Michele Spotti et les musiciens de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse ont créé l’événement en ce jeudi 12 février à la Halle avec ce programme Verdi, Respighi et Berlioz. Ils nous ont fait oublier les déchaînements naturels ambiants sous toutes leurs formes et tous les présents ont eu à se féliciter de les avoir bravés.

Michele Spotti et l’Orchestre national du Capitole © Romain Alcaraz
Mais, procédons par ordre. L’Ouverture de cet opéra La Force du Destin de Giuseppe Verdi fut une excellente mise en bouche dans toute sa vigueur et sa rigueur. On ferme les yeux, et on se dit, voilà le retour du jeune Ricardo Muti. Non, c’est tout simplement Michele Spotti qui, du Théâtre du Capitole est passé à la Halle. Les habitués du Théâtre n’ont pas oublié, eux, courant 2023, sa direction chaleureusement applaudie de l’Idoménée de Mozart tout récemment et son triomphe total en suivant de La Cenerentola de Rossini. Christophe Ghristi avait vu juste, comme d’habitude. Et ce depuis le triomphe total, mais oui, de Michele Spotti dans la direction de La Traviata avec deux distributions. Un must !
Les quelques numéros choisis pour illustrer La Boutique fantasque d’Ottorino Respighi, si ce sont ceux constituant la Suite d’orchestre, peu importe. Ils participent au divertissement et à la mise en chauffe des différents pupitres pour la seconde partie, et toujours avec les mêmes qualités.

Michele Spotti et l’Orchestre national du Capitole © Romain Alcaraz
Mais, voyons le plat de résistance avec cette symphonie particulière et disons, opératique, d’un Berlioz, coloriste-né, homme de théâtre s’il en fut, insatiable, qui accorderait, à n’en pas douter, un satisfecit enthousiaste à Michele Spotti, maître d’œuvre de ce spectacle magistral et inspiré.
Pour faire court, et malgré la dimension du chef-d’œuvre, on a le droit de penser, en conclusion de cette exécution réjouissante à un certain Charles Munch qui, en pleine répétition d’un des épisodes passionnés de cette Symphonie, à New-York et s’adressant à ses musiciens : « Relisez le texte mes enfants : c’est l’histoire d’un homme qui vient de bouffer de la drogue ! Que ce que vous jouez sente le haschich ! » Une façon originale alors de galvaniser les troupes ! D’une maîtrise sans défaillance aucune, c’est parti pour plus de cinquante minutes, le jeune chef, musicien chaleureux, très charismatique, Michele Spotti a galvanisé tous les pupitres par la baguette mais davantage encore par son sens du rythme et ce don de la couleur venant sûrement de la pratique de l’opéra.

Michele Spotti et l’Orchestre national du Capitole – photo : Culture 31
On sait que cette partition, au fil des ans, fait toujours partie du répertoire de l’ONCT. Il n’empêche que, du premier violon solo au titulaire de la grosse caisse, tous sont à citer, des premières mesures aux cordes en passant par les notes du cor anglais aux dernières mesures, du ticket gagnant en 8-10-12-14-16 aux cordes en passant par les deux musiciens dans les coulisses. Cuivres, bois ou vents, harpes, célesta, cloches, timbales et autres percussions. Simplement huit contrebasses vrombissant comme cent !
Oui, comme une envie bizarre d’Enfer bienfaisant, c’est dire. Et je suis persuadé que, comme Charles Munch, à la fin du concert, Michele Spotti aura eu ces quelques mots « son bonheur d’avoir fait, ce soir-là, vraiment de la musique… »

