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Musique baroque, quand tu nous tiens

07 Nov Publié par dans Musique classique | Commentaires

Dans un programme de concert intitulé Haendel en Italie, c’est la voix de la toute jeune soprano russe Julia Lezhneva qui va nous enchanter, accompagnée par l’ensemble La Voce Strumentale avec à sa direction le violoniste Dmitry Sinkovsky. C’est à 20h le samedi 19 novembre à la Halle aux Grains, dans le cadre du Cycle Grands Interprètes.

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Qui n’a jamais entendu encore une seule note de Haendel ? Il est rare, dans l’histoire de la musique, de trouver un compositeur qui fut, comme Haendel, aussi populaire auprès de ses contemporains qu’aux yeux de la postérité. Dès ses débuts, cet homme plein d’énergie, de compassion et d’humour, fut remarqué par tous : en Allemagne par la Cour et par ses professeurs, en Italie où il remporta ses premiers succès dans l’opéra, et enfin en Angleterre où il devint rapidement « the great and good Mr Haendel ». 

Le voyage en Italie va conduire Haendel à visiter les centres les plus importants de la vie musicale italienne : Florence, Rome, Naples et Venise. Il l’amène à rencontrer Alessandro Scarlatti, le père, et Domenico, le fils, Pasquini, Corelli, Marcello, Lotti, Gasparini, Steffani. A Rome, il est introduit dans la société très fermée de l’Arcadia, académie littéraire qui prétendait au progrès en matière artistique et où se réunissait nobles, artistes et musiciens.

Dès son arrivée en Italie, Haendel se met à composer avec acharnement, en s’orientant dans quatre directions : la cantate profane, la musique d’église catholique, l’oratorio et l’opéra. Ses premières contributions à l’opéra italien seront tellement réussies qu’elles vont contribuer de façon décisive à la suite de sa carrière. Du premier de ses opéras, Rodrigo dont deux arias vous sont interprétées ce soir, il ne reste que des fragments. Il emprunte largement, procédé courant alors, à son Almira, ainsi qu’à l’Octavia d’un certain Keiser. Lui-même fournira des éléments pour son Agrippina. On n’est jamais aussi bien servi que…….

Avec Il Trionfo del tempo de 1707, Haendel apporte sa première contribution à l’oratorio profane. L’opéra ayant été interdit à Rome par le pape, l’oratorio, qui n’en diffère que par le caractère moral et religieux de ses sujets, jouit alors d’une grande vogue. Il Trionfo del tempo, oratorio allégorique sur un sujet moral, composé pour solistes, montre à quel point le compositeur est entré dans l’esprit du concerto grosso, lequel faisait alors fureur à Rome. Cette œuvre dont deux arias sont proposées, comprend des arias-concerto grosso très développés avec accompagnement orchestral.

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Georg Friedrich Haendel

Georg Philipp Telemann
Concerto pour violon et cordes en si bémol majeur TWV51 : B1 «pour Pisendel»
I – Largo II – Vivace III – sempre piano IV – Allegro

Georg Friedrich Haendel
Rodrigo, dramma per musica, HWV 5
Aria « Pugneran con noi le stelle » (Florinda, acte 1, scène 2)
Aria : « Per dar pregio all’amor mio » (Esilena, acte 1, scène 12)

Antonio Vivaldi
Concerto pour luth, deux violons et basse continue en ré majeur, RV 93 (Luth : Luca Pianca)
I – Allegro II – Largo III – Allegro

Concerto pour violon et cordes en ré mineur RV 242
I – Allegro II – Largo III – Allegro

Georg Friedrich Haendel
Salve Regina pour soprano et cordes, HWV 241
Salve Regina – Ad te clamamus – Eia ergo – O clemens

Il Trionfo del tempo e del Disinganno, oratorio HWV 46a
Aria : « Un pensiero nemico di pace » (Bellezza, 1ère partie)

entracte ~ 20 mn

Arcangelo Corelli
Concerto grosso en si bémol majeur, Opus 6, n°11
I – Preludio (andante largo) II – Allemanda (allegro) III – Adagio – Andante largo IV – Sarabanda (largo) V – Giga (vivace)

Georg Friedrich Haendel
Il Trionfo del Tempo e del Disinganno
Aria : « Tu del ciel ministro eletto » (Bellezza, 2ème partie)

Antonio Vivaldi
Ercole sul Termodonte, dramma per musica
Aria : « Zefferetti, che sussurrate » (Ippolita, Acte 2, scène 1)

Quelques mots de celui qui aura les derniers mois de sa vie relativement longue en son temps, entravés par une vue petit à petit réduite à néant.

« Nombreuses sont les pierres du chemin, les années de ma vie. Le petit garçon de Halle est le frère aîné du vieil aveugle de Londres. Entre eux se glissent, les séparant, des apparences d’hommes. Temps de vie, répétés à l’infini, ils ne sont que voix. Chaque fois que l’un se tait, un autre reprend son chant. Immortelle, interminable, la phrase continue son déploiement. Comme elle, l’oiseau monte toujours plus haut ; il se perd dans le soleil qui aveugle. Je ne cesse pourtant de le regarder. Car sa voix, au-dessus de toutes les autres, reste si présente que je ne sais plus qui chante, de l’oiseau ou de moi.

Les hommes, silhouettes qui me séparent de l’enfant, ressemblent de plus en plus à mon image solennelle, noble vieillard triomphant et vaincu, lourd, trop lourd. J’attends en vain que l’on vienne me chercher pour ma promenade. Embusqué derrière les yeux vides, le souvenir ne lâche pas prise : clapotis des fontaines, chaleur du soleil sur le mur des palais, poussière, rires et cris, et le jardin plein d’ombre d’où l’on voyait le grand dôme impérieux.

Tout ce qui est bon, est bon. A côté de moi, la main de l’enfant dans la mienne. L’enfant qui court sur la route pour changer quelque chose à sa destinée, l’enfant qui rattrape la voiture, l’enfant qui gagne, l’enfant qui naît à la musique et de qui naît la musique, l’enfant est là, qui ne bouge plus, écrasé sous sa perruque trop lourde, vieil enfant aveugle.

Qui est aveugle, sinon mon serviteur, dit le Seigneur. Un aveugle, il faut le conduire par la main, il ne peut choisir son chemin. Mais moi, je marche encore où je veux. Je chante encore pour ces enfants perdus, ces Enfants Trouvés. Moi l’aveugle, je connais ma lumière. Personne ne peut m’enfermer, moi le Voyant. George-Frederic Haendel et signat tremblotante

Quelques mots sur ce début de carrière déjà si dense de Julia Lezhneva.

Ne pas oublier de lire l’entretien que Serge Chauzy a consacré à l’une parmi les plus grandes artistes de sa génération. Entretien pour ClassicToulouse repris dans Culture31 en intégralité.

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Julia Lezhneva

Né le 5 décembre 1989 dans une famille de géophysiciens sur l’île de Sakhaline en Russie. Ses parents lui font apprendre le piano et le chant dès l’âge de cinq ans. Après son diplôme à la Gretchaninov Music School, elle poursuit ses études de chant et de piano à la Moscow Conservatory Academic Music College. À 17 ans, elle remporte la Elena Obraztsova Opera Singers Competition et l’année suivante, elle partage la scène avec Juan Diego Flórez pour l’ouverture du Rossini Opera Festival à Pesaro.

La même année, elle commence à étudier avec le ténor Dennis O’Neill à Cardiff et complète sa formation avec Yvonne Kenny à la Guildhall School de Londres. Elle suit les masterclasses d’Elena Obraztsova, Alberto Zedda, Richard Bonynge et Thomas Quasthoff. En 2009, elle gagne le premier prix au Mirjam Helin International Singing Competition à Helsinki et l’année suivante, le premier prix de la Paris Internationale Opera Competition.

Elle fait ses débuts en Europe à l’âge de 18 ans sur l’invitation de Marc Minkowski, avec qui elle enregistre la Messe en si mineur de Bach en 2008. Dès lors, on peut entendre Julia Lezhneva en récitals, dans des opéras ou des oratorios.

Sa carrière internationale s’accélère à la suite de son passage aux Classical Brit Awards au Royal Albert Hall en 2010 à Londres dans l’air de Rossini Fra il padre sur l’invitation de Dame Kiri Te Kanawa.

En 2010, à l’âge de 20 ans, elle fait un triomphe au Barbican Center dans Ottone in Villa de Vivaldi avec Il Giardino Armonico dirigé par Giovanni Antonini. En 2012, elle apparaît aux Victoires de la Musique Classique à Paris et au festival de Salzbourg dans Tamerlano de Hændel face à Plácido Domingo.

En 2012-2013, Julia Lezhneva enregistre le Stabat Mater de Pergolèse avec Philippe Jaroussky et effectue une tournée européenne dans Il trionfo del tempo et Alessandro de Hændel.

Durant la saison 2014-2015, elle fait ses débuts en Australie et gagne un Helpmann Award pour son récital au Hobart Baroque Festival ainsi qu’au Royal Opera House en juin 2015 dans le rôle de Zerlina dans Don Giovanni de Mozart et reprend le rôle durant la tournée du Royal Opera House au Japon en septembre 2015 sous la direction de Sir Antonio Pappano. Ses excursions, hors répertoire baroque sont toutes consacrées pour l’instant à Mozart.

Cette saison, Julia Lezhneva effectue une tournée en Europe avec Siroe, re di Persia et Tamerlano de Hændel. En février 2016, elle donne des récitals au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, en avril, à Budapest et à Prague et en mai elle interprète Fiordiligi dans Così fan tutte à Wiesbaden et à Liederabend à la Wiener Konzerthaus avec le pianiste Mikhail Antonenko.

Côté enregistrements : Julia Lezhneva devient une artiste exclusive Decca en 2011. Son premier enregistrement Alleluia sous ce label, avec Il Giardino Armonico et Giovanni Antonini, est une compilation de motets baroques, sortie en mars 2013. L’album a été récompensé par un Echo-Klassik Award.

L’enregistrement d’Alessandro de Hændel avec Max Emanuel Cencic a reçu en 2013 le premier prix de l’International Opera Awards. Elle enregistre également avec lui : Siroe de Hasse. Son dernier album, Hændel est sorti en novembre 2015. C’est une sélection de pièces sacrées et profanes illustrant les années italiennes du compositeur. Elle est accompagnée pour cet album d’Il Giardino Armonico dirigé par Giovanni Antonini.

Dmitry Sinkovsky

Le violoniste Dmitry Sinkovsky se préparait à une carrière internationale au Conservatoire de Moscou, où il passa son diplôme en 2005, lorsque sa curiosité le guida vers un répertoire plus ancien.

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Dmitry Sinkovsky

Dès lors, il remporte d’innombrables prix dans de grands concours internationaux : Premio Bonporti en Italie (2005), Concours Bach de Leipzig (2006), Concours Musica Antiqua de Bruges (Premier Prix, prix du public et prix de la critique, 2008), Prix Romanus Weichlein au Concours Biber en Autriche en 2009 pour son

« extraordinaire interprétation des Sonates du rosaire de Biber », et Premier Prix au Concours Telemann de Magdebourg (2011). La critique comme le public soulignent sa capacité à « jouer avec son cœur » tout en interprétant avec aisance une musique d’une difficulté prodigieuse.

Dmitry Sinkovsky est très sollicité comme soliste, premier violon solo et chef d’orchestre. Il joue beaucoup en Europe, au Canada, en Russie et aux États-Unis. Il est à la tête de l’ensemble La Voce Strumentale, qu’il a fondé à Moscou en 2011, et travaille avec les meilleurs orchestres baroques actuels, notamment il Giardino Armonico (Italie), Concerto Köln (Allemagne), Arion Baroque Orchestra (Canada), Pratum Integrum et Musica Petropolitana (Russie), Armonia Atenea (Grèce), l’Orchestre baroque d’Helsinki (Finlande), l’Orchestre baroque de Séville (Espagne) et Il Pomo d’Oro (Italie). Au cours des saisons 2012 à 2014, il est chef invité d’Il Complesso Barocco, accompagnant l’éminente mezzo-soprano Joyce DiDonato dans sa tournée de concerts de Drama Queens, une longue tournée qui a couvert les principales salles de concert d’Europe et des États-Unis. Et bien sûr Toulouse, lors d’un récital enthousiasmant dans la salle du Théâtre du Capitole, le lundi 4 mars 2013.

Il a enregistré avec Naïve et Caro Mitis. Dmitry Sinkovsky continue à enseigner le violon et l’alto au Conservatoire de Moscou. Il joue un superbe violon Francesco Ruggeri (1680).

La Voce Strumentale

La Voce Strumentale est fondée en 2011 par le Directeur artistique Dmitry Sinkovsky. Il s’agit d’un ensemble d’instruments d’époque réunissant des musiciens d’Europe et de Russie. La Voce Strumentale base son travail sur le répertoire du XVIIe et XVIIIe siècle.

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La Voce Strumentale

Cet ensemble « unique et remarquable » réunit les lauréats de divers concours internationaux et laisse une place importante aux expérimentations techniques et sonores.

La Voce Strumentale est régulièrement invité à Moscou (Théâtre du Bolchoï, Moscow State Philharmony) et en Europe (Allemagne, Hollande, Espagne, Hongrie et Finlande).

Durant les dernières saisons, l’ensemble s’est focalisé sur le travail des sérénades et cantates de Scarlatti, Vivaldi, Hændel et Caldara.

Parmi les solistes avec qui La Voce Strumentale travaille régulièrement, on retrouve Julia Lezhneva, Luca Pianca et Marget Koell.

En 2015, l’ensemble sort son premier disque sous le label français, Naïve Classic.

Michel Grialou

Les Grands Interprèteslezhneva-250
Halle aux Grains
samedi 19 novembre 2016 à 20h30

Mécénat / Partenariats
Nathalie Coffignal
ncoffignal@grandsinterpretes.com
Tel : 05 61 21 09 61


Crédits photos :

Julia Lezhneva © Decca

Dmitry Sinkovsky © Marco Borggreve

 

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