On connaissait André Kertész le formaliste, proche d’artistes comme Chagall ou Mondrian. On le découvre reporter « humaniste » avec l’exposition proposée au musée Arthur-Batut, à Labruguière, dans le Tarn.

Pierre Mac Orlan en 1925. Photo Donation André Kertész, Médiathèque du patrimoine et de la photographie
Commune de 7000 habitants située entre Castres et Mazamet, Labruguière possède un centre culturel moderne qui impressionne par ses installations, notamment son théâtre-cinéma et sa salle d’exposition, qui n’ont rien à envier à ceux des grandes villes. C’est au sein de ce beau bâtiment que se trouve le musée Arthur-Batut, qui rend hommage à un enfant du pays, précurseur de la photographie, au XIXe siècle, et propose quatre expositions patrimoniales ou contemporaines chaque année. L’immense André Kertész (1894-1985), exilé hongrois qui vécût à Paris puis à New York, y est exposé jusqu’au 14 juin dans un registre rarement mis en avant. Réunissant des tirages conservés à la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie, à Paris, l’accrochage fait la part belle aux images que Kertész avait réalisées dans les années 1930 pour la revue « Art & Médecine ». On y découvre la France d’alors, à la manière « humaniste » d’un Robert Doisneau ou d’une Sabine Weiss, indissociables de la vision que nous avons aujourd’hui des années 1950.

Les escaliers de Montmartre en 1929. Photo Donation Kertész, Médiathèque du patrimoine et de la photographie.
Des bébés sont saisis au moment de la pesée, des personnes âgées affichent leurs rides, une sœur des Hospices de Beaune prépare des médicaments… Des célébrités, souvent amies du photographe, sont également présentes : Mc Orlan joue de l’accordéon, Colette déguste un bourgogne… Durant ses reportages, qu’il a beaucoup pratiqués pour des magazines illustrés alors en pleine expansion, André Kertész n’en oublie pas pour autant de donner une forme originale aux scènes du réel, ce que Pierre McOrlan qualifiait de « fantastique social ». La Tour Eiffel sort de la brume au bout des rails du métro ; à Piana, en Corse, des hommes en noir entourent comme une écharpe la vieille église blanche ; à Nice Renée Maeterlinck pose, très chic, sur un balcon de la sublime villa Orlamonde, comble de l’Art déco. Beau voyage dans le temps que celui-ci, à une heure trente de Toulouse.
Exposition « André Kertész. Le frère voyant », jusqu’au 14 juin au musée Arthur-Batut (1, place de l’Europe), Labruguière. Gratuit.