Lento et le grand motif du Finale, encore un Allegro molto. Le compositeur réalise ainsi une extraordinaire unité, crée un bloc homogène, première qualité révélée chez ce vrai symphoniste dès la première œuvre de ce type. Elle peut faire penser à un tel ou tel mais l’ensemble passe déjà à travers le prisme d’une personnalité sûre d’elle-même, indiscutable, revêtant immédiatement un cachet éminemment individuel. Force d’expression et plénitude émotionnelle hallucinantes sont déjà au rendez-vous.

Tout ce qui peut permettre d’identifier l’auteur dès les premières mesures de la partition est là, même ce que d’aucuns qualifieront de tics : pensée aiguë, rythmique haletante et fortement scandée, dramatisme intense, le tout allié à des découvertes humoristiques, primesautières et charmantes, ou d’un sarcastique le plus acerbe, des fulgurances annonçant rarement le printemps, des stridences comme autant de fers de lance et lames de couteau. Grotesque et lyrisme, caricature sardonique et émotion profonde, jusqu’aux « tripes », tels seront les deux grands pôles d’attraction de toute l’œuvre de Dimitri.

Est-il besoin d’aller chercher quelques profondeurs métaphysiques dans cette première symphonie ? Démarche plutôt inutile car n’oublions pas que notre compositeur n’a pas vingt ans, et qu’être si tôt philosophe n’est peut être pas indispensable. Les spéculations abstraites seront pour les grands musicologues. Contentons nous d’être tout étourdi par autant d’inventions mélodiques, par l’éclat de l’orchestration, l’utilisation des registres des différents pupitres surtout les bois et par une structure polyphonique qui sera un peu la marque de fabrique du dernier symphoniste du XXème siècle.

Orchestre National du Capitole © Dominique Viet

I. Allegretto. Allegro ma non troppo.

Dès les premières mesures, votre attention est captivée impérieusement ; elle ne se relâchera plus. Si le chef veut bien nous y aider car il a un rôle absolument primordial chez ce compositeur. Une trompette d’abord, le roucoulement mystérieux d’un basson, voilà un début singulier pour une symphonie, avec encore la clarinette qui évoque à la fois le « Petrouchka » d’Igor Stravinski et Serge Prokofiev. Ambiance plutôt sur le ton de l’humour, un brin sautillant! Petite interruption puis les hautbois sonnent l’alarme, la fanfare résonne de nouveau, et toujours la mélodie à la clarinette. Ecoutez le basson qui s’efface au profit des violoncelles qui exécutent un solo. C’est une succession d’images mélodiques qui surgissent puis s’effritent, se décomposent et se dispersent avec des éclaboussures fantastiques. C’est comme un spectacle de marionnettes.

II. Suit un scherzo admirablement orchestré, plein de fougue, d’humour, de hardiesse et d’âpreté, dominé par une sorte de perpetuum mobile, par une propension évidente à la    galopade rythmique. La deuxième partie est beaucoup plus calme et mélodieuse. En vrai virtuose dans le développement des thèmes, Dimitri Chostakovitch les jette d’un instrument à l’autre, comme un adroit jongleur, les confiant tour à tour au registre grave du basson et à l’aigu le plus perçant du piano. Les fréquentes interventions de ce dernier donnent à l’œuvre un coloris tout à fait spécial. Peut être que pour vous aussi : « Des images joyeuses surgissent devant nos yeux : une foule animée, des visages riants qui passent et se succèdent. Là- dessus, retentit le second thème, chanté par deux flûtes sur un fond de bruissement sourd de trémolos des violons, et l’on devine la sérénité infinie d’une vaste plaine …  »

Trois accords bien plaqués du piano, suivis d’un silence, une interrogation lourde d’angoisse, comme une sourde inquiétude. Ainsi s’achève le scherzo qui sera bissé lors de la création, sa maîtrise de l’instrumentation, l’éclat et l’impétuosité de sa musique ayant tout de suite interpellé le public.

III. Lento

Il est plein de lyrisme. La mélodie du premier thème, mélancolique, très ample et très vocale est confiée au hautbois soutenu par les cordes. Elle est intimement liée au thème conducteur de l’Allegretto. La tension monte pour atteindre un point culminant tragique qui suit le développement dramatique et grave. Tchaïkovski n’est pas loin. Trompettes et cuivres dessinent un côté un brin menaçant. Une marche funèbre semble se dessiner dans le lointain, puis c’est le contrepoint avec tous les thèmes et motifs qui reviennent. La tension retombe sur un solo de violon, le mouvement s’achevant pianissimo.

IV. Le brillant Finale est relié aux dernières mesures du lento par une introduction brève mais pathétique. Il fait revivre les sensations provoquées par les trois précédents mouvements, mais avec une signification tout à fait nouvelle. L’angoisse du premier mouvement est définitivement vaincue ; le dynamisme fougueux du scherzo (II) s’enrichit du lyrisme du Lento (III). Tous les doutes sont dissipés, toutes les contradictions aplanies, la symphonie devenant une affirmation solennelle de la réalité du principe créateur d’une vie jeune et nouvelle, caractérisée par d’étranges clair-obscur que le regard pénétrant du compositeur a remarquablement mis à nu.

La sonorité enfle progressivement et éclate enfin en d’aveuglantes résonances, la symphonie s’achevant dans une atmosphère de triomphe et de solennité.

Michel Grialou

fazil say afficheOrchestre National du Capitole
Andres Poga (direction)
Fazil Say (piano)
samedi 26 mars 2016 à 20h00
Halle aux Grains

 

 

 

 

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