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Le chef russe Yuri Temirkanov est de retour. Effervescence à la Halle assurée.

24 Oct Publié par dans Musique classique | 1 commentaire

Le chef mythique de l’Orchestre du Théâtre Mravïnski de Léningrad, soit le Philharmonique de Saint-Petersbourg est de retour à la Halle dans le cadre du Cycle Les Grands Interprètes. C’est pour le vendredi 10 novembre à 20h. Le programme est russe, russe jusqu’à la moelle des os, pour paraphraser Piotr Illyitch Tchaïkovski, bien sûr présent avec le poème symphonique Francesca da Rimini, et la Symphonie n°5, œuvres précédées de la Suite intitulée La Légende de la ville invisible de Kitège et de la demoiselle Fevronia de Rimski-Korsakov. Le succès ne peut être qu’au rendez-vous.

Quelques mots sur les artistes et vous pourrez poursuivre avec quelques éléments sur les œuvres, mais sans trop ! 

PROGRAMME :

Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908)
Suite d’orchestre extraite de l’opéra « Légende de la Cité Invisible de Kitège et de la vierge Févronia »
I. Prélude : Hymne à la nature
II. Procession nuptiale – Invasion Tatare
III. La bataille de Kérjéniets
IV. Mort de Fevronia       Durée 20’

Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893)
Francesca da Rimini, op. 32

Poème symphonique donné en un seul mouvement : Andante lugubre – Più mosso. Moderato – Allegro vivo  en mi mineur – Andante cantabile non troppo en la mineur – Allegro vivo – Poco più mosso  en mi mineur   Durée 25’

Entracte de 20′

Symphonie n°5 en mi mineur, op. 64
1. Andante – Allegro con anima
2. Andante cantabile con alcuna licenza – Moderato con anima – Andante mosso – Allegro non troppo – Tempo
3. Allegro moderato – Valse
4. Finale – Andante maestoso – Allegro vivace – Molto vivace – Moderato assai e molto maestoso – Presto  Durée 50’

Piotr Iliych Tchaïkovski

Piotr Ilyitch Tchaïkovski

Depuis 1988, Yuri Temirkanov est Directeur musical et Chef d’orchestre de l’Orchestre Symphonique de Saint-Pétersbourg, avec qui il crée de nombreux enregistrements et effectue d’importantes tournées internationales.

Il commence à étudier la musique à l’âge de neuf ans. A treize ans, il rentre à l’école de jeunes talents de Léningrad où il continue ses études de violon et alto. Diplômé, il est accepté au Conservatoire de Léningrad dans lequel, en plus de son apprentissage en violon et alto, il étudie la direction. Il obtient son diplôme en 1965. Distingué lors de la prestigieuse compétition All-Soviet National Conducting en 1966, il est invité par Kirill Kondrashin en tournée en Europe et aux Etats-Unis avec le célèbre violoniste David Oistrakh et l’Orchestre Philharmonique de Moscou.

Yuri Temirkanov débute sa carrière en 1967 avec l’Orchestre Philharmonique de Léningrad (devenu l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg) et fut invité à rejoindre l’Orchestre en tant qu’assistant du Chef d’orchestre Yevgeny Mravinsky. Il est nommé Chef principal en 1968 et jusqu’en 1976, date à laquelle il devient Directeur musical de l’Opéra Ballet de Kirov, aujourd’hui Théâtre Mariinsky. Il quittera l’Opéra en 1988.

Sa carrière l’a amené à diriger les plus grandes formations. Il fait une brillante carrière à la tête du Royal Philharmonic Orchestra. Durant cette période, il est également nommé Chef Principal Invité de l’Orchestre Philharmonique de Dresde, et de 1998 à 2008 Chef Principal Invité de l’Orchestre symphonique national de la Radio danoise, “patron de l’Orchestre Symphonique de Baltimore de 2000 à 2006, et Principal Chef Invité du Bolchoï jusqu’en 2009, sans oublier Parme de 2010 à 2012.

Quant aux récompenses et autres distinctions, elles ne lui font pas défaut !

L’histoire de l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg – « l’un des meilleurs orchestres au monde » selon The Guardian – commence en 1882 quand Alexandre III décrète la formation du Chœur Musical Impérial. Devenu Orchestre de la Cour au début du XXe siècle, il interprète pour la première fois en Russie les poèmes symphoniques Ein Heldenlebenla Vie de Héros – et Thus spake Zarathustra de Richard Strauss, la Symphonie n°1 de Mahler, la 9ème symphonie de Bruckner, le Poème de l’Extase de Scriabine et la Première symphonie de Stravinsky.

Nikisch et Strauss dirigent l’Orchestre ainsi que Glazounov. En 1917, l’Orchestre de la Cour devient l’Orchestre d’Etat et est dirigé par Koussevitzky. En 1921, l’Orchestre intègre le tout récent Petrograd Philharmonia, le premier du genre dans le pays. La dimension sans précédent de l’Orchestre amène un public nouveau, parfois même éloigné de la musique classique, dans son Grand Hall. Les plus éminents musiciens russes sont testés rigoureusement sur leur capacité à diriger cet orchestre. Les chefs d’orchestre occidentaux légendaires comme Walter, Weingartner, Abendroth, Fried, Kleiber, Monteux, et Klemperer répondent présent ; les solistes, Horowitz et Prokofiev jouent avec l’Orchestre qui maîtrise un large répertoire contemporain (le contemporain d’alors !) En 1918, il présente la Symphonie dite “classique“ de Prokofiev et en 1926, la  Symphonie n°1 de Chostakovitch.

L’année 1938 va marquer le début d’un demi-siècle de l’« Ere Mravinsky » – des années de travail acharné qui le hisse au rang des plus importantes formations musicales au monde. En 1946, l’Orchestre embarque pour son premier voyage à l’étranger – et donne la première représentation outre-mer de l’histoire symphonique du pays. S’en suivront des tournées régulières à travers le monde, et des participations aux festivals les plus prestigieux d’Europe. Dès lors, une collaboration unique et créative nait entre Chostakovitch et Mravinsky, à qui le compositeur dédie d’ailleurs sa 8ème symphonie.

Plusieurs chefs ont assisté le chef principal comme : Sanderling, A. Jansons et M. Jansons ; d’autres l’ont dirigé tels que Stokowsky, Maazel, Mehta, Masur, Svetlanov, Rozhdestvensky. De nombreux compositeurs ont écrit pour lui : Britten, Copland, Kodaly, Lutoslawski, Berio, Penderecki, et plusieurs solistes tels que Cliburn, Gould, Benedetti Michelangeli, Stern, Richter, Gilels, Oistrakh, Kogan, Virsaladze, Sokolov, Tretyakov, Gutman et Spivakov ont joué avec l’Orchestre.

Depuis 1988, Yuri Temirkanov dirige l’Orchestre. Celui-ci a récemment été élevé au rang des vingt meilleurs orchestres du monde (selon le magazine Gramophone). Il a participé aux plus prestigieux festivals, et son palmarès inclut désormais l’ouverture de la saison du Carnegie Hall et les premières des œuvres de Penderecki, Nono, Shchedrin, Tishchenko, et Slonimsky.

Quelques mots sur les œuvres du programme de ce concert.

La Suite est tirée de cet opéra en quatre actes de Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov sur un livret de Vladimir Belsky, présenté pour la première fois au public au Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg le 7 février 1907.

Avant-dernier des quinze opéras du maître des opéras mi-féériques, mi-fantastiques, Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Kitège est considéré par certains comme son chef-d’œuvre. Le compositeur y travaille de 1901 à 1904, la gestation est difficile, manifestant régulièrement son scepticisme : « Je viens de terminer le plus imparfait des opéras imparfaits », écrit-il le 16 juillet 1904. Ce qui n’empêche pas ses contemporains de comparer  l’impact et le rayonnement de Kitège à celui des grands romans de Tolstoï. Membre du fameux « Groupe des Cinq » aux côtés de Balakirev, Borodine, Cui et Moussorgski, le musicien passionné par le Moyen Age signe-là l’un des ouvrages les plus représentatifs de tout le répertoire russe.

Reflet de l’imaginaire national, Kitège s’impose aussi bien par la richesse de son invention musicale que par les flamboyantes couleurs de l’épopée médiévale, rehaussées par les mystérieuses résonnances du mysticisme orthodoxe.

Réunissant deux légendes du XIIIème siècle, Kitège relate l’histoire de Févronia de Mourom, jeune fille innocente et pure un peu fée, un peu rebouteuse, patriote avant l’heure qui, par la ferveur de ses prières, sauve la ville de Kitège et ses habitants de l’invasion tatare. La ville disparaît pour se transfigurer dans l’au-delà, ne laissant de son passage terrestre qu’un reflet à la surface d’un lac.

L’héroïne réalise un idéal d’amour universel en communion avec la nature, qui rappelle celui que professait Léon Tolstoï à la même époque. Févronia appartient à l’univers tolstoïen aussi bien par son refus de résister au mal en lui opposant la violence que par sa recherche d’une pureté originelle, proche de l’enfance.

Musique d’un lyrisme exalté et sublime, d’un raffinement sonore et d’une sensualité incomparables, Kitège est l’une des œuvres majeures de ce début du XXe siècle, injustement méconnue en France.

Francesca da Rimini

La source de la musique  de Tchaïkovski est – il l’a dit et répété – d’ordre émotionnel. « Là où le cœur n’est pas touché, il ne peut y avoir de musique. Je ne peux écrire de musique pour un sujet donné avec amour et enthousiasme – quel que soit son intérêt – si les personnages ne suscitent pas ma sympathie vivante, si je ne les aime pas, si je n’ai pas pitié d’eux, comme des vivants aiment et ont pitié. »

 Créé le 9 mars 1877 à Moscou, puis à Saint-Pétersbourg, sous la direction du compositeur par  le tout récent Orchestre Philharmonique, le 17 novembre 1888, Francesca da Rimini fait partie des œuvres d’inspiration littéraire de Piotr Ilitch Tchaïkovski comme le ballet Le Lac des cygnes ou Roméo et Juliette, où la présence d’une femme au sort malheureux est l’héroïne. L’histoire de Francesca et Paolo appartient à ces histoires d’amour louées par la littérature au même titre que celles de Juliette et Roméo, Yseult et Tristan, Héloïse et Abélard, Guenièvre et Lancelot, Ariane et Solal, Virginie et Paul, Laura et Pétrarque, Béatrice et Dante Alighieri, entre autres. Les écrivains ne furent pas les seuls à narrer ces histoires. Maints peintres et sculpteurs ont également immortalisé quelques-uns de ces amours contrariés. La partition de Francesca da Rimini est dédiée à son ancien élève Sergei Taneiev.

Giovanni Malatesta dit Gianciotto est connu pour avoir tué son épouse infidèle Francesca da Polenta dite aussi da Rimini et son amant Paolo Malatesta. L’affaire est née des efforts de ce dernier pour obtenir la main de Francesca dans le mariage, non pas pour lui-même, mais pour son frère bossu peu attrayant, Gianciotto, qui, après son mariage avec Francesca, surprendra les deux et les fait exécuter. L’histoire de Francesca et Paolo, est racontée par Dante Alighieri dans le Chant V (vers 88 à 142) de l’Enfer, issu de son œuvre magistrale la Divine Comédie. Ce Chant se déroule dans le second cercle où sont punis les luxurieux, impudiques et morts par amour ; la scène a lieu dans la nuit du 8 au 9 avril 1300 ou, selon d’autres sources, dans celle du 25 au 26 mars 1300.

L’ouverture sombre, marquée Andante lugubre, dépeint l’ambiance et les paysages à la porte de l’Enfer. Tchaïkovski capte brillamment les sons et les images associés au tourbillon qui transporte les âmes perdues, y compris Francesca et Paolo. La musique ici est agitée, avec les cordes tourbillonnant avec colère et un sentiment de désespoir imprégnant l’affreux sentiment de descente inéluctable. Le marquage Allegro vivo pourrait bien être un choix délibérément ironique du compositeur, car les dérivés de vivo en «vif» ou « vivant » ne conviennent guère à cette frénésie.

Après cette section présentée une deuxième fois, Tchaïkovski introduit un thème d’amour tranquille mais désirant à la clarinette. Pourquoi une si belle mélodie émerge-t-elle de ces lieux infernaux? Les premiers mots de Francesca dans sa narration sont: «Il n’y a pas de plus grande douleur que le bonheur rappelé dans une période de misère. » Les cordes reprennent la belle mélodie et l’ambiance de doux regret fait presque oublier le caractère sombre de la section précédente.

Finalement, la musique tourbillonnante de l’ouverture revient pour dépeindre les amants balayés à nouveau, perpétuant leur châtiment de voir mais ne communiquant jamais ou ne se touchant l’un l’autre. La musique se termine de façon dramatique, alors que dix accords emphatiques, ponctués par le gong qui s’écrase, amènent l’œuvre à une résonance effrayante.

Sur la Cinquième

Peu d’œuvres du répertoire assurent le succès d’un programme de concert autant que les symphonies de Tchaïkovski, et surtout les trois dernières. D’où peut venir un tel succès et quelle est la raison de leur impact immédiat et durable ? La réponse tient sans doute dans la personnalité même de l’homme Tchaïkovski, à la compréhension toujours plus fine que nous avons, au-delà des clichés usuels, de son évolution personnelle et artistique, au fur et à mesure que les archives s’ouvrent.

La Symphonie n°5 est une œuvre intégralement cyclique, c’est-à-dire qu’un même thème se retrouve, à un moment ou à un autre, dans ses quatre mouvements, faisant figure d’une “idée fixe“.

C’est dans son domaine de Frlovskoïe, près de Moscou, qu’après avoir fait fortune, Tchaïkovski entreprend son travail sur la Cinquième, l’année 1888, en même temps que l’Ouverture de Hamlet. Le compositeur est, sur le plan psychologique, en proie à une profonde dépression, une de plus, écrivant : « A vrai dire, je n’ai pour le moment aucune envie de créer. Je n’ai ni inspiration, ni goût. » Mais, très rapidement, il rajoute : « Ma symphonie est terminée et il me semble que ce n’est pas un échec et qu’elle est bonne. » Le 26 août, le travail est terminé et son élève, Serge Tanéiev, en est enchanté. La Cinquième lui sera dédiée. Elle vient onze ans après la Quatrième. Entre temps, il aura composé quatre opéras, quatre suites orchestrales, et le fameux Concerto pour violon.

Mais, ne serait-ce que pour mieux “saisir“ l’Andante cantabile de cette Cinquième, qu’en est-il de P.I. Tchaïkovski ? L’homme semble un prédestiné de la douleur, qui sort d’une sphère de souffrances, séjourne sur la terre pour son martyr et retourne dans le néant. Attirants ou antipathiques, tous ses héros ou presque connaissent un destin tragique, accablant. . Ceux de ses opéras comme ceux de ses poèmes symphoniques seront des victimes du fatum, « cette force maléfique qui reste suspendue au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès. »

 La Cinquième, comme plus tard la Pathétique, est bien une véritable mise en scène de l’univers intérieur de son auteur. Il est Tatiana d’Eugène Onéguine, mais il est aussi Hermann de La Dame de Pique, Romeo, Paolo de Francesca da Rimini, Hamlet, tous frères de malheur de Piotr qui déverse à travers eux sa propre angoisse existentielle. Même Jeanne d’Arc, la Pucelle d’Orléans devient elle aussi une victime du fatum. Epistolier infatigable, sa correspondance montrera le lien constant entre les souffrances de sa vie privée et sa musique. Sa démesure et son lyrisme sont incompréhensibles si l’on ignore sa difficulté de vivre dans une société qu’il estimait hostile, son homosexualité, très mal vécue, ni pleinement assumée, étant ressentie comme une véritable entrave, une menace même qu’il subira toute sa vie. Le personnage aura, en même temps, une fâcheuse tendance à  s’immerger dans le malheur avec une complaisance un brin morbide.

Michel Grialou

Billetterie en Ligne


Les Grands Interprètes

Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg
Yuri Temirkanov (direction)
vendredi 10 novembre 2017 à 20h00 – Halle aux Grains
Réservations

Mécénat / Partenariats
Nathalie Coffignal
ncoffignal@grandsinterpretes.com
Tel : 05 61 21 09 61

Yuri Temirkanov / St. Petersburg Philharmonic Orchestra @ Stas Levshin

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Un commentaire

  • Temirkanov serait-il plus russe que piotr ??
    En tous les cas, cette Cinquième de Tchaikovski fera date à la Halle.

    On l’aime bien ce chef russe. les cheveux blancs l’adoucissent car son visage en lame de couteau quand il était plus jeune n’inspirait guère la fraternité communicative!! Que dire, brièvement? Le choix d’une disposition des pupitres a particulièrement modifié le rendu sonore. Le jeune corniste fut tout à son avantage.

    Les neuf contrebasses faisaient comme si elles étaient le double. Près de 60 cordes pour des tapis confondants. Des cuivres, comme ceux de notre Orchestre, donc excellents, des vents au top, un jeune clarinettiste guère tremblant! Vous l’avez compris un Orchestre de Saint-Petersbourg enthousiasmant placé sous la baguette sans baguette d’un chef possédant une compréhension profonde, instinctive de la musique de notre compositeur, avec une intelligence analytique remarquable sans pathos dégoulinant, même assez froide, peut-être? Ah! le fatum, le fatum.

    Bien, faisons court : un perfectionnisme que j’ai personnellement ressenti autant chez le chef que chez les musiciens, sans oublier les deux mises en bouche de la première partie judicieusement incluses dans le programme pour notre complément culturel.

    Michel Grialou


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