« Le gâteau du président » est une rareté. Non pas par l’histoire racontée, celle d’une petite fille sans le sou chargée de réaliser un dessert pour son « bien-aimé » dictateur, mais par son origine, l’Irak, presque totalement absent de la planète cinéma. Une chronique touchante portée par l’énergie de sa jeune héroïne de 9 ans.

Baneen Ahmed Nayyef, bouleversante héroïne du « Gâteau du président ». Photo Tandem
Elevée par sa grand-mère, Lamia quitte la cabane, au bord d’une rivière, où elles habitent pour affronter la grande ville de Bassora. La vieille dame cherche à la faire adopter, ne parvenant plus, à bout de forces, à s’occuper d’elle. Refusant cette idée, la gamine s’échappe, cartable sur le dos, son coq Hindi dans les bras, et va parcourir la cité pour relever un véritable défi : trouver les ingrédients (œufs, farine, sucre…) pour réaliser le gâteau destiné à Saddam Hussein pour son anniversaire. Cette tradition, le dictateur irakien l’a maintenue, en ces années 1990, bien que son pays soit sous embargo américain et que certaines denrées sont bien rares ou hors de prix. D’une boutique à l’autre, de marchés en arrière-cours, Lamia, va découvrir que la générosité n’est pas vraiment la qualité la plus souvent partagée, même à l’égard d’une gentille petite fille. Heureusement, elle trouvera aide et affection auprès d’un garçon de son âge, fils d’un mendiant, très débrouillard et un brin voleur…
Méfiez-vous les hommes…
Par un curieux hasard de la programmation, l’histoire du gâteau ressemble étrangement à celle racontée par Fatih Akin dans « Une enfance allemande », sorti il y a deux mois. Nous étions là en 1945, en fin de règne hitlérien, et un garçon de 10 ans faisait tout son possible pour réunir…les ingrédients d’un gâteau, afin de combler sa mère dépressive, à nouveau enceinte. Outre l’aspect très émouvant de la quête de Lamia et de son complice, le film de Hasan Hadi a le grand mérité de nous faire vivre le quotidien très difficile de tout un peuple, dans un registre réaliste rendu encore plus saisissant par le fait qu’il a vraiment été tourné dans les rues de Bagdad. « Le gâteau du président » nous en dit aussi beaucoup sur le bourrage de crâne idéologique martelé par les sbires du dictateur, et sur le fonctionnement patriarcal d’une société où les femmes – même enceintes, même très jeunes – sont considérées comme des objets par les hommes, le plus souvent de sinistres salopards…
« Le gâteau du président », de Hasan Hadi, actuellement au cinéma.

