Du 1er au 10 mai, à l’Espace Lauragais de Saint-Orens de Gameville, l’exposition « De Picasso à Warhol » propose un choix de près de 150 œuvres prêtées par des collectionneurs membres de l’association Les Amis de 349 Gallery. L’occasion de revisiter plus d’un siècle de peinture en compagnie des maîtres de l’art moderne. Entretien avec Frédéric Pinson-Meilhac, commissaire de l’exposition.
Quels types d’œuvres vont être présentées au public ?
Il y aura beaucoup de superbes pièces avec des croquis, gravures, lithographies, des sérigraphies et des aquarelles, dont une magnifique, cubiste datée de 1912, du peintre Léopold Survage. Cela va être une très belle manifestation même si elle a été compliquée à mettre en œuvre car il fallait structurer l’ensemble des œuvres détenues par le réseau de collectionneurs réunis au sein de l’association Les Amis de 349 Gallery. Parmi leurs œuvres, affiches et catalogues d’époque ou documents anciens, émergent naturellement des thématiques autour d’artistes comme Miró ou Dali. Là où les choses se compliquent, c’est lorsque les œuvres qui nous sont proposées ne recouvrent pas cependant un ensemble suffisant pour constituer une thématique sur un artiste. Ainsi, nous avons fait le choix de revisiter cent cinquante ans de création picturale, depuis les impressionnistes jusqu’au Pop-art, en passant par le Cubisme avec Picasso et Braque en 1907 puis le Surréalisme, l’Abstraction lyrique et les Informels, les Nouveaux Réalistes avec Yves Klein et Nikki de Saint-Phalle, en terminant ce voyage avec Andy Warhol.

Aquarelle de Léopold Survage datée de 1912 © FPM
Y a-t-il des points communs, des liens entre les œuvres exposées ?
Oui, « De Picasso à Warhol » offre une vision assez complète représentée par une scénographie adaptée, dont l’épicentre est grande fresque historique qui constitue une sorte de tour centrale ouvrant sur cinq espaces d’exposition. Cette fresque reprend l’histoire des grands maîtres de la peinture depuis 1874 et les impressionnistes jusqu’à nos jours. Les cinq grandes périodes stylistiques et mouvements artistiques majeurs sont ainsi déclinés avec des codes couleurs permettant au public de se repérer tout en visitant librement l’exposition.
Dans chacun des 5 corners, des œuvres et des documents donnent vie à chaque période et école dans leurs espaces respectifs. Le public va donc pouvoir évoluer à travers ces différents univers et thématiques tout en voyant qu’il y a des correspondances, des dialogues, des rencontres entre les artistes.
On prend également la mesure que les différentes évolutions de la peinture et des styles, se sont déroulés sur un temps très court, à peine une cinquantaine d’années. Les impressionnistes forcés par la photographie naissante, cherchent à « dire autrement ». N’oublions pas que jusqu’à leur avènement, la peinture était figurative et recherchait la ressemblance. L’impressionnisme apporte une réponse nouvelle, puis Cézanne, Gauguin et Van Gogh surgissent en annonçant de nouveaux mouvements et de nouveaux artistes à l’instar de Braque et de Picasso. C’est toute une aventure et un voyage dans l’histoire de l’art que nous proposons.
Qui sont les collectionneurs qui vous prêtent ces œuvres ? Appartiennent-ils tous aux Amis de 349 Gallery ?
Ce sont tous nos membres. La crise du covid a beaucoup compté pour nos activités. Auparavant, nous exposions des artistes contemporains de manière classique, mais ce modèle s’est révélé dépassé pendant le covid bien sûr et même après. Nous nous sommes alors tournés vers nos membres parmi lesquels un bon nombre d’acheteurs et de collectionneurs mais auxquels nous ne consacrions pas une attention suffisante. L’association se concentrait sur les programmations à venir et pas vraiment sur les œuvres détenues par ses membres. Or, quand nous nous sommes penchés sur cela, nous avons découvert des pièces de grande qualité, qu’ils nous ont proposé eux-mêmes d’exposer au public. Le nouveau format était né !
Y aura-t-il également des expositions d’artistes en activité ?
Oui, il devrait y avoir sept ou huit artistes exposants. Cela permet de continuer d’alimenter notre vocation initiale consistant à mettre en valeur des créateurs en activité qui puissent bénéficier de l’intérêt du public attiré par notre manifestation.
Pour n’évoquer que Picasso et Warhol, ou encore Dali qui était le thème d’une précédente exposition, ces artistes avaient un grand sens de la communication. Ils ont construit leur légende de leur vivant. Il y a eu un grand marketing, du merchandising autour de leurs œuvres. Picasso a même donné son nom à une voiture. Voyez-vous cela comme une façon d’accéder à leur art, de démocratiser la culture ou bien est-ce excessif ?
Je ne crois pas à cette façon de partager la culture même si je comprends évidemment l’intérêt des ayants-droits. Il me semble que cela tire plutôt le public vers le bas. Picasso a été un artiste révolutionnaire et l’on ne comprend pas son apport – quoi que l’on pense par ailleurs du personnage – grâce à une voiture portant son nom ou à du merchandising. Le cas de Dali est différent car il a totalement assumé le système. Il choisissait ses contrats, tel produit ou telle publicité télévisuelle. Il a joué sciemment sur les réseaux de communication de son époque.
Il y a eu plusieurs périodes dans l’œuvre de Picasso. Avez-vous personnellement une préférence ?
C’est incontestablement celle de 1907 avec Les Demoiselles d’Avignon qui a produit un choc phénoménal. Braque considère alors l’œuvre de son ami comme une révolution. Aujourd’hui encore, une telle œuvre ne cesse de susciter la fascination, l’intérêt et pas mal l’incompréhension… Imaginons l’ampleur du choc à l’époque. En moins de cinquante ans, il s’est accompli une véritable révolution picturale. On est passé de l’école de Barbizon au cubisme… Avant d’arriver à l’abstraction d’après-guerre qui a été le cœur de la création des années cinquante.

Pablo Picasso en 1912 / Wikimedia
Et chez Warhol, artiste protéiforme, que retenez-vous d’abord ?
Quand le nouveau réalisme français apparaît au début des années 1960, il s’agit d’un manifeste mettant au centre le quotidien, la simplicité pour une approche du réel. Dans le même temps, de l’autre côté de l’Atlantique, Warhol va s’emparer des symboles et des objets de l’Amérique de son temps : la société de consommation, la télévision, les produits ordinaires comme les boîtes de soupe Campbell… La singularité de Warhol est d’avoir transformé cette démarche en système, en véritable usine, en « factory ». Plus récemment, Jeff Koons a appliqué la même recette. C’est d’ailleurs à partir des années 1960-1970 que les Etats-Unis sont prédominants sur le marché de l’art pour y demeurer depuis.
Ouvert tous les jours de 10h à 19h (dernière visite à 18h15), sauf vendredi 1er mai (16h-20h) et dimanche 10 mai (10h-18h).
Entrée : 8 euros, gratuit pour les moins de 18 ans. Entrée + catalogue : 12 euros
Catalogue : 6 euros



