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Il Trovatore, l’épitomé de l’opéra italien

13 Jan Publié par dans Opéra | Commentaires

Epitomé, car l’œuvre est bien une célébration accomplie du théâtre, de la musique et de la virtuosité vocale.

Du 3 au 12 février, 7 représentations du Trouvère au Théâtre du Capitole

Composé durant une période très noire de la vie d’un Giuseppe Verdi âgé de 40 ans, cet opéra en quatre actes fut créé à Rome le 19 janvier 1853 sous la direction triomphale du compositeur.

Quelques années après Hernani de Victor Hugo et sa fameuse bataille, le théâtre romantique espagnol s’impose sur les scènes madrilènes. Le succès de certaines pièces données ne sera rien à côté du délire qui accueille El Trovador, la pièce d’un jeune auteur encore obscur. Le lendemain, la capitale espagnole ne bruisse que de ce nouveau « drame chevaleresque » d’un certain Antonio Garcia Gutierrez, né en 1813. Il écrira trente-cinq ouvrages. Parmi eux, Simon Bocanegra, source d’un autre opéra de Verdi. Preuve s’il en est qu’un certain romantisme verdien a bien partie liée avec l’Espagne, soit directement, soit indirectement.

L’ouvrage forme avec La Traviata et Rigoletto ce que l’on appelle la « trilogie populaire » de Giuseppe Verdi.

« Populaire », ce terme, qui peut avoir une connotation méprisante ou réductrice constitue au contraire pour le natif de Busetto une sorte de répertoire d’idées esthétiques et éthiques, que le compositeur revendiquera toujours avec force. Toute son œuvre, y compris Il Trovatore, tourne autour de ce concept. En premier lieu, il faut donc entendre « populaire » au sens d’ « universel ». Verdi cherche à toucher tous les auditeurs, quels que soient leur culture, leur nationalité ou leur statut social. S’y rajoutent deux nuances, celle d’un attachement viscéral aux racines et celle d’une absolue sincérité de l’expression. Sur des bases ainsi définies, prend naissance un ouvrage qui, de par l’abondance d’airs puissants et généreux n’est qu’un inépuisable jaillissement mélodique s’appuyant sur un livret à l’argument “abracadabrantesque“ !

 Il Trovatore est un parmi les opéras les plus populaires qui comporte le plus d’airs dits “de coins de rues“ ou “de fins de banquets“, mélodies passionnées, nanties de verve et de fougue !! A vous de les retrouver ! Les cinéphiles retrouveront avec émotion des extraits de la musique du film Senso. Sachez que les deux fils conducteurs de l’ouvrage sont l’amour partagé entre Manrico, le troubadour et Leonora, dame d’honneur à la cour (éternel moteur de presque tous les livrets d’opéra), celui contrarié du baryton, le Comte di Luna, et la soif de vengeance d’Azucena la bohémienne. Manrico et le Comte di Luna sont « deux frères-ennemis sans le savoir.

« Donnez moi les quatre meilleurs solistes au monde et je vous ferai Il Trovatore. » Arturo Toscanini, grand chef d’orchestre verdien des années 50. En effet, pas de rôles secondaires vraiment, mais quatre premiers rôles exigeant chacun des moyens vocaux et des talents musicaux et dramatiques exceptionnels. C’est donc une redoutable entreprise pour les interprètes d’un Trouvère que de « s’embarquer » sur une scène où ils devront donner le meilleur d’eux-mêmes, et plus si possible.

Gilbert Deflo

Pour relever le défi, et sortir sans encombre de ce jeu périlleux, le Capitole met à l’affiche deux distributions dans les rôles premiers pour une nouvelle production du metteur en scène Gilbert Deflo dirigée par le chef Daniel Oren. Ce dernier, aura la lourde tâche de protéger les voix –  déjà suffisamment mises à l’épreuve par l’écriture –  des sonorités de l’orchestre pouvant se révéler très rapidement excessives, les musiciens se laissant emportés tels de fougueux chevaux ! par une musique si spontanée, émouvante, et si souvent dans l’urgence. Impossible de ne pas souligner aussi l’importance des chœurs.

Merci d’avance à G. Duflo de nous éviter la transposition de l’action de l’opéra pendant la guerre d’Espagne ! Elle a sévi pendant des décennies.

Quand vous lirez ces quelques lignes, il vous restera peu de temps pour essayer d’arracher les quelques billets qui peuvent bien rester encore, tout cela pour découvrir, ou pour assister pour la ènième fois, à une représentation de cet opéra parmi les plus populaires de Giuseppe Verdi.

(Il existe bien Le Trouvère, en version française, écrit par Giuseppe Verdi pour la scène du Théâtre Italien de Paris et pour un public français d’où quelques aménagements. La première eut lieu le 5 janvier 1857.)

Michel Grialou

photos : Antoni Bofill

Réservation

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