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Natalia Romanenko, soliste du Concerto pour piano (1939) de Viktor Ullmann.

01 Mar Publié par dans Musique classique | Commentaires

Le concert est donné en hommage aux compositeurs du camp de Terezin

Jeudi 8 mars, la pianiste d’origine ukrainienne est accompagnée par l’Orchestre National du Capitole de Toulouse dirigé par Joseph Swensen, un chef, à la Halle, comme chez lui.

Viktor Ullmann

L’élément-phare de la soirée, c’est bien sûr, pour la première fois interprété à Toulouse, le Concerto pour piano, op. 25 de Viktor Ullmann, compositeur autrichien, réfugié à Prague, victime du nazisme, exterminé en camp de concentration en 1944 à Auschwitz, après avoir été déporté à Theresienstadt en septembre 1942. Mais, pour en savoir davantage, vous vous devez de consulter le site “esprits nomades“ de Gil Pressnitzer qui a consacré un long article à ce musicien.

Le concert débute par l’Ouverture d’un Songe d’une nuit d’été de Felix Mendelssohn-Bartholdy, page célèbre entre toutes.

Le jeune Mendelssohn fit très tôt la connaissance des traductions des textes de William Shakespeare. Dans un sursaut d’orgueil puéril, le tout jeune garçon qui venait d’avoir onze ans utilisa les titres Ce que vous voulez et Comme il vous plaira comme jeux de mots dans son épopée parodique Papheis. Toutefois, au niveau de la composition, l’Ouverture du Songe d’une nuit d’été est vraiment la première œuvre qui reflète son approche de Shakespeare. Avant même de faire la connaissance de l’Ouverture d’Oberon de Carl Maria von Weber – une pièce traitant d’un sujet similaire – , il avait confié à sa sœur Fanny, le 4 juillet 1826 !, son intention de rêver le Midsummernight’s Dream. Et, le 26 août déjà, soit juste quelques semaines plus tard, l’unique et génial brouillon de la fameuse Ouverture était mis sur le papier. Plus tard, un certain Robert Schumann s’exprimera avec passion au sujet de cet instant : « Le maître achevé entra dans la minute la plus heureuse de son premier vol en altitude. »

Comme dans le scherzo du Quatuor pour piano en si mineur écrit auparavant, Mendelssohn avait enfin trouvé sa véritable identité artistique. L’Ouverture va subir son baptême du feu le 20 février 1827 sous la direction de Carl Loewe. Trois ans plus tard seulement, l’Ouverture est interprétée pour la première fois  aux Etats-Unis – question communication, nous ne sommes pourtant qu’au début du XIXè siècle –  Elle figurera au programme de chacun des vingt-deux concerts de la saison de la ville de Boston en 1849, signe d’un véritable culte installé pour la musique de Mendelssohn.

Ce sont quatre accords magiques joués par les instruments à vent qui ouvrent la porte du féerique royaume du roi Oberon, tout baigné de clarté lunaire. Les basses, fausses, font rentrer les rustauds dans la danse des Elfes, mais, pour autant, jamais le compositeur ne s’égare dans le descriptif qui pourrait envahir les plans musicaux.

Avec cette œuvre, le jeune Mendelssohn réussit déjà à créer un type d’ouverture de concert auquel se conformeront plus tard l’Ouverture des Hébrides, l’Ouverture Meeresttille und glückliche Farht et l’Ouverture du Conte de la belle Mélusine.

Pas moins de dix-sept années sépareront la composition de l’Ouverture du Songe d’une nuit d’été et la mise sur papier de la véritable musique de scène. Néanmoins, tous les éléments de la partition d’ensemble montrent la même « patte » caractéristique. Les pièces écrites en 1843 s’inscrivent dans la lignée de l’Ouverture sans aucune rupture de style.

Franz Liszt, au sujet de la musique de Mendelssohn dans le «  Songe d’une nuit d’été ». 26 mai 1854.

« Un génie moins titanesque que Beethoven, mais un compositeur doué d’un esprit très doux, sensible, cultivé à l’extrème qui, à sa manière, a beaucoup fait pour encourager le rapprochement et la fusion de la musique avec la littérature en aidant les deux à se rejoindre dans un même courant. Mendelssohn, dont les musiciens ont qualifié de timidité ou de faiblesse la prudence pleine de tact qu’il manifeste dans ses opéras vis- à- vis de son époque, a prouvé, en s’avançant avec succès sur la voie ouverte par Beethoven, à quel point il savait reconnaître l’importance de ces premiers pas, mais également en résistant à la préoccupation excitante et stimulante lui soufflant de se consacrer surtout à l’opéra…. »

La seconde partie du concert est consacrée à la Symphonie n°2 de Robert Schumann.

Robert Schumann

Cette symphonie n°2 en do majeur est en quatre mouvements : sostenuto assai puis allegro ma non troppo – scherzo (allegro vivace) – adagio espressivo – finale (allegro molto vivace). Officiellement la seconde, elle est en réalité la troisième, datée de 1846.

L’un de nos chefs préférés a dit, il y a peu, en la dirigeant ici même à la Halle, qu’il fallait être un brin schizophrène pour diriger cette n°2 !! Souhaitons donc un brin de “schizo“ à Joseph Swensen si le résultat doit être aussi réussi !

Les symphonies  de Robert Schumann sont des œuvres où le caractère d’expression lyrique personnelle, et souvent très intime, est plus accentué que dans les symphonies de Beethoven et même de Schubert où l’accent personnel s’élargit vers l’accent collectif, et où il semble parfois que tout un peuple chante. Mais elles présentent une unité interne particulièrement saisissante, qui fait de chacune d’elle comme un grand poème d’un seul tenant, ce qui se manifeste non seulement dans le rappel de motifs (ici cette fanfare caractéristique qui, de l’introduction au finale, imprime son sceau à toute l’œuvre ) mais encore dans le fait qu’à l’intérieur d’un mouvement et d’un mouvement à l’autre, les motifs s’engendrent l’un l’autre.

Si les différentes symphonies d’un même compositeur représentent les divers aspects essentiels de son caractère, sa réponse au grand thème de la vie, on pourrait dire que la Symphonie en ut majeur est l’ « Héroïque » de Schumann. Mais cet héroïsme concerne une nature essentiellement sentimentale et contemplative, et le sort des aspirations du cœur passe avant les impératifs d’action.

L’introduction sostenuto assai semble poser d’emblée le sérieux de la vie. Ces solennelles allées mélodiques, d’où s’élèvera ce non moins solennel appel de fanfare qui est comme la raison de l’œuvre toute entière, enferme maint secret des motifs qui apparaîtront ensuite. Elles amènent le motif qui fera le sujet principal du premier mouvement – allegro ma non troppo -, auquel les violons répondent aussitôt par un rythme énergique, et en s’animant elles déclenchent le départ de cet allegro. Et même si les motifs sont brefs, ils sont emportés par un élan puissamment soutenu et leurs perpétuelles redites en illuminent progressivement le sens. Tout ce premier mouvement est essentiellement pathétique, tandis que les motifs secondaires ne font que laisser libre cours à l’exubérance du cœur, aux velléités d’effusions et de rêve qui veulent se manifester sous la contrainte de l’impératif d’action.

Joseph Swensen

Le scherzo (allegro vivace )  est, quant au rythme,  en heureux contraste avec le premier mouvement. On peut y voir l’impératif d’action se manifester sous l’aspect du jeu, tour à tour énergique et badin, et à la fin, à la coda, le jeu se faire plus décidé et volontaire et rejoindre la fanfare initiale.

L’adagio espressivo est reconnu comme l’un des plus beaux chants qui soient sortis de la plume d’un symphoniste. Là, s’atteste devant les exigences de la vie, l’aspiration du cœur, dans un mouvement mélodique qui par deux fois s’élève et s’apaise, en toute sérénité.

Avec le finale (allegro molto vivace) revient l’action, cette fois-ci joyeusement acceptée et volontaire. Contrairement à l’usage  dans les constructions des mouvements symphoniques, ici, l’élan symphonique semble s’opposer à l’élan d’action. Le conflit va se résoudre par l’intervention de nouveaux éléments revêtant une expression à la fois martiale et lyrique, ramenant ainsi comme dans une illumination définitive de son sens, l’appel de fanfare, et aboutissant aux affirmations finales, impérieuses, des timbales.

L’homme qui a écrit cette œuvre était bien loin de la crise de folie qui devait, dix plus tard, avoir raison de lui.

Quelques mots sur Nadia Romanenko.

Nadia Romanenko

Née en Ukraine en 1978, Nathalia Romanenko débute ses études musicales à l’Ecole Nationale Spéciale de Musique pour les Enfants Surdoués de Kharkov  (Ukraine), où elle obtient une médaille d’Or. Elle intègre ensuite l’Académie  Nationale ukrainienne de musique Tchaïkovski de Kiev dans la classe du Professeur Ia Pavlova. Après avoir participé à l’Académie Internationale d’Eté de Nice auprès de Jacques Rouvier et Jean-François Heisser, elle entre au Conservatoire National de Région de Paris, dans les classes d’Olivier Gardon et d’Emmanuel Mercier et y obtient en 2001 un premier Prix. Depuis 1995 à Pinerollo, Nathalia Romanenko est lauréate de plusieurs concours internationaux.

Elle se produit régulièrement en récital et en  musique de chambre en France et à l’étranger : Kharkov, Donetsk, Kiev, Moscou, Saint-Pétersbourg, Paris, Nice, Marseille, Rouen, Brest, ainsi qu’en Italie, Roumanie, Hollande, Bahrein, à Macao et aux Etats-Unis.

Juin 2003, elle participe en tant que soliste à un concert exceptionnel au Palais Cheremetieff de Saint-Pétersbourg à l’occasion du Tricentenaire de la ville. En mai 2005, elle se produit en soliste au théâtre de la Fenice (Venise) en collaboration avec Yuri Bashmet. Février 2007, elle effectue une tournée de concerts en Amérique Centrale organisée par l’Alliance Française. Mars 2009, elle participe au concert dédié à la Paix, parrainé par Marek Halter et enregistre le Concerto n°5 d’Anton Rubinstein avec l’Orchestre National de Cannes sous la direction de Philippe Bender. Elle vient d’ouvrir la saison musicale française en Russie à la salle Tchaïkovski de Moscou avec le Concerto Egyptien de Camille Saint-Saëns, sous la direction de Jean-François Heisser.

Son parcours la conduit également vers l’accompagnement, fonction assurée à l’Institut National de Kiev à la Faculté de Formation des Chefs d’Orchestre, à l’Opéra Atelier de l’Académie Nationale de Musique Tchaïkovski de Kiev. En novembre 2005, elle est, choisie par Mstislav Rostropovitch, accompagnatrice officielle du « Concours International de violoncelle » à Paris.

En 2010, elle se perfectionne à la Manhattan School of Music dans la classe de Jeffrey Cohen. Elle travaille actuellement en tant qu’accompagnatrice au Conservatoire National de Région de Paris. Nathalia vient de créer une association, « Extraordinaria Classica », qui a pour but de promouvoir des compositeurs oubliés ou peu connus, et de les faire connaître au large public.

Michel Grialou

Réservation
photo Joseph Swensen : Ugo Ponte
photo Nathalia Romanenko : Emmanuel Galante

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