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Boulimique, Bertrand Chamayou, ou tout simplement gourmand ?

27 Août Publié par dans Musique classique | Commentaires

Notre jeune pianiste aux racines toulousaines a décidé de nous interpréter dans la même soirée l’ensemble des Années de Pèlerinage de Franz Liszt.

A ce sujet, peut-être, aurons-nous quelques éléments de réponses aux questions que l’on aurait aimé lui poser ?!

Pourquoi avoir choisi d’interpréter et d’enregistrer ce cycle ?

Que vous évoque ce chef-d’œuvre de la littérature lisztienne ?

Dans ce cycle, avez-vous une préférence pour une œuvre en particulier ?

De Franz Liszt, quelles autres partitions aimeriez-vous fixer sur un support ?

Un challenge du style, les 2 concertos de Liszt avec l’ONCT à la Halle, ne vous tenterait-il pas ?!!!!!!!!!

Quelques mots sur ce qui fait l’objet de ce véritable marathon pianistique.

Sous la dénomination générale Années de Pèlerinage, Franz Liszt compose trois recueils pour piano qu’il différencie les uns des autres à l’aide d’un sous-titre. Mais celui-ci est en partie trompeur dans la mesure où il numérote chaque recueil par “année“. Cette précision ne peut guère se justifier, à part pour le premier recueil intitulé : Première année : Suisse. Dès le recueil suivant, le mot “année “ nous induit en erreur : Deuxième année : Italie. En effet, le séjour italien s’est prolongé d’août 1837 à novembre 1839. Quant au troisième recueil, portant le simple sous-titre Troisième année, il a été composé en grande partie en 1877, c’est-à-dire une quarantaine d’année après la “deuxième année“ !  Ces quelques précisions paraissent très utiles pour mieux faire le lien entre l’écriture pianistique du compositeur et certains moments  de sa vie.

D’ailleurs, le titre comme  le sous-titre ne sont-ils pas tous deux trompeurs ? En effet, s’agit-il véritablement d’un “pèlerinage“ ? On peut en douter. Par ailleurs, l’appellation “Troisième année“ nous amènerait à penser que ce recueil a été écrit dans la prolongation des deux précédents pour faire un tout. Or, il n’en est rien, ce dernier ayant été composé vers la fin de sa vie, appartenant ainsi à une sphère créatrice bien éloignée des deux autres.

Une autre mise au point pas inintéressante, et concernant le recueil “Italie“. Il comporte une adjonction intitulée Venezia e Napoli, un ensemble de trois pièces que Liszt rajouta en 1859.

En ce qui concerne le premier recueil, parue dans sa version définitive en 1855, elle est en réalité le fruit d’un remaniement d’un autre recueil primitivement intitulé Album d’un voyageur publié en 1842. Si l’on veut comprendre l’authentique signification de cette musique, il faut donc se plonger dans cette première mouture. Quand Liszt la compose, il est encore très jeune et fortement imprégné des caractéristiques du romantisme français, telles qu’elles pouvaient se manifester dans les années 1830. En outre, il vit une grande passion avec la comtesse Marie d’Agoult, mariée et mère de deux enfants, et passe avec elle une véritable lune de miel en visitant les diverses contrées de la Suisse. La profonde impression que lui font les paysages helvétiques ne pouvait qu’être décuplée par la présence, à ses côtés, de l’être aimé. C’est tout cet ensemble de circonstances qui se trouve à la naissance de l’Album. Quand Liszt le révisera fortement dans sa quarantaine, à Weimar, au cours des années 1850, même si l’épisode Marie d’Agoult est terminé, il va en améliorer bien des aspects, mais il n’en changera ni le contenu poétique, ni le contenu émotionnel. Ainsi, trois composantes se mêlent subtilement dans la traduction musicale lisztienne de ce premier recueil : la forte impression visuelle d’un paysage grandiose, l’émotion accrue de cette impression partagée avec la femme aimée, la coloration “poétique“ liée à des souvenirs littéraires antérieurs.

Bien moins embrouillé, chronologiquement, que le premier, le second recueil s’étale sur une période allant de 1837 à 1849, en tenant compte des ébauches. Il est nourri d’impressions artistiques et littéraires car, en dépit de leurs dissensions, les “années d’Italie“ n’en ont pas moins fécondé les âmes de nos « amants de Genève ». Ainsi, Liszt compose-t-il la Sposalizio sous l’inspiration du Mariage de la Vierge de Raphaël, Il Penseroso, suggéré par la statue de Lorenzo de Médicis de Michel-Ange ; enfin, sous le choc de la Divine Comédie de Dante qu’il a lu et relu avec Marie, un morceau magistral, Après une lecture de Dante, Fantasia quasi Sonata. Faisant partie de ce recueil, on retrouve aussi les fameux Tre Sonetti del Petrarca, trois sonnets parmi les 365 que le pré-renaissant Pétrarque adressa à Laure, la Dame de ses pensées.

Quant au troisième volume classé parmi les œuvres dites “de vieillesse“, la plupart des pièces portent, en contraste avec les tableaux de nature du premier volume, un caractère religieux. Recueillement, ascétisme, méditation sur la mort, espérance en la bonté divine en constituent les thèmes principaux. A l’ « exubérance du cœur » succède  l’ « amertume du coeur». Par exemple dans, Aux Cyprès de la Villa d’Este, la mélancolie et la menace qui se dégagent des arbres géants, se résolvent en un élan chrétien, d’un chromatisme inusité. Œuvre de musique religieuse au premier chef, Les Jeux d’eaux à la Villa d’Este, cet « archétype de toutes les fontaines musicales qui ont coulé depuis » sont un modèle d’impressionnisme captivant, même si, et Liszt y tient, les eaux évoquées ici sont celles des fonds baptismaux qui ouvrent les portes célestes. Quant à Sunt lacrymae rerum, autre thrénodie ou déploration funèbre, c’est une pièce grandiose comportant les sonorités les plus noires jamais produites par la basse d’un piano de concert.

Michel Grialou

Succés oblige, il y aura donc une nouvelle date pour ce “récital dantesque“, le dimanche 18 à 20h

Piano aux Jacobins – Cloître des Jacobins – Vendredi 2 septembre – 19h30

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