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Concert d’ouverture de saison chez Grands Interprètes, placé sous le signe de la jeunesse

12 Oct Publié par dans Musique classique | Commentaires

C’est sous la direction de Dietrich Paredes que va se produire l’Orquesta Sinfónica Juvenil de Caracas, l’OSJC, le mardi 20 octobre, à la Halle, à 20h.           

© Nohely Oliveros Fundamusical                                                                                                                                                                                                                                                              

Inocente Carreño
[1919]
Margariteña
Variations symphoniques

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Igor Stravinski
[1882-1971]
L’Oiseau de Feu, suite 1919
1. Introduction 2. L’Oiseau de feu et sa danse 3. Variation de l’Oiseau de feu
4. Rondes des princesses 5. Danse infernale du roi Kastcheï 6. Berceuse
7. Final

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entracte ~ 20 mn

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Camille Saint-Saëns
[1835-1921]
Symphonie n°3, en ut mineur, opus 78, “avec orgue”
1. Adagio – Allegro moderato, Poco adagio
2. Allegro moderato – Presto, Maestoso – Allegro

Dietrich Paredes 

Dietrich Paredes

Né en 1980, Dietrich Paredes a d’abord étudié le violon. Il a également participé à des master classes données par des violonistes de renom dont Augustin Dumay, Igor Oistrakh,…. Dès l’âge de onze ans, il s’est distingué lors de la rencontre de jeunes solistes instrumentistes de Córdoba en Argentine. Il a rejoint le pupitre des premiers violons de l’Orchestre Symphonique Simón Bolívar en 1997 et a été sélectionné en 2002 comme premier violon du Youth Orchestra of the Americas. Il a également été directeur musical de l’orchestre Jóvenes Arcos de Venezuela entre 2000 et 2004.

En parallèle à sa carrière précoce de violoniste, Dietrich Paredes a étudié la direction sous la houlette du maestro José Antonio Abreu, se plaçant rapidement parmi les jeunes chefs les plus prometteurs issus d’El Sistema et dirigeant plusieurs orchestres de son pays comme l’Orchestre Symphonique Simón Bolívar ainsi que les orchestres symphoniques des États de Mérida, Táchira, Monogas et Falcón.

Depuis 2008, Dietrich Paredes est le directeur musical de l’Orquesta Sinfónica Juvenil de Caracas (OSJC), l’un des orchestres phares du programme musical pour la jeunesse vénézuélienne, El Sistema. Ensemble, ils se sont produits en Amérique du Sud, en Asie. En 2011, Dietrich Paredes a dirigé ses premiers concerts européens avec l’OSJC lors d’une tournée à Oslo et Bergen. En 2012, c’est une nouvelle tournée européenne qui les mènent, entre autres au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, puis en 2013 au Festival de Salzbourg. En juillet 2013, Dietrich Paredes a dirigé à Turin le concert UNICEF pour la Paix réunissant l’Orchestre des Enfants et des Jeunes d’Italie et des membres de l’Orchestre de la RAI. En 2014, ils ont retrouvé les scènes d’Europe pour une vaste tournée.

En août 2014, Dietrich Paredes a dirigé l’Orchestre de Toscane au Festival de Cortone, ce qui lui a valu d’être immédiatement réinvité. Ses projets en tant que chef invité le mèneront en Irlande, en Italie, au Canada et au Texas. Il retrouve cet Ensemble début 2015 pour leur cinquième collaboration. Il se rend encore en Europe avec l’OSJC au Théâtre de La Scala de Milan en août 2015.

En 2012-2013, Dietrich Paredes a été Conducting Fellow du Los Angeles Philharmonic, orchestre qu’il a dirigé en tant que chef assistant d’Esa-Pekka Salonen, de Vasily Petrenko et de John Adams, ainsi que de Gustavo Dudamel – son aîné et collègue d’El Sistema – lors d’une vaste tournée européenne.

Dietrich Paredes est également très demandé comme chef invité en Amérique du Sud par les plus grands ensembles.

Orquesta Sinfónica Juvenil de Caracas 

Avec le Conservatoire Simón Bolívar, l’Orquesta Sinfónica Juvenil de Caracas (OSJC) représente l’une des réalisations les plus abouties d’El Sistema et reçoit le soutien de la municipalité de Caracas. Interprète des compositions symphoniques les plus élaborées et d’un répertoire de chambre de haut niveau, il entend aussi défendre la musique latino-américaine en mettant notamment l’accent sur le répertoire orchestral de son pays. Son directeur musical est le jeune Dietrich Paredes, l’un des chefs les plus prometteurs d’El Sistema, élève de José Antonio Abreu et membre du pupitre des premiers violons de l’Orchestre des Jeunes Simón Bolívar. Il a collaboré comme chef invité avec les orchestres symphoniques des États de Monagas, Táchira, Mérida, Falcón (orchestre de jeunes) et l’Ensemble Jóvenes Arcos de Venezuela.

L’OSJC entretient un lien particulier avec son ancien chef permanent Gustavo Dudamel. À chacune de ses visites au Venezuela, celui-ci retrouve l’Orchestre dans un répertoire d’une grande exigence technique. L’Orchestre a également été dirigé par les chefs vénézuéliens ainsi que par des chefs du monde entier.

2010 a été une année primordiale pour l’ancrage national de l’OSJC, avec une saison de concerts mémorables dans plusieurs grandes salles du pays où ils se sont produits dans un répertoire exigeant. Les membres de l’orchestre profitent également d’un enseignement intensif dans le domaine de la pratique collective et individuelle, la musique de chambre étant fortement encouragée par la création systématique de nouveaux ensembles.

En 2011, l’OSJC a fait ses débuts internationaux au Festival de Bergen et à Oslo avec le plus grand succès, concerts suivis d’une tournée très applaudie en Asie (Chine et Corée).

En 2012, ses déplacements l’ont conduit en Europe, tandis qu’en 2013, l’orchestre a fait ses débuts au Festival de Salzbourg lors d’une résidence historique pour El Sistema rassemblant un millier de jeunes musiciens.  Il a aussi débuté au Japon et s’est de nouveau rendu en Corée.

L’année 2014 a été marquée par une vaste tournée européenne.

En 2015, après des concerts à Milan à La Scala dans le cadre de l’Expo 2015, l’Orchestre revient en Europe au Portugal, en Espagne, en Italie et en France.

L’Orchestre est soutenu par la Fundación Musical Simón Bolívar.

Orquesta Sinfónica Juvenil de Caracas : ces orchestres sud-américains  qui font le buzz

Le renouvellement du public est un enjeu crucial des prochaines décennies pour le monde de la musique classique. Non qu’il soit en train de mourir, mais parce que les lieux et les supports vecteurs de la musique se sont diversifiés à une vitesse exponentielle depuis la fin du siècle dernier. Comment dépasser le cercle des seuls habitués et convaincus ?

Une partie de la réponse est venue d’où on ne l’attendait pas, d’Amérique du Sud. Le phénomène est à l’œuvre depuis 1975 au Venezuela sous l’impulsion visionnaire de José Antonio Abreu. El Sistema, a suscité l’enthousiasme du monde musical international, à commencer par certains de ses plus influents hérauts, tels Claudio Abbado ou Simon Rattle. El Sistema est un programme étatique d’éducation musicale, financé depuis son origine par les gouvernements vénézuéliens successifs. Au-delà de la pratique musicale, l’enseignement gratuit qui y est dispensé encourage le développement harmonieux de la personnalité, inculque aux jeunes le respect des valeurs humaines fondamentales. En 2015, le programme concerne quelques 700 000 jeunes vénézuéliens.

L’Orquesta Sinfónica Simón Bolívar en est le vaisseau amiral. Il déclenche l’enthousiasme partout où il passe, drainant sans conteste dans son sillage un public neuf. Son impact doit beaucoup à la personnalité charismatique de son directeur musical, le chef d’orchestre Gustavo Dudamel, lui-même pur produit du Sistema. Son exemple a inspiré nombre de ses cadets, tels Rafael Payare ou Dietrich Paredes. Tous deux mènent aujourd’hui de belles carrières, après avoir été musiciens dans l’Orquesta Simón Bolívar.

Margariteña

Pour marquer d’emblée les contours colorés et rayonnants de son concert, le jeune chef vénézuélien a choisi en lever de rideau la Margariteña (1954) de son compatriote Inocente Carreño (né en 1919). Ecoutons Gustavo Dudamel : « La musique d’Amérique latine est faite de danse, de rythme. Et nous essayons de mettre cette dimension dans toute la musique que nous jouons ». Une profession de foi que le directeur musical de l’OSJC signerait certainement des deux mains ! Dudamel ajoute : « Carreño était corniste, et on s’en rend compte en entendant tous les solos de cor de Margariteña […] On sent la plage dans cette pièce. On sent l’air et la mer. C’est plein de vie, mais nostalgique en même temps ».

Ces variations symphoniques (Glosa sinfónica) débutent par un appel de cor duquel émerge une atmosphère mystérieuse et panthéiste d’esprit assez debussyste, avant qu’éclatent sans transition cuivres et percussions. Ces ruptures de climats déterminent la dramaturgie principale de cette partition contrastée, qui alterne rythmes de danse et gestes lyriques. Le matériel thématique de Carreño puise en effet dans l’inépuisable corpus des chansons populaires, à commencer par Margerita es una lágrima, qui donne son nom à la pièce, mais aussi Canto del pilón, Canto de velorio ou Los Tiguitiguitos.

La constance de ces emprunts, fussent-ils cités littéralement ou simples sources d’inspiration, est un trait fort du très riche patrimoine musical sud-américain. Mais l’ambition proprement symphonique de l’écriture est tout aussi évidente : orchestration différenciée qui engendre nombre de variations d’envergure sonore, instrumentation qui fait la part belle aux solos (violon, flûte, basson, trompette, cor, percussions…). Le thème principal de l’œuvre réapparait à la fin, atteignant dans les dernières mesures une plénitude hymnique véritablement majestueuse.

                                                                                                         Rémy Louis – musicologue

L’Oiseau de feu : est-il utile de vous proposer, ici, quelques lignes sur cette œuvre d’Igor Stravinski ? je pense que non, et donc direct, nous passons au morceau de choix que constitue :

Troisième Symphonie en ut mineur, opus 78 de Camille Saint-Saëns

Dite Symphonie pour orgue, elle compte au rang des œuvres principales d’un compositeur également organiste virtuose. Ses qualités de musicien et de chef d’orchestre lui valurent de participer à de nombreux concerts exécutés dans le cadre de tournées internationales. La postérité ne nous a pourtant laissé  qu’un maigre assortiment de ses œuvres. Ainsi, un seul de ses seize opéras subsiste au répertoire : Samson et Dalila, dont la première fut dirigée par Franz Liszt à Weimar, en 1877. Sont beaucoup plus entendus qu’auparavant, tout de même, ses concertos pour piano, surtout “l’égyptien“ et son Premier concerto pour violoncelle. Et n’oublions pas ce petit bijou iconoclaste et savoureux que constitue le Carnaval des animaux.

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A la veille du XIXè siècle, le compositeur, né à Paris en 1835, mort en 1921 à Alger, passait pour le plus classique des compositeurs français. Enfant prodige du piano, d’une éblouissante virtuosité,  il connut de son vivant une gloire qui n’aura d’équivalent que le discrédit qui allait, plus tard, peser sur l’ensemble de son œuvre. Sans nier  son indiscutable maîtrise technique, la critique lui reprocha alors, son emphase et sa sentimentalité, en attribuant ses faiblesses aux années qui suivirent la guerre de 1870-71. Cette vision a quand même bien évolué depuis, et plus particulièrement pour certains ouvrages comme, par exemple, la symphonie, objet de ce propos.

Dédiée « à la mémoire de Franz Liszt », elle fut composée à Paris  au cours des années 85 et 86. Avec la Symphonie fantastique de Berlioz, elle compte parmi les œuvres les plus significatives de la musique française du XIXè siècle car, à plusieurs égards, elle sort de l’ordinaire. L’utilisation de l’orgue et du piano à quatre mains ouvre à l’orchestre, d’une dimension exceptionnelle, des possibilités sonores jusque là inhabituelles. Son écriture se signale aussi par de nombreuses audaces mais qui n’ont rien à voir avec les audaces “debussystes“. Saint-Saëns tente aussi d’opérer la synthèse entre la division classique alors en quatre mouvements et la technique, reprise en abondance par Liszt, de la métamorphose des thèmes comme dans ses poèmes symphoniques.

Vous retrouverez sans difficulté le motif qui parcourt toute la symphonie un peu comme l’amorce d’un thème : il est composé des quatre premières notes du Dies Irae grégorien de la messe des morts. Il va former le canevas monothématique de l’ensemble. A partir de ce motif, les autres thèmes seront développés plus ou moins librement. Ce thème n’est pas nouveau, et a inspiré d’autres compositeurs mais aussi, déjà Saint-Saëns dans sa fameuse Danse macabre.

Le compositeur n’ignorait pas la signification de sa symphonie. N’en disait-il pas : « Avec elle, j’ai donner tout ce que j’ai pu donner…ainsi, n’écrirai-je plus jamais rien comme cette œuvre. » Après celle-ci et courant les trente-cinq années de sa vie, il ne reviendra plus au genre de la symphonie.

A remarquer que la division en quatre mouvements n’est pas apparente : les mouvements sont en effet réunis deux par deux. Attribuer à cette symphonie une grandiloquence superficielle entraîne une sorte de réduction au mot “grandeur“ car, où se situe le curseur entre ces deux mots ? aussi bien en musique qu’en peinture et sculpture, d’ailleurs. Les audaces formelles de Saint-Saëns, l’ont-elles conduit à la grandiloquence plus qu’à la grandeur ? On ne tranchera pas ici, et on se contentera de relever, la richesse harmonique de son œuvre, le traitement magistral du matériel thématique, soutenu par une force d’invention remarquable, l’instrumentation brillante. Oser une symphonie qui présente un orgue et un piano pour un quatre mains, n’est pas monnaie courante alors. On se laissera donc griser par ce finale grandioso somptueux qui sera qualifié de grand, ou grandiloquent suivant son propre jugement…en toute subjectivité.

Michel Grialou

paredesgitLes Grands Interprètes
Orquesta Sinfónica Juvenil de Caracas
Dietrich Paredes (direction)
mardi 20 octobre 2015 à 20h00
Réservation

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