Dans la même production, éclatante sur tous les plans, nous avons bien confirmation de cette naissance double dans l’un des “opéras phares“ du catalogue verdien, Otello, son avant-dernier sur les vingt-huit. Dans le monde lyrique, c’est l’accord à cent pour cent concernant ces deux artistes jaillissant dans la lumière. J’ai bien nommé Michael Fabiano et Adriana Gonzalez.

Otello et Desdemona © Mirco Magliocca
Pour réaliser ce tour de force, il fallait un sorcier, un véritable sorcier prêt à prendre le risque de ce rapprochement. Il s’appelle Christophe Ghristi, Directeur artistique de la maison, Opéra national du Capitole de Toulouse.

Christophe Ghristi © Pierre Béteille
C’est, depuis la Première, une avalanche de compliments dévalant l’Annapurna. Tout d’abord, un véritable écrin transcendant la performance. Que ce soit la production avec ces décors, les costumes, une mise en scène sobre mais efficace, les figurants comme les différents pupitres de choristes, les différents rôles et un Iago chantant, Nikoloz Lagvilav particulièrement terrifiant de vérité, la cerise sur le gâteau, le Iago idéal.

Maîtrise et Desdemona © Mirco Magliocca
Un artisan dans la fosse Carlo Montanaro assurant une direction musicale, « de soufre et de feu, à la serpe » mais avec des tempos et des changements chaque fois convaincants. Et des pupitres de musiciens répondant parfaitement à cette narration forte et tendue à souhait. Une attention du chef permanente : on n’a jamais autant entendu les apartés des chanteurs.

Desdemona © Mirco Magliocca
Tous les comptes-rendus (à commencer par le mien ! dans le blog, et j’y joins celui écrit par Hubert Stoeklin) que l’on peut entendre ou lire sont convergents pour aligner les qualités des deux artistes et adouber le titre de cette “bafouille“ sans prétention.

Desdemona et Emilia © Mirco Magliocca
Et voilà comment peut s’épanouir une nouvelle Desdemona, rayonnante de féminité fragile, de sensualité et d’innocence, émission aussi facile et naturelle, timbre ravissant et ferme, aigus suspendus, à la couleur si pure et juvénile, à la diction évidente, intelligence musicale et dramatique, on n’en finit pas ! Et qui semble nous “parler“ comme les seules les plus grandes savaient parler, le public ne s’y trompant pas.

Otello © Mirco Magliocca
Et un Otello, ce lion rugissant, superbe de présence et de noblesse, il est bien là avec ces mots projetés dont tout le sens vous percute, et ce, sur toute la largeur du timbre. Verdi a écrit des notes. Il faut les chanter telles quelles, sinon on s’abstient. Que dire encore avec cette émission idéalement équilibrée, une dynamique de même avec certaines très intenses en rapport avec son désespoir grandissant au fil des actes. Rajoutons, la coloration, la diction parfaite, si je peux me permettre ce compliment. Tous ces atouts qui participent à la vraie construction psychologique du personnage, capitale. C’est bien précisé par le tandem Boïto/Verdi, primauté du verbe sur la musique.

Otello © Mirco Magliocca
Mais quand le verbe est prononcé, murmuré, chanté, projeté de la sorte, intégré à la musique, voilà de quoi faire naître les plus fines émotions.

