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De Myung-Whun Chung : « je suis devenu chef d’orchestre pour diriger Mahler ». Il est à Toulouse.

08 Juin Publié par dans Musique classique | Comments

C’est dans le cycle Grands Interprètes, pour le dernier concert de la saison, que l’on retrouve à la Halle ce samedi 13 juin à 20h, le chef coréen avec sa phalange parisienne, l’Orchestre Philharmonique de Radio France, pour une seconde partie de concert dédié à Gustav Mahler et sa Cinquième Symphonie. En début, nous aurons Gil Shaham pour nous interpréter en tant que soliste, un des concertos pour violon parmi les plus réputés du répertoire, le n°1 de Max Bruch. Cela fait une “sacrée“ affiche.

Voici donc en suivant la page programme. Le concerto ne vous sera pas présenté ici car, pas grand monde ignore cette œuvre qui dispute son aura à ceux de Mendelssohn, ou Beethoven pour ne citer que les plus contemporains, et le fait qu’il inspira celui de Brahms composé plus tard. Quelques mots sur la Cinquième de Mahler et son indissociable “tube“, l’Adagietto, mouvement tellement connu qu’il en deviendrait presque un handicap pour tout le reste de la partition. Au sujet de cette dernière, il a été écrit : « C’est un véritable casse-tête pour les instrumentistes, l’une des plus difficiles à mettre, et surtout à tenir en place : son écriture chambriste, la fragmentation suractive des motifs littéralement écartelés entre les pupitres, ses mètres changeants, la quantité d’incises, de parenthèses, de déviations rythmiques comme mélodiques, le refus presque pathologique de toute verticalité, des jeux de nuances dynamiques et expressives surabondants, font des trois premiers mouvements autant de défis quasiment insurmontables. » 

Mais si l’on dressait un bilan de ce qui attire de nos jours les foules pour écouter du Mahler, on aurait du mal à comprendre ce qu’un musicologue et critique comme Romain Rolland lui reprochait il y a cent ans : « La Cinquième est d’une longueur excessive (…) Rien ne justifie une telle dimension. Elle vise au colossal et, le plus souvent, elle est vide. Il y a dans toute l’œuvre un mélange de rigueur pédante et d’incohérence : du décousu, des arrêts brusques qui coupent le développement, des idées parasites qui l’interrompent sans raison musicale, des interruptions de vie. »

En France, cette symphonie, composée durant les deux étés de 1901 et 1902, fut donnée le 2 mai 1905 à Strasbourg, alors ville allemande, sous la direction du compositeur, et attirera foule de mélomanes et de…critiques. Si, de nos jours, les symphonies de Gustav Mahler font partie des programmes les plus courus des salles de concert, cela n’a pas été toujours le cas. Dès sa création à Cologne en 1904, il y a les enthousiastes, et les déçus. Parmi eux, un certain Hermann Kipper : « Le style de Mahler est toujours aussi hétérogène et sa palette orchestrale utilise encore les teintes les plus criardes. Le premier mouvement est infiniment trop long et, quant au second, il contient de trop nombreux passages « étrangers à la musique ». (…) Si l’exécution n’a pas été toujours irréprochable, c’est qu’il multiplie comme à plaisir les difficultés d’exécution et fait parfois jouer les instruments dans un registre suraigu. Il ne doit s’en prendre qu’à luimême et à « ses atroces cacophonies » des malentendus qu’il suscite. Son œuvre gagnerait à être « expliquée », autant qu’ « abrégée » et « adoucie » (!!!). Après l’adagietto, bien des auditeurs se sont demandés « pourquoi il n’écrivait pas une musique aussi belle ». S’il pouvait revenir, le succès au moins de ce seul mouvement pourrait le satisfaire.

Gustav Mahler silhouette -Otto Böhler

Vincent d’Indy, en 1914, n’était pas en reste, énonçant au sujet de cette Cinquième : « On me disait qu’il fallait être un peu slave pour la comprendre. Hélas, je ne l’ai que trop comprise ! – je n’ai jamais rien ouï de si vulgaire, encore que Chevillard – le chef – fît tout son possible pour atténuer la platitude de l’œuvre…Dès la douzième mesure, je me suis cru au Caf’Conc’ du Prater, avec le Damen-Orchester, les écharpes jaunes, la quête de la jolie flûtiste, au milieu du bruit des fourchettes, des odeurs de schnitzek panirt, et des relents de veuves-joyeuses… ». Pas toujours “sympas“ les collègues. 

Mais, peut-on écouter la Cinquième en toute impartialité, en toute « innocence », sur toute sa longueur, sur les cinq mouvements constituant les trois parties ? même, aussi, ce fameux adagietto ainsi baptisé par Gustav Mahler et non par Luchino Visconti dans son irrésistible film Mort à Venise, film-culte depuis sa sortie en 1971 ? Un autre adagio, celui de Samuel Barber a été maintes fois utilisé au cinéma, d’Apocalypse Now de 1979 par Francis Ford Coppola aux Roseaux sauvages d’André Téchiné en 1994 avec le très attachant et troublant Stéphane Rideau, à rapprocher du Tadzio de Visconti. Cependant, l’adagietto emporte la palme du “morceau“ de musique le plus indélébile qui soit : quiconque a vu et revu le film ne peut plus écouter ce passage de la symphonie sans penser à la plage du Lido devant l’Hôtel des Bains. L’image est ineffaçable.

Mahler5.4

Dans La Question sans réponse, courant 1973, en reprenant des propos déjà tenus par des musicologues, Leonard Bernstein ne dit-il pas : « Depuis que Mort à Venise a envahi les écrans, le monde entier s’est pâmé devant cet adagietto de la Cinquième. Pourquoi cette pâmoison ? Après tout, il ne s’agit que d’une dominante {cinquième degré de la gamme} menant à une tonique {premier degré} – trois temps faibles en fa majeur des plus conventionnels, menant à une… ». Et de continuer, exemples à l’appui, l’analyse de cette « sublime » banalité. Un peu comme l’analyse de ces 15 minutes de musique répétitive que constitue le Boléro de Maurice Ravel !

Au fait, y-a-t-il une durée à respecter pour son exécution en concert ? Les près de douze minutes convenablement étirées ne font-elles pas un peu trop bâton de guimauve ? Les moins de huit minutes ne sont-elles pas à ranger dans le genre : c’est l’adagietto, on le sait, inutile de languir de trop. Délicat.

Autre propos toujours sur cet adagietto qui, finalement, n’aurait comme source qu’un autre adagietto, celui de la musique de scène pour l’Arlésienne de Georges Bizet datant de 1872. On sait aussi que Mahler aimait beaucoup diriger Carmen. Trente ans plus tard, le compositeur aurait ainsi explicitement fait référence à cette musique qu’il connaissait et qu’un certain Friedrich Nietzsche s’était mis à adorer.

Max Bruch [1838-1920] 

Concerto pour violon et orchestre n°1, en sol mineur, opus 26               

1. Vorspiel – Allegro moderato

2. Adagio

3. Finale – Allegro energico                                                               27 mn

entracte ~ 20 mn

Gustav Mahler [1860-1911]

Symphonie n°5, en ut dièse mineur

1. Trauermarsch. In gemessenem Schritt. Streng. Wie ein Kondukt – Marche funèbre. D’un pas mesuré. Sévère. Comme une procession funèbre.

2. Stürmisch bewegt. Mit größter Vehemenz. Orageux, agité. Avec la plus grande véhémence.

3. Scherzo. Kräftig, nicht zu schnell. Vigoureux, pas trop rapide.

4. Adagietto. Sehr langsam. Très lent.

5. Rondo-Finale. Allegro – Allegro giocoso. Frisch (frais)                                      70 mn

Puis, voici une “bio“ sur tous les artistes prenant part à ce concert, magnifique à n’en pas douter.

Myung-Whun Chung

Si Mahler fait l’objet aujourd’hui d’une telle reconnaissance, n’est-ce pas en raison de son aptitude à faire son miel de toutes les formes et de toutes les traditions, des plus savantes aux plus populaires, de manière à récapituler l’histoire de la musique européenne ?
— Mahler combine trois éléments comme on ne l’avait jamais fait avant lui, comme on ne l’a pas fait ensuite : la nature, le chant, les timbres instrumentaux. Il prétendait que chacune de ses symphonies représente un monde, je trouve, moi, que chaque symphonie de Mahler raconte l’histoire d’une vie, avec ses drames, ses angoisses, ses peurs, ses élans d’amour, etc. Mahler est l’un des très rares compositeurs dont on puisse faire entendre toutes les symphonies sous forme de cycle car elles sont toutes différentes et toutes passionnantes. Je ne suis pas allé au bout d’un cycle Dvorak que j’ai commencé, de même j’ai interrompu un cycle Nielsen. Même chez Schubert, les premières symphonies sont moins intéressantes.

Extrait d’un récent entretien de Christian Wasselin avec le chef à propos de symphonies de Mahler qu’il dirigeait en avril 2015 Salle Pleyel 

Né en Corée, Myung-Whun Chung a vingt et un ans quand lui est décerné le Deuxième Prix du Concours Tchaïkovski de Moscou. Poursuivant son périple et son apprentissage au Mannes College et à la Juilliard School à New York, il devient l’assistant de Carlo Maria Giulini à l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles en 1979, avant d’en être nommé chef associé en 1981.

De 1984 à 1990, il dirige l’Orchestre Symphonique de la Radio de Sarrebruck. Il est invité de 1987 à 1992 à la tête du Teatro Comunale de Florence, puis assume de 1989 à 1994 la direction musicale de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Jusqu’en 2005, il est le Chef principal de l’Orchestre de l’Académie Sainte-Cécile de Rome. En 1995, Myung-Whun Chung fonde l’Asia Philharmonic, un orchestre formé des meilleurs musiciens de huit pays d’Asie. En 2005, il est nommé directeur artistique de l’Orchestre Philharmonique de Séoul.

Depuis 2000, Myung-Whun Chung est Directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Parallèlement, les plus grands orchestres bénéficient de sa direction en Europe comme aux États-Unis et en Asie.

Depuis dix ans, il s’investit avec passion pour faire découvrir la musique classique aux enfants et aux adolescents : grâce à des concerts spécifiques et à des ateliers pédagogiques, le jeune public se familiarise ainsi avec la richesse de cette musique.

L’Italie lui remet le Premio Abbiati et le prix Toscanini, la France l’honore : en 1991, il est nommé “Artiste de l’année” par le syndicat professionnel de la critique dramatique et musicale ; en 1992, il est décoré de la Légion d’Honneur. Par deux fois, en 1995 et en 2002, il est primé aux Victoires de la Musique. En 1996, il reçoit de la Corée le Kumkuan, récompense la plus élevée décernée par le gouvernement coréen pour sa contribution à la vie musicale de son pays. Premier à occuper ce poste dans l’histoire du pays, Myung-Whun Chung est à titre honorifique l’Ambassadeur pour la Culture de la Corée.

Il est également sensible aux problèmes humanitaires et écologiques. Ambassadeur du Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues (UNDCP), il est nommé “Homme de l’année” en 1995 par l’Unesco.

Depuis 2008, il est Ambassadeur international de bonne volonté de l’Unicef. Une première mission l’a conduit au Bénin. L’une de ses priorités est de mettre la musique au service des projets humanitaires.

Myung-Whun Chung a réuni pour la 1ère fois  l’Orchestre Unhasu de Corée du Nord et l’Orchestre Philharmonique de Radio France, Salle Pleyel à Paris en 2012.

Depuis 2011, il est également Principal Chef Invité de la Staatskapelle de Dresde.

Dernière venue : 27 juin 2013, avec le Philharmonique de Radio France et Mojca Erdmann – Mozart / Mahler. 

Gil Shaham

Gil Shaham © Luke Ratray

Né en 1971 dans l’Illinois (USA), Gil Shaham s’installe en 1973 avec ses parents en Israël. A sept ans, il commence ses études de violon avec Samuel Bernstein à la Rubin Academy of Music à Jérusalem.

A neuf ans, Gil SHAHAM est invité à travailler avec Chaim Taub, violon solo du Quatuor de Tel-Aviv et de l’Orchestre de Chambre d’Israël et qui sera d’ailleurs son professeur par la suite. Au cours des étés 1980 et 1981, il se rend dans le Colorado (USA) pour suivre les cours de Dorothy Delay et Jens Ellermann. En 1982, il obtient une bourse pour continuer ses études avec Dorothy Delay et Hyo Kang à la Juilliard School de New York.

Gil Shaham fait ses débuts de soliste à l’âge de dix ans avec le Jerusalem Symphony Orchestra sous la direction d’Alexander Schneider, ce qui fut un triomphe. Un an plus tard, il joue pour la première fois avec l’Israël Philharmonic Orchestra et Zubin Mehta. Il a reçu Avery Fisher Career Grant en 1990 et Avery Fisher Award en 2008.

Au cours des dernières saisons, il a été le soliste de prestigieuses formations : Orchestre de la Scala de Milan, London Symphony, London Philharmonic, Philharmonia Orchestra, Tonhalle Orchestra, ……avec Claudio Abbado, Pierre Boulez, Myung-Whun Chung,.. Il est également régulièrement invité par les grands orchestres américains, Boston, Chicago, Cleveland, …ainsi qu’une tournée  au Japon avec  Mariss Jansons  et Concertgebouw Orchestra.

Gil Shaham joue un Stradivarius de 1699 (Comtesse Polignac)

Dernière venue : 6 mai 2013, avec le Sejong Soloists New York 

Orchestre Philharmonique de Radio France
Myung-Whun Chung, Directeur musical

Orchestre Philharmonique de Radio France © JF Leclerc

Un orchestre français comme l’Orchestre Philharmonique de Radio France peut-il ou doit-il approcher d’une manière particulière la musique de Mahler ?
— Il faut qu’un orchestre, quel qu’il soit, joue l’ensemble du répertoire. Il ne faut pas se cacher derrière sa nationalité : aujourd’hui, il est possible, dans le monde entier et dans tous les domaines, d’écouter, d’éprouver, de comparer, de faire son choix personnel. Quant à jouer d’une manière française, je ne sais pas trop ce que cela veut dire. Il faut dépasser ses complexes et ses blocages, car le monde est de plus en plus ouvert. Il m’est arrivé d’entendre, quand j’étais étudiant, des orchestres allemands très peu convaincants dans Beethoven. De même, à Moscou, j’ai entendu des formations russes qui étaient loin de l’idéal dans leur propre répertoire. L’Orchestre Philharmonique de Radio France peut très bien se montrer le meilleur dans le répertoire mahlérien.

Cette année, Myung-Whun Chung dirige sa 15ème et dernière saison en tant que Directeur Musical alors que l’Orchestre Philharmonique s’installe dans le nouveau Grand Auditorium de Radio France.

Héritier du premier Orchestre Philharmonique créé dans les années 1930 par la radio française, l’orchestre avait été refondé au milieu des années 1970 sous l’inspiration des critiques formulées par Pierre Boulez à l’encontre des formations symphoniques traditionnelles ; Gilbert Amy puis Marek Janowski en ont été les premiers directeurs musicaux.

L’Orchestre Philharmonique peut ainsi aborder tous les répertoires du XVIIIème siècle à nos jours, que les œuvres soient écrites pour petits ensembles ou pour grand orchestre, chaque groupe, composé en fonction de l’écriture des œuvres, pouvant travailler simultanément.

L’orchestre a ainsi interprété 60 programmes originaux et 105 concerts en 2013. 

Reconnaissance internationale

Depuis l’an 2000 à la tête de l’orchestre, Myung-Whun Chung peut se réjouir de voir aujourd’hui son orchestre reconnu comme l’une des plus remarquables phalanges européennes.

Ces années ont été marquées par de nombreuses tournées internationales sur tous les continents, comme l’an dernier de la Philharmonie de Berlin au Musikverein de Vienne, au Festival Rostropovitch à Moscou, en Chine, en Corée et au Japon.

Fidélité des plus grands artistes

Les plus grands musiciens sont venus enrichir le travail de l’orchestre aux côtés de Myung-Whun Chung. Des personnalités aussi exceptionnelles que Pierre Boulez, Esa-Pekka Salonen, Ton Koopman, et les meilleurs chefs de la jeune génération tels Gustavo Dudamel, Alan Gilbert, Daniel Harding, Vasily Petrenko, Lionel Bringuier ou Mikko Franck qui succèdera à Myung-Whun Chung en septembre 2015.

Rayonnement médiatique

Depuis sa réouverture en septembre 2006, la Salle Pleyel a accueilli l’Orchestre Philharmonique de Radio France en résidence pour un minimum de vingt programmes par saison. L’Orchestre Philharmonique y présente encore les premiers concerts de cette saison jusqu’à l’ouverture mi-novembre du nouveau Grand Auditorium de Radio France. Cette nouvelle salle permettra à l’orchestre de développer ses activités dans des formats renouvelés et diversifiés. L’orchestre poursuit également sa collaboration avec les autres salles parisiennes, de l’Opéra Comique à la Philharmonie de Paris.

La musique de notre temps

Chaque saison, l’Orchestre Philharmonique propose une quinzaine d’œuvres nouvelles en création, et participe aux grands festivals de musique contemporaine (Présences, ManiFeste, Festival d’Automne à Paris).

Les musiciens ont eu la joie d’accueillir de nombreux compositeurs pour diriger leurs œuvres comme Pierre Boulez, Luciano Berio, Peter Eötvös, George Benjamin, Thomas Adès ou Esa-Pekka Salonen venu trois semaines en résidence à l’occasion du Festival Présences 2011 au Théâtre du Châtelet.

L’élan vers les jeunes

Particulièrement désireux de transmettre leur passion aux plus jeunes, les musiciens de l’Orchestre Philharmonique interviennent tout au long de l’année en milieu scolaire, ainsi que dans les hôpitaux de Paris et de région parisienne auprès des enfants malades.  Avec Myung-Whun Chung, ils sont tous ambassadeurs de l’Unicef depuis 2007. Ils ont développé une Académie Philharmonique pour les jeunes musiciens en collaboration avec le Conservatoire de Paris. L’Orchestre a crée un site Internet dédié au jeune public : zikphil.fr

Orchestre Philharmonique de Radio France
Myung-Whun Chung (direction)
samedi 13 juin à 20h00 – Halle aux Grains

Sites Internet
Les Grands Interprètes
orchestrephilharmoniquederadiofrance.fr
concerts.radiofrance.fr

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