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National Gallery

26 Oct Publié par dans Cinéma | 1 commentaire

Frederick Wiseman est un grand enfant aux oreilles de lutin. Un grand enfant qui promène depuis près de 86 balais un oeil curieux, intéressé, humaniste (mais ça, c’est une condition essentielle lorsqu’on réalise des documentaires) et qui pose sa caméra dans des lieux uniques, pour filmer les gens, mais je veux dire les Filmer, vraiment.

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Au vu de son âge respectable, sa carrière ne date pas d’hier. Dès la fin des années soixante, il signe son premier documentaire en s’installant dans un hôpital pour criminels psychopathes. Inventant une nouvelle forme de travail, il passe beaucoup de temps en amont avec ses protagonistes (pour mieux se faire oublier lorsqu’il passera au tournage proprement dit), n’utilisant aucun commentaire ou voix – off, déterminant son sujet au cours du tournage, produisant des films à la longueur conséquente (on flirte souvent avec les 3 heures chez lui) et privilégieant le plan – séquence.

Dès lors, Frederick Wiseman n’aura de cesse que de tourner là où les autres ne vont pas, de se pencher sur le cas de populations qui ne passionnent pas les foules, de se faire le témoin des grands mouvements civiques de son temps tout en faisant de l’être humain le cœur de l’une des œuvres documentaires les plus foisonnantes à ce jour (sa filmographie en compte pas moins d’une quarantaine).

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Dans National gallery, Frederick Wiseman ancre sa caméra dans le grand musée londonien, au patrimoine artistique gigantesque (près de 2000 tableaux, couvrant une période allant du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle).

L’immersion qui en résulte en est proprement fantastique.

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On parcourt avec lui cette vénérable institution (fondée en 1824, elle est l’un des éléments incontournables de la place de Trafalgar Square, occupant tout son côté nord) de l’ouverture à la fermeture des portes (avec l’agréable sentiment d’y être entré par effraction) (ou de pouvoir bénéficier d’une visite personnelle, selon comment on a l’esprit plus ou moins bien tourné), au sein d’activités qui ponctuent la journée : ateliers de restauration (douce musique du couteau à bois, magie du rayon X faisant apparaître des œuvres dissimulées !), installation des nouvelles expositions, tournages, conférences, ateliers d’initiation (pour enfants, non voyants …) ou cours de dessins.

Grâce au regard averti de Frederick Wiseman, on assiste également aux réunions de l’équipe dirigeante qui parle chiffres, plan de com’ et se questionne pour participer ou non à de grands événements populaires (comme le marathon de Londres) afin de donner une image un peu plus moderne de la National gallery.

Telle une minuscule souris toujours au bon endroit au bon moment (avec les centaines d’heures accumulées pendant les 3 mois de tournage, Frederick Wiseman avait sûrement de quoi faire son marché), le réalisateur ne perd pas une miette du petit théâtre se déroulant devant lui, des grands événements comme des plus insignifiants.

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Sa caméra capte tout, les discussions éclairées des professionnels de l’art comme les regards intrigués, captivés parfois même décontenancés des visiteurs.

National gallery est un excellent vecteur pour accéder à une collection hallucinante, bénéficier d’explications sur la composition ou la teneur des tableaux, l’occasion idéale de prendre un généreux bain d’histoire de l’art.

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Passionnant et à la portée de n’importe quel spectateur (même non spécialiste de la peinture flamande, même sécheur de cours d’arts plastiques, même moyennement intéressé par le mouvement impressionniste), National gallery vous mènera au sein d’un monde riche, où beauté et créativité ne sont pas de vains mots.

En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

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Un commentaire

  • Et ces fantastiques conférenciers qui font vivre ces tableaux qui, contrairement à un livre ou à une symphonie, « n’ont pas le temps » : les Ambassadeurs (Holbein) et cette anamorphose en vanité, la partition du Watteau qui semble ne pas en être une, la flamme de la bougie de Samson et Dalila (Rubens) inclinée ainsi parce que le vent provient de la fenêtre de la pièce où le tableau était accroché… « La différence entre les maths et l’art, c’est qu’en maths, tu as bon ou tu as faux ; en art, tu as toujours bon d’une certaine manière ».


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