Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
L’Argent de la vieille de Luigi Comencini
Sorti en 1972 en Italie et seulement cinq ans plus tard en France, L’Argent de la vieille fait partie des œuvres marquantes de la comédie à l’italienne de son époque à l’instar de Pain et chocolat de Franco Brusati ou d’Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola. Réalisateur à succès aussi bien dans le registre comique (Pain, Amour et Fantaisie et sa suite Pain, Amour et Jalousie, La Grande pagaille…) que dans le mélodrame (La ragazza, L’Incompris…), Comencini met en scène ici une vieille milliardaire américaine dont le loisir principal consiste à voyager à travers la planète afin de jouer aux cartes avec des gens dénués de tout.

Ainsi, chaque année, accompagnée de son chauffeur et homme à tout faire, elle séjourne à Rome où elle retrouve Peppino et Antonia, un couple de miséreux parents de plusieurs enfants. Le rituel est immuable : elle offre généreusement la mise de départ à ses partenaires démunis avant de la récupérer imperturbablement au fil des parties. Sauf que cette année, la vieille dame montre quelques signes de faiblesse et après des gains rapides, elle commence à perdre. Au point de susciter l’effervescence et la mobilisation de la population du bidonville auprès de Peppino et d’Antonia…
Pulsion de mort
La singularité de L’Argent de la vieille est de réunir à l’affiche deux immenses stars de l’âge d’or d’Hollywood (Bette Davis et Joseph Cotten) et deux grandes vedettes italiennes (Alberto Sordi et Silvana Mangano) pour incarner les acteurs de ce combat social, économique et culturel. Chacun joue sa partition même si le rôle tenu par Cotten est plus secondaire. L’inoubliable interprète d’Eve fait des merveilles en vieille femme machiavélique. Celle de Riz amer est parfaite en femme désolée devant les faiblesses de son mari incarné par un Alberto Sordi qui excelle une fois de plus en campant un nigaud aux airs de chien battu.

Par-delà la caricature et la description haute en couleurs d’un bidonville où grouille un lumpenproletariat bigarré, Comencini dépasse la simple exposition de la lutte des classes. Car l’appât du gain et la cupidité transcendent ici les conditions sociales. Chez les pauvres, ils sont l’expression d’une pathétique tentative de sortir seuls de leur misère sur un coup du sort. Chez la milliardaire subclaquante, ils illustrent la pulsion de mort inhérente à l’argent que l’on connaît au moins depuis le mythe de Midas…
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