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The Dude

02 Jan Publié par dans Musique classique | 1 comment

À l’invitation des Grands Interprètes, l’Orchestre symphonique Simón Bolívar du Venezuela et la pianiste Yuja Wang interprètent à la Halle aux Grains la Turangalîla-Symphonie de Messiaen, sous la direction de Gustavo Dudamel.

Gustavo Dudamel_Mark Hanauer

La trentième saison des Grands Interprètes se poursuit avec un nouvel événement d’envergure : la première venue à Toulouse de l’Orchestre symphonique Simón Bolívar du Venezuela avec Gustavo Dudamel, son fameux directeur musical. Né en 1981, ce chef charismatique est devenu un véritable phénomène de société. Ayant connu une ascension fulgurante, il a succédé en 2009 à Esa-Pekka Salonen à la tête du prestigieux Philharmonique de Los Angeles. «Mon père jouait du trombone, ma mère chantait. J’écoutais aussi bien le répertoire symphonique que la salsa. Un jour, j’ai vu « Fantasia », de Walt Disney. Fasciné par « l’Apprenti sorcier » de Paul Dukas, j’ai attrapé la baguette que ma grand-mère paternelle me tendait et j’ai commencé à diriger. À 4 ans, j’étais au Conservatoire de Barquisimento. J’ai fait cinq ans de théorie sans jouer une note de musique, et puis j’ai étudié le violon. Mais c’était du chef d’orchestre que j’étais amoureux. Mes débuts, je les ai faits avec l’Amadeus Chamber Orchestra. Un jour que le chef était très en retard, je suis monté au pupitre. J’avais 13 ans. Finalement, c’est moi qui ai dirigé le concert»(1), raconte Dudamel.

Comme son père qui en fut l’un des premiers élèves, Gustavo Dudamel est un pur produit du Sistema, ou Fundacion del Estado para el Sistema Nacional de Orquestas y Coros Juveniles e Infantiles de Venezuela. Ce gigantesque dispositif pédagogique et social a été initié par José Antonio Abreu, musicien, économiste et ancien ministre de la culture de son pays. Réseau exemplaire soutenu par l’État, il a pour but de faciliter l’accès des jeunes et des enfants issus de milieux défavorisés à l’apprentissage de la musique.

L’Orchestre Simón Bolívar des jeunes du Venezuela est le fleuron des phalanges musicales issues du Sistema. «Je suis entré dans les classes du Sistema à l’âge de 10 ans, et j’y suis toujours, puisque je dirige depuis 1999 l’Orchestre Simón Bolívar des jeunes du Venezuela. Le Sistema, c’est 250 000 enfants qui font de la musique avec 15 000 professeurs. Certains, qui ne mangeaient pas tous les jours à leur faim, sont devenus non seulement des musiciens mais de belles personnes. Tout cela grâce à Maître Abreu, qui a mis en place ce projet il y a 35 ans et consacre sa vie aux enfants. Sans lui, qui a été mon professeur de direction, je ne sais pas si ma carrière aurait été la même»(1), avouait Gustavo Dudamel, en 2007.

Aujourd’hui, le droit à l’art, à la musique en particulier, est inscrit dans la constitution du Venezuela. Le chef avoue : «J’ai surtout appris que l’accès à la beauté, rendu possible dans le cas d’El Sistema par la pratique collective de la musique, peut changer une vie. Ce n’est pas une utopie. L’art est à mon sens une cause aussi vitale et importante que la santé ou la nutrition. La culture américaine du divertissement fait parfois oublier le véritable but de la musique et de l’art en général. Nous ne sommes là ni pour divertir le public ni pour lui servir de caution intellectuelle. Nous sommes là pour toucher. Trop de musiciens ont tendance à l’oublier. Soit par habitude, soit par lassitude.»(2)

Yuja Wang_photo F. Broede

Musicien au talent très précoce, Dudamel est réputé pour se présenter à ses concerts sans partition, tout en ayant recours à une gestuelle spectaculaire lorsqu’il dirige. «Pour moi, le geste doit être au service de l’orchestre, mais il doit refléter un ressenti et des émotions. Je dirige souvent de manière très expressive parce que c’est ainsi que la musique me parle, qu’elle parle à mon affect et qu’elle agit sur mes nerfs»(2), assure-t-il. L’Orchestre Simón Bolívar est actuellement en tournée avec Yuja Wang (photo). La jeune pianiste chinoise a déjà collaboré avec l’orchestre et son directeur musical lors d’un concert à Caracas, au cours duquel elle a interprété un concerto de Prokofiev et de Rachmaninov. Cette soirée a été immortalisée par un enregistrement paru ces derniers mois chez Deutsche Grammophon.

Lors de leur unique escale française, ils interprèteront à la Halle aux Grains la luxuriante Turangalîla-Symphonie d’Olivier Messiaen, avec Cynthia Millar aux ondes Martenot. Créée en 1949 par l’Orchestre de Boston, sous la direction de Leonard Bernstein, c’est la partie centrale d’un triptyque conçu par le compositeur sur le thème de Tristan et Yseult, où l’amour côtoie la mort. Symphonie concertante pour deux solistes (piano et ondes Martenot), la Turangalîla-Symphonie est découpée en dix mouvements et se caractérise par une incroyable richesse instrumentale : bois, cordes, cuivres, célesta, vibraphone, triangle, cymbale turque et chinoise, maracas, tambours, tam-tam, grosse caisse, caisse claire, cloches tubulaires, etc.

Jérôme Gac

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Présentez-vous à 19h avec votre billet et suivez une présentation de l’oeuvre avant le concert !

▶︎ Grands Interprètes vous offre le téléchargement de l’Ode à la Joie de Beethoven par Gustavo Dudamel et l’Orchestre Simón Bolívar en suivant ce lien

mise en page 1Turangalîla-Symphonie, vendredi 8 janvier, 20h00, à la Halle aux Grains,
place Dupuy, Toulouse. Tél. : 05 61 21 09 00.

(1) Le Monde (02/06/2007)
(2) Le Figaro
(22/03/2013)

photos :
G. Dudamel © Mark Hanauer
Y. Wang © F. Broede

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