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Découvrir l’art grec avec les cinq sens

23 Nov Publié par dans Exposition | 1 commentaire

La nouvelle exposition du musée Saint-Raymond met vos cinq sens en éveil. Rituels Grecs, une expérience sensible, offre un parcours unique à travers la vie des hommes durant l’antiquité hellénique. Extraits de musique, tests de cosmétiques reconstitués, étoffes tissées… vous font découvrir autrement que par la vue une civilisation vieille de plusieurs siècles.

La Grèce antique n’était pas faît que de marbre blanc. Elle était foisonnante de couleurs, de musique et de senteurs. Brisant les stéréotypes, Rituels Grecs, une expérience sensible expose, du 24 novembre au 25 mars, 48 œuvres d’art et plusieurs reconstitutions expérimentales. Musiques, cosmétiques, arômes, tissus, peintures sont recréés à la manière des anciens pour proposer au public une immersion par les cinq sens dans la vie des Grecs. Une expérience d’intérêt national inédite à Toulouse.

Quatre étapes, quatre rituels, cinq sens

En entrant dans l’exposition, difficile pour les visiteurs de retenir une exclamation d’admiration. A travers l’étape du mariage, du sacrifice, du banquet et des funérailles, chaque spectateur est amené à sentir, toucher, écouter, observer et goûter les rituels de l’antiquité Grecque. Une façon originale de découvrir un monde riche en sensations.

L’ouïe. Plongé dans une ambiance sonore, le public écoute les musiques jouées avec les instruments utilisés à l’époque de la Grèce antique. Lyre, cithare, double aulos, accompagnent la déambulation. Des poèmes grecs sont récités « Des casques sont mis à la disposition du public pour écouter les instruments et les poèmes lus par des chanteurs grecs. ».

L’odorat. Disposés près des œuvres, des « plateaux sensoriels » présentent des huiles, poudres, onguents et parfums indispensables lors des rituels. «Les Grecs associaient chaque odeur à une divinité, explique Amandine Declercq, chercheuse spécialisée en cosmétologie. Pour la cérémonie du mariage, un parfum à la rose symbolise Aphrodite, déesse de l’amour. Certains ingrédients ont été importés de l’étranger pour pouvoir obtenir des odeurs particulières que nous avons perdues. ». Symboles de fertilité, d’alléchants gâteaux au miel et au sésame, dégustés lors des fêtes de mariage, ont été recréés.

La vue. Vases, bijoux, plats, statues et stèles, prêtés par différents musées, sont mis en valeur derrière les vitrines. «Toutes les œuvres sont des originaux en très bon état de conservation » se félicite la directrice du musée Évelyne Ugaglia. Certains objets sont rares. «Le musée national de Copenhague a accepté de nous prêter deux auloi (flûtes) en os. Etant donné leur fragilité, leur conservation est extrêmement difficile et il est rare qu’ils soient exposés en dehors de leur musée d’origine. »

Deux auloi en os. Musée National de Copenhague, Danemark.

Le toucher. Une banquette et des coussins ont été reconstitués suivant les techniques antiques directement inspirées par les représentations sur les vases exposés. Une façon de matérialiser le déroulement et les habitudes des Grecs lors du banquet. «A cette époque on mangeait à demi-allongé en grignotant des mets disposés sur une table basse. ». Pour l’étape du mariage, un voile de mariée ainsi qu’une ceinture ont été teints, suivant les mêmes pratiques, avec du safran, associé à la fécondité. Fards à joues et crèmes sont mis à disposition pour tester le maquillage des jeunes mariés.

Le goût.  Réservés à la partie banquet, seuls des raisins secs seront proposés au public. « On ne peut pas prendre de risque par rapport aux allergies » explique Évelyne Ugaglia.

Pour vous, quelle est l’ambition de cette exposition ? 

Évelyne Ugaglia. A partir de matériaux archéologiques, nous avons souhaité évoquer une poly-sensorialité. Le public pourra comprendre et même ressentir le mode de vie des Grecs. Lorsque nous découvrons des œuvres dans un musée, nous voyons des objets coupés de leur contexte. On va être subjugué par une image sans forcement la connaître et sans en comprendre la signification ni l’origine. Grâce à cette exposition, le public pourra comprendre les fonctions et la provenance de chaque objet tout en ayant conscience, dès le départ, que l’on ne reproduit rien. Les œuvres présentées sont des réinterprétations d’un moment ou d’une étape de la vie des Grecs. Nous tentons simplement d’évoquer cette Grèce antique qui n’est pas du tout un monde aseptisé. Prétendre reproduire avec exactitude une reconstitution de cette époque serait totalement absurde.

Cratère à colonnettes corinthien à figures noires. 600-590 avant notre ère. Musée du Louvre, Paris.

Comment vous est venue l’idée d’une telle exposition ?

Rituels Grecs part d’une recherche scientifique menée par le groupe É.R.A.S.M.E. à l’Université Jean-Jaurès au laboratoire PLH – Patrimoine Littérature Histoire – et par une personne en particulier, Adeline Grand-Clément, maître de conférences. Elle faisait une recherche sur l’utilisation des sens dans les rituels antiques pour tenter de comprendre comment les Grecs mettaient en œuvre des rituels qui leur permettaient d’atteindre le divin. Le challenge était de savoir comment réaliser concrètement cette exposition pour le grand public.

Justement, les recherches ont dû vous prendre du temps. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

A 2500 ans de distance, il y a énormément de différences entre nos civilisations. Nos façons de ressentir et de percevoir les choses ont changé, nos filtres culturels ne sont plus les mêmes. Pour la musique, par exemple, les notations n’ont rien à voir avec nos notes de musique actuelles. Nous avons donc fait appel à Ghislaine Vandensteendam, spécialiste de musique ancienne, pour comprendre comment étaient joués ces instruments anciens, et tenter de savoir quelles sonorités on pouvait en tirer.   

Partition gravée sur une colonne de marbre servant de stèle pour orner la tombe d’Euter. Ier siècle. Musée National de Copenhague, Danemark.

Sur la réplique d’une stèle, que nous avons en exposition, des notations ont été gravées au-dessus des mots pour que le poème soit chanté. Les chercheurs spécialisés ont réussi à comprendre leurs significations. Mais elles restent très différentes de ce que l’on connaît aujourd’hui.

Concernant les cosmétiques et les aliments, par quels procédés parvient-on à attester de recettes aussi anciennes ? 

Amandine Declercq. Je travaille toujours à partir de sources anciennes. Les seuls textes donnant des recettes assez précises sont les livres de Dioscoride. Il s’agit d’un lexique des plantes et de leurs usages. Les livres de Dioscoride étant datés d’une époque postérieure à celle de l’exposition, Ie siècle après J.-C., il a fallu des recherches intenses. Je me suis appuyée sur des ouvrages littéraires pour trouver des mets d’origine et j’ai cherché ensuite la recette dans d’autres sources.

Concert de musique antique

Evénement unique à l’auditorium de Saint-Pierre-des-Cuisines et dans le cadre de l’exposition, l’ensemble Les Solistes de la Musique Byzantine interprètera à partir du premier décembre, différentes pièces de musique antique grecque. A travers une narration de l’oeuvre poétique de Georges Séféris – Prix Nobel de littérature en 1963 – le concert mêlera le passé et le présent, en lien avec les rituels de l’exposition. Les chanteurs interpréteront des partions antiques dans la plus proche réalité musicologique. L‘ensemble travaille actuellement sur deux nouvelles partitions antiques déchiffrées et complétées. Cette partie du concert serait une première mondiale.

Claire Eckersley


Rituels Grecs, une expérience sensible

Du 24 novembre 2017 au 25 mars 2018

Au Musée Saint-Raymond

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