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L’Orchestre Mozart efface les Pyrénées dans un programme 100% espagnol

07 Déc Publié par dans Musique classique | Commentaires

Lundi 15 décembre, rendez-vous à 20h30 à l’Auditorium Saint-Pierre des Cuisines. L’Orchestre Mozart sous la direction de Claude Roubichou et Philippe Mouratoglou à la guitare vous convient à un concert dédié à la musique espagnole dont voici le programme :

CONCERTO D’ARANJUEZ  de Joaquín Rodrigo

LA ORACION DEL TORERO de Joaquín Turina

 SYMPHONIE EN RE MAJEUR de Juan Crísostomo de Arriaga

Rodrigo et Turina sont les dignes descendants d’un certain Felipe Pedrell qui, outre son talent de compositeur, consacra toute son énergie et sa passion à la musique espagnole du XXè dont il fut le précurseur. Grand érudit, chercheur infatigable, il était un professeur né. Grâce à son traité, le Cancionero, ce fut comme un souffle d’air frais sur la musique espagnole. Il inspira bien au-delà des compositeurs de la nouvelle génération comme Albéniz, Granados, Falla, toute la sphère artistique.

Turina, puis 20 ans plus tard Rodrigo feront partie de la vague suivante. Comme ses prédécesseurs, ce dernier, pourtant aveugle dès l’âge de trois ans, fera un passage par Paris, capitale alors incontournable dans le domaine des arts, et de la musique. Il sera l’élève préféré d’un certain Paul Dukas. Voyageant beaucoup, il va retourner et se réinstaller à Madrid en 1939 et acquérir une célébrité soudaine avec son Concerto d’Aranjuez pour guitare et orchestre. Peu d’œuvres peuvent se targuer alors d’avoir reçu un accueil aussi enthousiaste dès la première audition. Depuis, c’est bien devenu un tube planétaire, qui a subi quantités d’arrangements, avec du meilleur comme du plus mauvais goût. Ce soir, nous avons un retour salutaire aux sources !!

L’œuvre est bien d’une magnifique maturité, d’un étonnant équilibre. Elle ouvre alors de nouveaux domaines et des perspectives imprévues sur l’emploi de l’orchestre et de cet instrument solo. Mais, ce n’est pas comme d’aucuns peuvent le croire, le premier concerto pour guitare ! En dépit de sa sonorité archaïque et grêle, la guitare y revendique sa personnalité, n’est jamais submergée par l’orchestre et dialogue même avec lui. Ce concerto constitue bien un jalon marquant dans l’histoire de la musique espagnole du siècle passé.

Joaquín Rodrigo (1935)

Voici comment le célèbre guitariste Narciso Yepes présentait cette œuvre : « Le Concerto d’Aranjuez est le premier concerto pour guitare et orchestre écrit par un compositeur contemporain. Joaquin Rodrigo lui a donné le nom de la ville d’Aranjuez, parce que la petite ville verdoyante au bord du Tage, avec ses Palais et ses jardins tracés à la française, est caractéristique du XVIIIème siècle espagnol. Le Concerto d’Aranjuez est un jeu de lumières et de sentiments. Le premier mouvement est la pointe du jour en Castille. En quelques instants, la terre est recouverte de lumière. Tout est frais, tout est jeune, avec cette pointe de piquant qui fait la musique de Rodrigo. Le deuxième mouvement, le plus célèbre, est l’après-midi sans hâte, qui se prête aux confidences. La lumière est plus douce, le temps ne compte pas : ce sont des moments de paix qui tiennent de l’éternel. Le troisième mouvement est le soleil de midi, quand la lumière est cinglante et que les ombres n’existent pas. Rodrigo fait une pirouette pour ne pas s’attacher au dramatisme du second mouvement. »

Quant à Joaquim Rodrigo, il disait ceci : « Je n’aurais jamais imaginé que ce concerto puisse susciter autant d’enthousiasme auprès de publics, de peuples, de coutumes, voire de goûts si différents ».

La Oración del torero op. 34 («La prière du torero») redit l’influence du folklore chez Turina, et plus particulièrement celle de la musique andalouse. Il était né à Séville. Au départ, cette œuvre fut rédigée pour un quatuor de «laúd». Par ce mot signifiant stricto sensu «luth», Turina n’entendait pas les instruments renaissants ou baroques mais ceux du folklore espagnol, plus proches des mandolines, avec un corps piriforme et des cordes doubles. À eux quatre, ils couvrent un large éventail de hauteurs de son: la bandurria et le laudete jouent les parties supérieures, tandis que le laúd tenor et le laudón assument les ambitus de ténor et de basse. Voici comment Turina décrivit ce qui l’inspira: «Un après-midi de corrida, dans l’arène de Madrid … j’ai vu mon œuvre. J’étais dans la cour des chevaux. Derrière une petite porte se trouvait une chapelle embaumant l’encens, où le toréador se rendait juste avant d’affronter la mort. Ce fut alors qu’apparut là, sous mes yeux, dans toute sa plénitude, ce contraste subjectivement musical et expressif entre le tumulte de l’arène, le public qui attendait la fiesta, et la dévotion de ceux qui, devant ce pauvre autel, pénétrés d’une poésie touchante, priaient Dieu de protéger leur vie.» Cette œuvre fut écrite en collaboration avec l’ensemble de laúd (luth) Quarteto Aguilar, en 1925. L’année suivante, Turina la réarrangea pour quatuor à cordes ainsi que pour orchestre à cordes et trio avec piano.

L’œuvre est de courte durée, à peine huit minutes, et se présente comme suit :   Introduction brève – Pasodoble – Andante – Lento – Pasodoble (reprise)

Quant à Juan Crisóstomo Jacobo Antonio de Arriaga y Balzola, il est né à Bilbao en 1806. Baptisé ainsi – pour les deux premiers prénoms – car né le même jour que…Mozart !!! mais 50 ans plus tard. C’est son père, Juan Simón de Arriaga, organiste à Berriatúa, qui lui apprend les fondements de la musique. Il prend également des cours avec un violoniste de renom. À 11 ans, il compose et représente déjà ses œuvres dans les sociétés musicales de Bilbao. Il a écrit son premier opéra à 13, et se retrouve très vite surnommé le « Mozart espagnol ». À 15, son père décide de l’envoyer au Conservatoire de Paris pour qu’il y poursuive sa formation – un vrai précurseur pour les suivants. Il y étudie le violon toujours, mais aussi l’harmonie et le contrepoint avec un certain Luigi Cherubini. En 1824, il est nommé professeur adjoint du célèbre académicien Fetís dans ce même conservatoire. C’est lui qui remarque ce besoin fou du jeune homme de composer. Sa musique est influencée par Haydn et le premier Beethoven. Il meurt à Paris, des suites d’une tuberculose, à quelques jours de ses vingt ans, le 17 janvier 1826. D’une durée d’environ 25 minutes, sa Symphonie en ré majeur comporte :

I. Adagio – Allegro vivace – Presto,

II. Andante,

III. Menuetto : Allegro – trio,

IV. Allegro con moto

C’est l’une de ses dernières œuvres, jamais donnée de son vivant. Elle débute par un adagio inquiet et plaintif, suivi bientôt d’un allegro vivace empreint de vie et d’exaltation, d’une grande habileté technique dans l’écriture. L’andante fait dialoguer les cordes et les bois dans un lyrisme d’une grande poésie. Le Minuetto est plutôt un Scherzo et se rapproche de ceux des premières symphonies de Beethoven. Le final, allegretto molto, reprend le ton passionné du premier mouvement et s’achève dans un climat apaisé. Par son atmosphère sombre, ses modulations et ses développements chromatiques inattendus, elle annonce le romantisme musical européen. Comme  œuvre de jeunesse et coup de maître également, elle fait songer à la Symphonie en ut de Bizet. Elle fut jouée en 1888 à Bilbao, grâce au travail mené par l’arrière-petit-neveu Emiliano de Arriaga  pour faire redécouvrir la musique de son ancêtre.

Sur les artistes intervenant :

A commencer par le Chef : notre ami Claude Roubichou, consulter le lien sur le site internet de l’Orchestre Mozart.

Claude Roubichou (direction)

Puis, à la guitare : Philippe Mouratoglou

Formé par Wim Hoogewerf, Roland Dyens et Pablo Marquez (dont il fut un temps professeur assistant au Conservatoire de Strasbourg), Philippe Mouratoglou développe une approche caractérisée par son ouverture instrumentale (guitares classique, électrique, folk 6 et 12 cordes, guitare baryton) et stylistique.

Interprète, improvisateur et compositeur, il collabore avec des musiciens et ensembles de tous horizons.

Il aborde ainsi la création contemporaine avec les ensembles Linea et Alma Viva,, les musiques traditionnelles avec l’ensemble Convivencia de Bernard Revel, la musique de chambre avec l’ensemble vocal Voix de Stras’  de Catherine Bolzinger et la violoncelliste Svetlana Tovstukha…

 Il forme depuis 2009 un duo avec la soprano Ariane Wohlhuter, qui a publié en 2013 sur le label Troba vox le CD « We only came to dream » consacré à John Dowland, Benjamin Britten et Dusan Bogdanovic.

 Parallèlement, Philippe Mouratoglou fonde en 2012 (avec le clarinettiste Jean-Marc Foltz et le graphiste Philippe Ghielmetti) le label Vision Fugitive, sur lequel il multiplie les projets transversaux:

– une relecture du répertoire du bluesman  fondateur Robert Johnson en trio avec Jean-Marc Foltz et le contrebassiste Bruno Chevillon (« Steady rollin’ man », 2012)

– un récital solo qui présente sous le même toit Francesco da Milano, Egberto Gismonti, Toru Takemitsu, Arthur Kampela, Jimmy Rowles, et ses propres compositions et improvisations (« Exercices d’évasion », 2013)

– un duo avec le guitariste flamenco Pedro Soler, qui explore l’influence de la musique populaire espagnole sur la musique d’Isaac Albéniz (« Rumores de la Caleta  – Albéniz & le flamenco », 2014)

– Il participe également au quartet de Jean-Marc Foltz avec le contrebassiste Sébastien Boisseau et le batteur Christophe Marguet (« Viracochas », 2013)

Philippe Mouratoglou

On le retrouve régulièrement en concert dans les festivals et lieux suivants:

– Festival de la Chaise-Dieu, Flâneries musicales de Reims, Temps musicaux de Ramatuelle, Festival « Artes Vertentes » de Tiradentes (Brésil), Festival Printemps musical du Pacifique (Polynésie), Festival Isaac Albéniz de Camprodon (Espagne),

– Festival des Abbayes en Languedoc-Roussillon, « Nits de canço i de musica » d’Eus,Festival de musique baroque de Mulhouse,Festival Printemps de Colmar, Festival Eté 66, Festival Jazzèbre de Perpignan, Circulo de Bellas Artes de Madrid, Philharmonie de Berlin, Théâtre de l’Athénée, Abbaye de Fontfroide, Abbaye de Fontevraud, Prieuré de Serrabonne, Prieuré de Marcevols, Palais des rois de Majorque de Perpignan, Pôle Sud (Strasbourg)…

Il est également à l’origine, avec Musique et Patrimoine, fondation de la région  Languedoc-Roussillon, du festival itinérant « Musique et Patrimoine », en activité depuis 2010.

Depuis 2013, il participe à de nombreux concerts avec l’Orchestre Mozart Toulouse Midi-Pyrénées: Colmar, Villevieille, Festival du Bourbonnais et prochainement Festival de La Chaise-Dieu.

 Michel Grialou

Orchestre MozartOrchestre Mozart – Claude Roubichou (direction)
Auditorium Saint-Pierre des Cuisines
lundi 15 décembre 2014

Réservations : Festik

Site Internet de l’Orchestre Mozart

 

 

 

 

 

 

 

 

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