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Charles Camberoque – Musée des beaux-arts de Carcassonne

09 Déc Publié par dans Exposition, Photo | 2 comments

Exposition photographique : « Charles Camberoque. La bataille mise en scène » au Musée des beaux-arts de Carcassonne

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Le musée des beaux-arts de Carcassonne propose pour son exposition temporaire hivernale de découvrir non pas des tableaux mais les photographies contemporaines d’un artiste natif de la ville : Charles Camberoque (fils du peintre Jean Camberoque, l’auteur de l’immense tableau accroché dans le hall de la gare de Carcassonne).

L’artiste, qui a exposé dans de nombreuses galeries, telles le Château d’eau de Toulouse, les Rencontres d’Arles, le Centre Pompidou à Paris ou encore la Fondation Miró à Barcelone, nous invite avec cette exposition carcassonnaise à la mise en scène d’une bataille bien particulière.

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Les œuvres exposées peuvent en effet paraître de prime abord bien déroutantes au visiteur : ces photographies, de facture moderne, représentent cependant des scènes de guerre de la Guerre Civile Espagnole, comme le suggèrent les uniformes des belligérants.

De bien curieux belligérants…que l’on retrouve au détour d’une photo trinquer ensemble tout sourire une bière à la main, en train de téléphoner avec un smartphone, ou discuter avec des civils vêtus à la mode des années 2010 !

Le manque de cartels explicatifs (seule une cimaise détaille le parcours de l’artiste), pourrait laisser perplexe le visiteur si un texte de Claude Marti, célèbre figure de l’Occitanie, ne venait fort à propos éclairer, au fond de la première salle, grâce à un souvenir d’enfance qu’il y évoque, la teneur de l’exposition.

Il s’agit en fait d’un photo-reportage ici, Charles Camberoque ayant immortalisé en 2012 à Fayón en Aragon les reconstitutions de la Bataille de l’Ebre, organisées chaque année le dernier week-end de juillet depuis 2008, afin de commémorer un épisode de cette bataille (juillet-novembre 1938).

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La Bataille de l’Ebre fut la plus acharnée et meurtrière de la Guerre Civile Espagnole, la dernière grande bataille avant que la Catalogne ne soit envahie et occupée par l’armée franquiste : un corps d’armée républicain avait alors résisté avec acharnement afin d’essayer, en vain, d’empêcher le franchissement du fleuve par les franquistes et protéger le repli des leurs. En 115 jours, 40000 hommes furent blessés ou y trouvèrent la mort, victimes de la mitraille au sol et des bombardements aériens.

Si les livres d’histoire n’omettent pas cet épisode meurtrier, rien n’indiquait jusqu’à récemment le lieu de la bataille et le souvenir de ces républicains.

Mais depuis les années 2000, de nombreuses associations, collectifs et institutions se sont souciés de maintenir le souvenir de cet événement et de garder vivante la mémoire de ces combattants, à la fois héros et victimes.

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Leurs membres reconstituent le déploiement de force des deux camps avec des mouvements guerriers tels que des assauts, attaques de cavalerie, canonnades ou encore raids aériens, entre autres, qui clôturent de manière spectaculaire cette journée de commémoration, où l’on pique-nique entre amis à côté de stands proposant à la vente ou à l’échange des objets de cette période pour les collectionneurs. Tels les marchands du temple, les grenades et obus d’un étal peuvent ainsi côtoyer une paella partagée entre des ennemis qui ne le sont plus désormais…

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Car c’est ce qui frappe dans ces photos, cette ambiance détendue, bonne enfant et festive, où les «bons et les méchants» ne semblent plus compter puisqu’on porte indifféremment les couleurs des deux camps tout en festoyant ensemble : au final, seules importent la réussite de cette commémoration et la mission de maintenir et transmettre aux générations futures cette célébration de la mémoire de ces combattants, républicains et franquistes.

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L’artiste restitue admirablement cet esprit, avec les portraits de ces hommes joviaux ou concentrés, tous entiers consacrés à faire perdurer ce souvenir durant un moment éphémère où l’on fait plus que « jouer à la guerre » mais où en donnant un peu de sa personne, « en mouillant la chemise », l’on souhaite glorifier la patrie et ses ancêtres dans un jeu de rôle/ devoir de mémoire que l’on incarne grandeur nature.

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Camberoque renoue par sa mise en scène de la bataille avec la grande tradition des peintres de batailles (certaines photographies sont d’ailleurs exposées dans d’anciens cadres dorés du musée, rappelant ces tableaux), mais plutôt que de glorifier la guerre par de monumentales compositions patriotiques, il l’humanise par la représentation de cette camaraderie commémorative, avec ses cadrages intimistes et anecdotiques, mêlant autrefois et aujourd’hui.

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On se perd dans ce livre d’histoire se rejouant sous nos yeux, en traquant les détails anachroniques qui illustrent l’ancienne et la nouvelle histoire de cet épisode tragique, vécu jadis et revécu maintenant par quatre générations communiant dans un même élan de mémoire.

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Exposition gratuite, du 30 octobre 2015 au 24 janvier 2016

Musée des beaux-arts de Carcassonne

Retrouvez cet article sur le blog de l’Office de Tourisme de Carcassonne

Mariette Escalier

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2 commentaires

  • « Ah Dieu ! Que la guerre est jolie »

    « Ah Dieu! Que la guerre est jolie » L’Adieu du cavalier, poème envoyé à Madeleine par Guillaume Apollinaire.

    Quand j’ai appris par Dominique Blanc, l’existence de la commémoration de la bataille de l’Ebre, j’ai senti que j’avais là, une possibilité de construire un récit photographique et de montrer ce « théâtre des opérations ».

    D’autre part, j’ai toujours regretté dans ma vie d’homme comme de photographe de ne pas m’être confronté à un conflit, de ne pas avoir abordé la violence et la mort pour en rapporter mon témoignage.

    L’histoire de la Guerre Civile d’Espagne, la Retirade et ses conséquences dans la société Espagnole font partie de la mémoire collective de ma famille. J’avais envie depuis longtemps de porter ma pierre à l’édifice du souvenir en faisant un travail photographique pour mémoire.

    Quelle étrangeté que la reconstitution d’une bataille cauchemardesque 77 ans après qu’elle soit finie.

    Lorsque je suis arrivé à Fayon, surpris par la nature et l’attitude des participants, je n’ai pas pu me départir de mon regard toujours un peu ironique, au sens premier du terme, c’est-à-dire qui interroge avec une pointe d’humour et un peu de moquerie.
    Oui ! Ça ressemble à la guerre mais une guerre de masques, une guerre pour de rire.

    La guerre de tranchée a fait place à une guerre de conviviales rencontres.

    Je m’engage et participe à cette dérisoire mascarade. Dans mes cadrages, j’ai délibérément mélangé les participants costumés avec les touristes et spectateurs. La joyeuse pagaille de cette confrontation photographique donne du sens à cette commémoration. Parodie pour parodie, mes photographies évoquent parfois la grande peinture de bataille des siècles passés tout en réservant dans chaque image un petit indice de notre temps.

    Il ne s’agissait pas pour moi de faire des vraies fausses photos de guerre en noir et blanc.
    Elles sont en couleur et en numérique par opposition aux photos d’époque de Centelles, Chim, Gerda Taro ou Capa… auxquels je n’ai pas pu ne pas penser en les prenant.

    La couleur numérique chatoyante contraste avec le sens et le fond de ce qui est représenté. Elle confirme, établit la distance que le temps a installée entre nous et ces évènements tragiques.

    Et quelle surprise de constater cette émotion très contenue chez les « belligérants contemporains » qui évoquent entre eux la possibilité de s’habiller tantôt en Républicains, tantôt en Nationalistes.

    Dans la Terra Alta on a l’habitude d’expier, mine de rien, mais très intérieurement les drames ancestraux et les tragédies irrésolues. La réflexion se passe dans l’intimité de l’engagement, peut être quand prépare son costume pour participer à cette reconstitution, comme lorsqu’un matador de toros revêt son habit avant de se lancer au combat.

    Paradoxalement, au XXIème siècle, dans le fond tout cela constitue un beau message de paix et de fraternité !
    On se retrouve, on boit de la bière, on rigole entre copains, on achète ses décorations, des casques ou des armes…Il fait chaud comme en 38. Puis on se tape une bonne paella.

    Elle est loin cette putin de guerre civile.
    Désormais, ici, c’est la fête… civile.

    Charles Camberoque

  • Cher M. Camberoque,

    merci beaucoup pour votre passionnant commentaire, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir! 🙂

    Bien à vous,
    Mariette


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