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La dernière tentation de Rodrigo García

08 Nov Publié par dans Théâtre | 4 Commentaires

Annoncées au Théâtre Garonne, les représentations de « Gólgota Picnic » font l’objet de menaces de la part de groupes politiques constitués de catholiques intégristes et violents.

© David Ruano

Installé en Espagne, l’auteur et metteur en scène argentin Rodrigo García revient au Théâtre Garonne avec sa dernière pièce. « Gólgota Picnic » montre un monde suspendu à sa consommation, où l’art n’est plus qu’un ornement. À travers la peinture, de Goya à Rubens, il interroge le cours du temps et de l’histoire. Son écriture est croisée avec la virtuosité de Marino Formenti qui interprète l’intégralité de la version pour piano des « Sept dernières paroles du Christ sur la croix », de Haydn. «Je ne m’attarde pas sur l’Eglise, non. J’essaie de faire de la poésie avec les corps des acteurs, la musique jouée chaque soir, et le texte que j’ai écrit. Il y a un ange déchu qui parle: il explique qu’il ne peut pas apporter le mal sur la terre, parce qu’il y a déjà tout le mal planifié et consommé par les hommes… Dans mon texte, même le démon en personne a peur des hommes», précise le metteur en scène.

Or, comme d’autres théâtres en France, le Théâtre Garonne subit depuis plusieurs semaines des pressions visant à annuler les représentations de « Gόlgota Picnic ». Directeur du théâtre toulousain, Jacky Ohayon réagit à ces menaces dans un communiqué : «Ce spectacle a été présenté pendant cinq semaines au Centre dramatique national de Madrid, puis dans plusieurs villes européennes, sans aucun incident. Une autre œuvre est visée par cette campagne : « Sur le concept du visage du fils de Dieu », de Romeo Castellucci, présentée ces jours-ci au Théâtre de la Ville à Paris qui subit des attaques sans précédent. Ce mouvement est initié notamment par l’Institut Civitas qui se définit comme un «mouvement politique inspiré par le droit naturel et la doctrine sociale de l’Église et regroupant des laïcs catholiques engagés dans l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples». L’Institut Civitas accuse – sans fondement – « Gόlgota Picnic » d’offenser la figure du Christ et la religion catholique, qualifiant le spectacle de «blasphématoire». Ce faisant, il dénie le droit inaliénable à la liberté d’expression qui s’inscrit dans le cadre de la loi. La violence et la haine déclenchées, au-delà de l’inquiétude légitime qu’elles suscitent, appellent en retour une responsabilité citoyenne. Le Théâtre Garonne, solidaire des théâtres visés, revendique par ailleurs pleinement les raisons artistiques qui l’ont amené à programmer le spectacle de Rodrigo Garcia, qui sera montré à Toulouse aux dates prévues».

Les représentations se dérouleront du 16 au 20 novembre au Théâtre Garonne qui vient de constituer un comité de soutien.

Jérôme Gac

Théâtre Garonne en ligne

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4 commentaires

  • anacreonte dit :

    Même athée, ou simplement agnostique, il n’est pas nécessaire d’être catholique pratiquant pour estimer que l’oeuvre présentée, ou les oeuvres, ne nécessitait pas d’aller chercher encore le Christ et tout ce que la religion catholique “trimbale“ pour signer ce qui se résumera à un tas d’immondices sur scène. Rodrigo Garcia a la prétention de faire de la poésie avec son “mix“. Que n’a-t-il choisi Mahomet comme sujet de base. Les événements actuels nous prouvent que d’autres sont beaucoup plus expéditifs. Si, pour juste un jeu de mot du style “Charia Hebdo“ on en vient à faire sauter des locaux, il m’étonnerait que les membres de Civitas, même les plus enflammés, mettent justement le feu au Théâtre Garonne. La différence? s’il y en a une, c’est que Charlie Hebdo est une entreprise privée, même si elle reçoit quelque aide publique, tandis que le Théâtre Garonne n’existe que par l’argent des contribuables. Il reste à découvrir et à s’interroger sur les raisons pleinement artistiques qui ont amené ce sinistre et écoeurant spectacle dans la programmation de notre théâtre d’avant-garde, qui ne sera pas emporté par la Garonne en pleine décrue.
    Attention, “le droit inaliénable à la liberté d’expression“ hautement réclamé, fait que, pour ma part, je n’écris pas, quand même, tout à fait ce que je pense car la censure pourrait faire passer l’ensemble de ce commentaire à la trappe.

  • Jérôme Gac dit :

    en effet, le racisme est réprimé à juste titre par la loi ! car ce n’est que de cela dont il question dans votre commentaire malhonnête.
    Vous avez par ailleurs un avis très définitif sur le spectacle de R. Garcia. Vous l’avez vu à Madrid ?

  • anacreonte dit :

    Les mots vous dépassent. Veuillez mettre en valeur ce qui dans mes quelques lignes peut avoir une connotation à tendance raciste. N’êtes-vous pas en train de confondre libre expression sur les religions et notions de races?
    Vous qualifiez mes propos de malhonnête, là encore, merci de mettre en évidence quelles sont les phrases, ou bouts de phrases, ou mots qui relèvent de la malhonnêteté.
    Heureusement, vous semblez avoir quelque lucidité dans vos propos suivants, mais cela n’est guère suffisant, et ne change en rien ce qui peut transpirer au niveau… de mes quelques lignes. N’oubliez pas non plus de signifier tout votre enchantement après avoir subi ce chef-d’oeuvre.

    • Jérôme Gac dit :

      j’appelle malhonnêteté tout jugement porté sur un spectacle sans l’avoir vu !
      vous avez vu ce spectacle ?
      quand à mes accusations, elle portent sur vos lignes : « pour ma part, je n’écris pas, quand même, tout à fait ce que je pense car la censure pourrait faire passer l’ensemble de ce commentaire à la trappe ».
      vous aves visiblement quelque chose à vous reprocher, touten entretenant vous-même une ambiguité, jouant avec le feu en citant les événements relatifs à Chalie Hebdo qui n’ont rien à voir avec cet affaire…


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