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Le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin, un des chouchous de la Halle, est de retour.

12 Avr Publié par dans Musique classique | Commentaires

C’est pour le mardi 15 avril à la Halle aux Grains, à 20h, dans le cadre du Cycle Grands Interprètes. Il vient diriger sa phalange favorite attitrée, le Rotterdam Philharmonic Orchestra dans un programme emballant, de Beethoven avec ce monument de plus de quarante minutes que constitue le Concerto pour violon et orchestre joué par Lisa Batiashvili, à Rimski-Korsakov et sa suite symphonique ensorcelante, Shéhérazade.

Rotterdam Philharmonic @ Hans van der Woerd

Ludwig van Beethoven
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, opus 61     durée ~ 42 mn

I. Allegro ma non troppo
II. Larghetto
III. Rondo – Allegro

entracte

Nikolaï Rimski-Korsakov
Schéhérazade, suite symphonique, opus 35         durée ~ 47 mn

I. Largo e maestoso – Lento – Allegro non troppo – Tranquillo
La mer et le vaisseau de Sindbad

II. Lento – Andantino – Allegro molto – Vivace Scherzando – Moderato assai – Allegro molto ed animato
Le récit du Prince Kalender

III. Andantino quasi allegretto
Le jeune Prince et la Princesse

IV. Allegro molto – Lento – Vivo – Allegro non troppo e maestoso – Lento – Tempo come I
Fête à Bagdad – La mer – Naufrage du vaisseau sur un rocher surmonté d’un guerrier de bronze – Conclusion

« Il n’y a pas de musique qui ne soit nationale. La musique qu’il est convenu de considérer comme commune à toute l’humanité est quand même au fond, nationale. La musique de Beethoven est une musique allemande, celle de Wagner aussi, celle de Berlioz est française, celle de Meyerbeer aussi. »  Nikolai Rimski-Korsakov – Journal de ma vie musicale.

Yannick Nézet-Séguin

Yannick Nézet-Séguin © Lenny OosterwijkNé à Montréal en 1975, Yannick Nézet-Séguin reçoit sa première leçon de piano à l’âge de 5 ans. Il entre au Conservatoire de Montréal où il étudie le piano, la composition, la musique de chambre et la direction d’orchestre.

Parallèlement, il se forme à la direction de chœur au sein du Westminster Choir College à Princeton, New Jersey. Après son diplôme, il poursuit sa formation auprès des plus grands chefs, parmi lesquels Carlo Maria Giulini

En 2000, il est nommé Directeur Artistique et Chef Principal de l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.

La même année, il dirige son premier opéra. En 2004, il fait ses débuts en Europe avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse et acquiert très rapidement une reconnaissance internationale. Lors de cette même saison, il aura dirigé sept orchestres différents qui le réinvitent tous immédiatement.

En 2005, il fait ses débuts avec le Rotterdam Philharmonic Orchestra, qui le nommera Directeur Musical dès la saison 2008/2009. Il est également Directeur Musical du Philadelphia Orchestra à partir de la saison 2012/2013 et Chef Principal Invité du London Philharmonic Orchestra depuis la saison 2008/2009. En tant que Chef Invité, il travaille avec tous les grands orchestres à travers le monde et dirige des opéras dans les théâtres les plus prestigieux. La réussite est fulgurante et totale.

Yannick Nézet-Séguin et le Rotterdam Philharmonic Orchestra ont fait de nombreuses tournées réussies, dont des concerts à Londres, Paris, Vienne, New York, Toronto, Tokyo et Pékin. Ils enregistrent une série de CDs plébiscités, dont un enregistrement des œuvres pour orchestre de Maurice Ravel chez EMI Classics, acclamé par la presse internationale. Par ailleurs, Yannick Nézet-Séguin et le Rotterdam Philharmonic Orchestra allient leurs compétences dans des projets allant de l’opéra à des concerts pour les familles ou des concerts de soutien à des projets d’intérêt général.

Leur saison 2012-2013 fut marquée par deux tournées en Asie, des concerts au Grafenegg Festival et au Vienna Musikverein, une prolongation de leur résidence au Théâtre des Champs-Elysées et une première série d’enregistrements sous le label Deutsche Grammophon.

Dernière venue : Saison 2011/12 avec le RPO le 21 mars – Beethoven, Mendelssohn et le 22 mars – Debussy, Ravel

Lisa Batiashvili

Lisa Batiashvili © Anja Frers and DGAppréciée par le public et par ses collègues musiciens pour sa virtuosité et son  « extrême sensibilité » (Financial Times), Lisa Batiashvili est une violoniste parmi les plus demandées au monde. En Europe, elle travaille souvent avec les plus grands orchestres. Aux Etats-Unis elle se produit chaque saison avec le New York Philharmonic et régulièrement avec le Philadelphia Orchestra et le Boston Symphony Orchestra.

Pendant la saison 2012/2013, elle se voit décerner le titre de Capell-Virtuosin de la Staatskapelle Dresden, se produisant plusieurs fois avec l’orchestre et son Chef Principal Christian Thielemann. Pendant la saison 2011/2012, elle a joué entre autres, avec les Orchestres Philharmoniques de Londres et de Rotterdam, dirigés par Yannick Nézet-Séguin. Lisa se consacre à la musique de chambre en participant aux Festivals de Salzburg, Edinburgh International et Schleswig-Holstein, Heimbach et Verbier. Lisa Batiashvili acquiert une reconnaissance internationale quand, à l’âge de 16 ans elle remporte le deuxième prix de la Sibelius Competition en étant la plus jeune à avoir jamais concouru dans cette compétition.

Elle joue avec un ex-Joachim Stradivarius de 1715 gracieusement mis à sa disposition par la Fondation Nippon Music.

Rotterdam Philharmonic Orchestra

Le Rotterdam Philharmonic Orchestra se classe parmi les plus grands orchestres européens. Il est internationalement connu pour ses interprétations d’une énergie intense, ses enregistrements salués par la critique et une approche innovante dans son rapport au public avec des concerts dans les petites salles locales comme dans les plus emblématiques au monde. Pendant la saison 2012-13, l’Orchestre a entrepris deux tournées en Asie ainsi que des concerts au Musikverein à Vienne et au Théâtre des Champs-Elysées à Paris.

Rotterdam Philharmonic Orchestra © Hans Van DerWoerd

Le Rotterdam Philharmonic Orchestra est fondé en 1918. A partir de 1930, sous l’égide de son Chef Eduard Flipse, il s’impose comme l’un des grands orchestres des Pays-Bas. Dans les années 1970, avec Jean Fournet et Edo de Waart, l’Orchestre atteint une reconnaissance internationale. En 1995, la nomination de Valery Gergiev comme Directeur musical annonce une nouvelle ère. Yannick Nézet-Séguin lui succède et met en place de nombreuses tournées et enregistrements. A compter de la saison 2012-2013, Jirí Belohlávek se joint à l’Orchestre en tant que Chef Invité.

Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 61

Ce chef-d’œuvre, rejeté à sa création, n’en est pas moins devenu maintenant le concerto que tous les violonistes se doivent d’interpréter un jour, et peut-être d’enregistrer. Cet unique concerto pour violon de Beethoven fut composé en même temps que la sonate « Appassionata », sa Quatrième Symphonie, le concerto pour piano n°4, le triple concerto,…une période très prolifique, enflammée. Il fut destiné au violoniste Franz Klement et dédié à son ami d’enfance, Stephan von Breuning. A l’épouse de ce dernier, il dédiera la version piano adaptée peu après.

Avec cette partition, Beethoven renouvelle le genre du concerto comme il aura renouvelé celui de la sonate. Le rôle d’accompagnateur dans lequel l’orchestre se retrouvait souvent plus ou moins confiné se modifie amplement puisqu’il va finir par dialoguer avec le soliste. L’importance de la partie soliste n’en sera que plus exigeante, plus fournie, ce qui décidera au départ du caractère injouable de l’œuvre. Mais les techniques des solistes deviennent telles que ce caractère là n’est guère plus tellement évoqué. C’est le violoniste Joseph Joachim qui le sortira un peu de l’ornière lors d’un fameux concert à Londres en mai 1844. Il l’interprète sous la direction de Mendelssohn, et c’est un triomphe. Le jeune prodige Joachim n’a que …13 ans !! Devenu son ouvrage fétiche, il l’interprètera partout.

L’œuvre est lumineuse et tendre, plus suave qu’héroïque, plus consolatrice que vindicative.

On remarquera le degré de fusion entre les deux parties  avec un niveau de complémentarité rarement atteint alors dans ce type d’œuvre. Mais aussi, que c’est surtout la partie dans les  notes aigües qui attirent davantage l’oreille.

Des trois mouvements traditionnels, mais d’importance inégale, les deux derniers seront enchaînés sans interruption.

SCHEHERAZADE, suite symphonique

Eau de rose, guimauve, accents martiaux, concerto pour violon non avoué,…tout a été tenté pour détourner la partition de sa vraie nature : une grande partition de musique russe qui se suffit à elle-même, sans dépendre des intentions programmatiques qui lui sont accolées,des sous-titres qui se sont maintenus, bien que le musicien y fût opposé, ne voulant pas donner aux mouvements de programme trop précis. Au départ, il voulait même se contenter d’indications formelles et intituler les quatre mouvements Prélude, Ballade, Adagio et Final.

 La note publiée jointe à la partition fixe simplement le climat général de l’œuvre, à l’exclusion de tout détail : «  Le sultan Shahriar, persuadé de la perfidie et de l’infidélité des femmes, jura de faire mettre à mort chacune de ses épouses après la première nuit. Mais la sultane Shéhérazade réussit à sauver sa vie en le captivant par des histoires qu’elle lui raconta pendant mille et une nuits. Pris par la curiosité, le sultan remettait de jour en jour l’exécution de son épouse et finit par y renoncer définitivement. Schéhérazade lui conta bien des merveilles en citant les vers des poètes et les textes des chansons, et en imbriquant les histoires les unes dans les autres. »

D’autre part, Rimski insiste sur le fait qu’il ne faut pas chercher à prendre les récits à la lettre, s’expliquant dans ses Chroniques de ma vie musicale sur la structure thématique de l’œuvre : « C’est en vain que l’on cherche dans ma suite des leitmotive toujours liés à telle idée politique ou à telles images. Au contraire dans la plupart des cas, tous ces semblants de leitmotive ne sont que des matériaux purement musicaux des motifs de développement symphonique. Ces motifs passent, se répandent à travers toutes les parties de l’œuvre, se faisant suite et s’entrelaçant. Apparaissant chaque fois sous une lumière différente, dessinant chaque fois des traits différents et exprimant des situations différentes, ils correspondent chaque fois à des images et des tableaux différents. »

I. Largo et maestro – Lento – Allegro non troppo – Tranquillo
La mer et le bateou de Sindbad 

Le premier mouvement s’ouvre sur une introduction présentant les deux protagonistes, le sultan et Schéhérazade. Le thème initial, fortissimo à l’unisson et dominé par les cuivres, campe le redoutable personnage de Shahriar. Après une pause, transition en cinq longs accords aux bois créant un contraste saisissant et établissant le climat d’évocation féerique. Aussitôt après, un violon solo, ponctué par la harpe, trace dans l’aigu la fine mélodie orientale qui unira tous les mouvements – en même temps qu’elle servira de support à d’autres thèmes : C’est le leimotiv de Schéhérazade.

C’est à l’indication Allegro non troppo que débute le tableau de la mer : le thème qui était celui du sultan prend là une nouvelle attribution, doucement balancé par des arpèges de cordes. Après une montée en douceur d’accords et un gracieux dessin à la flûte comme thème secondaire, celui de Schéhérazade revient donnant bientôt une nouvelle figuration aux bois.

L’orchestre doit illustrer ensuite une tempête qui se lève, ballotant le navire sur les vagues. C’est avec un puissant crescendo amenant la superposition des deux motifs. Le caractère de tout le mouvement fait alterner la description haute en couleurs.

II. Lento – Andantino – Allegro molto – Vivace Scherzando – Moderato assai – Allegro molto ed animato
Le récit du Prince Calendar

Après une citation du thème de Schéhérazade, un basson exécute un nouveau motif qui en est issu, mais d’un caractère différent, plus rythmé, enjoué. Il est repris par hautbois, violons, l’ensemble des bois avant d’amener un brusque changement d’atmosphère. Des fanfares d’appel retentissent (trombones puis trompettes), se multipliant, se répercutant à tout et donnant la vision d’une bataille. Une longue phrase très analyse cadencée à la clarinette, sur la répétition rapide et obsessionnelle d’une formule, prépare un nouvel épisode. Volètements aux bois, trémolos de violons dans l’aigu évoquent le passage de l’Oiseau Roch.

Mais le développement va ramener les fanfares abondamment exploitées par l’orchestre. Retour de la formule déjà donnée à la clarinette et reprise ici par le basson puis plus brièvement par d’autres instruments, hautbois, clarinettes, flûte…et réapparition du premier thème qui alternera avec elle jusqu’à la fin du mouvement. On réentendra encore le thème du sultan, ou de la mer.

L’immense talent de coloriste éclate au service d’une véritable splendeur orchestrale, un enchantement pour les oreilles comme pour les yeux quand l’orchestre va jouer devant vous comme ce soir. 

III. Andantino quasi allegretto
Le jeune prince et la princesse

Il en est de même pour cette merveilleuse page lyrique successivement dominée par deux thèmes qui, n’étant pas des mélodies orientales authentiques, s’apparentent fort à celles du recueil de Salvador Daniele, utilisées dans l’autre poème symphonique Antar. C’est Borodine, un des membres du Club des Cinq qui possédait un exemplaire de ce fameux Recueil de chansons algériennes, mauresques et kabyles.

Le thème du Prince, fait l’entrée, exposé aux violons, paraphrasé ensuite par des guirlandes de gammes à la clarinette, à la flûte et aux violons. Vient alors le thème de la Princesse, de la même veine, mais plus alerte, au rythme marqué par le tambourin puis par la trompette.

La réexposition du premier thème intercale la cadence de violon solo avec le motif de Schéhérazade prolongé par « un bariolage d’arpèges ». Les dernières mesures seront discrètement arrivées par des accords descendants aux bois et par le pianissimo de la percussion.

IV Allegro molto – Lento – Vivo – Allegro non troppo e maestoso – Lento – Tempo come
La fête à Bagdad ; la mer; naufrage du bateau sur les rochers.

L’introduction va faire entendre alternativement le thème modifié du sultan et celui de Schéhérazade en accord au violon. C’est là que le violon solo doit affronter le pire des passages ! des accords dignes des plus grandes difficultés que peut rencontrer l’instrument dans certains concertos ou œuvres de chambre.

La Fête débute à l’indication Vivo, avec un motif rapide en rythme pointé : tout ce qui est thème sera ici caractérisé par des mouvements serrés et tourbillonnants, certains issus du mouvement précédent. La transe collective couve. La montée s’effectue par un crescendo orchestral, avec des interventions de plus en plus fréquentes de toutes les percussions.

Judicieusement, Rimski-Korsakov sait placer quelques moments de détente assurant la respiration des pupitres, et de l’œuvre. Un ultime crescendo va enfin conduire sans interruption au dernier tableau : c’est à nouveau la mer avec sa mouvance d’arpèges et son animation progressive, avec le ballottement des vagues et les sifflements du vent en gammes chromatiques aux bois, jusqu’au choc du Naufrage, marqué par un coup de tam-tam.

La reprise d’un fragment du premier mouvement recrée ensuite un climat d’onirisme. L’œuvre se clôt sur le thème de Schéhérazade, qui meurt dans l’extrême aigu du violon (encore une note!). Finalement, Rimski-Korsakov était bien fait pour être marin, voyageur, musicien, et compositeur !!

Michel Grialou

Rotterdam Philharmonic Orchestra - Yannick Nézet-Séguin (direction)Rotterdam Philharmonic Orchestra
Yannick Nézet-Séguin (direction)
mardi 15 avril 2014 à la Halle aux Grains (Toulouse)

Les Grands Interprètes

 

 

 

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