Valeur sentimentale un film de Joachim Trier
Grand Prix du dernier Festival de Cannes 2025, le film de Joachim Trier, réalisateur né à Copenhague il y a 51 ans aujourd’hui, laisse perplexe. Pour le moins. Si nous retrouvons ici l’ambiance (euphémisme) de Sonate d’automne d’Ingmar Bergman (1978), nous rencontrons une famille dont le patriarche s’est éloigné. Gustav a sacrifié les siens au profit de sa passion pour… le cinéma.

Stellan Skarsgard (Gustav) et Renate Reinsve (Nora) – Crédit : Kasper Tuxen
Revenant dans la maison familiale, il y retrouve ses deux filles : Nora et Agnes. La première citée, comédienne de renom, accomplit un beau parcours théâtral, conjuguant comme elle le peut la célébrité et le talent avec un trac paralysant. Agnes, pour sa part, a préféré fonder une famille et vit de son métier d’historienne. Le retour du paternel n’est pas innocent. Gustav propose à Nora le premier rôle de son prochain et peut-être dernier film. Le scénario flirte dangereusement avec son passé familial… Sur cette trame, Joachim Trier nous invite à une mise en abîme du cinéma… dans le cinéma au travers du désir supposé de Gustav de renouer avec les siens. Au passage, il nous parle – beaucoup – de… cinéma, traçant les portraits d’un réalisateur, d’un chef opérateur et bien sûr d’artistes, épinglant Netflix, Tik Tok… Et ce pendant 135 minutes ! Tout cela dans un univers petit-bourgeois au nombrilisme assumé. Des acteurs à l’affiche, personnellement je retiendrais plus particulièrement lnga lbsdotter Lilleaas. Elle incarne une Agnes à laquelle il est facile de croire tant son jeu est spontané, naturel et vibrant de mille émotions. C’est elle qui fait vivre cette sororité bienvenue autant que lumineuse dans ce milieu évaporé tournant autour de son propre centre. Renate Reinsve (Nora) et Stellan Skarsgard (Gustav) de même qu’Elle Fanning, la star hollywoodienne (dans le film) surjouent des rôles égotiques vus à maintes reprises et trop écrits pour qu’ils nous interpellent véritablement.
On pourra se complaire dans cet univers de papier glacé, fait de clichés autant que larmoyant. Le Jury du Festival y a trouvé son compte… On peut aussi y rester étranger malgré des qualités formelles indéniables.