Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Les Nuits de la pleine lune d’Eric Rohmer
Entre la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, où elle vit avec son compagnon Rémi, et le cœur de Paris, où elle possède un studio et où elle travaille dans une agence de décoration d’intérieur, la jeune Louise cherche un équilibre. Elle dit aimer Rémi, sportif et casanier, possessif et inquiet, mais elle aime aussi sortir, en particulier en compagnie de son ami Octave, intellectuel phraseur, et profiter de la fragile insouciance de ce début des années 1980. Mais l’indépendance, à laquelle est attachée Louise et qui selon elle renforce son amour pour Rémi, ne menace-t-elle pas leur couple ?

Quatrième volet de la série « Comédies et Proverbes » d’Eric Rohmer, Les Nuits de la pleine lune est l’une des plus grandes réussites du cinéaste à ranger auprès de La Collectionneuse, Le Genou de Claire, Ma nuit chez Maud ou du solaire Pauline à la plage dont il constitue en quelque sorte une déclinaison hivernale et urbaine. A son habitude, le réalisateur met en scène des êtres tiraillés par leur indécision, leurs aspirations, leurs paradoxes et leurs accommodements avec le réel. A travers le jeu des apparences et de la séduction se livrent des passions ou des rivalités amoureuses dont la violence est masquée derrière la subtilité du verbe.
Tableau d’une époque et jeunesse éternelle
L’art du cinéaste consiste à insuffler à ses dialogues extrêmement écrits le plus grand naturel. Cette sophistication transformée en vérité quasi documentaire doit énormément au choix des comédiens et à sa direction d’acteurs, acteurs souvent sur le fil du rasoir, parfois au bord de la fausseté, mais qui finissent par emporter l’adhésion. Ici, il retrouve Fabrice Luchini (déjà dirigé dans Le Genou de Claire, Perceval le Gallois et La Femme de l’aviateur) et Pascale Ogier (aperçue dans Perceval le Gallois) accompagnés par Tchéky Karyo, Virginie Thévenet et Christian Vadim. Si Luchini ébauche ici avec brio le personnage de l’intello bavard et charmeur qui deviendra sa marque, c’est Pascale Ogier qui éclabousse l’écran par sa fragilité, son charme fou, sa beauté androgyne. Certains voient déjà en elle l’icône d’une génération. Hélas, elle décèdera peu après la sortie du film, en octobre 1984, la veille de son vingt-sixième anniversaire.

Au-delà des élans du cœur et des corps, Rohmer filme l’esprit et l’esthétique d’une époque ainsi que d’un milieu que l’on nommera plus tard « bourgeois-bohème ». Cette dimension sociologique n’a pas vieilli grâce notamment à une mise en scène sans affèteries dont l’apparente simplicité est le fruit d’un travail de haute précision. Du personnage de Louise à la musique d’Elli et Jacno, Les Nuits de la pleine lune donne le sentiment de porter en lui une jeunesse éternelle à peine écornée par une douce mélancolie et la fin de l’innocence.
LES FILMS QU’IL FAUT AVOIR VUS

































































































































































































































