Dossier 137 un film de Dominik Moll
Le dernier opus de Dominik Moll nous plonge au cœur de l’insurrection des Gilets jaunes en novembre 2018. C’est là qu’a lieu, dans une petite rue de la capitale, une « bavure », comme on dit. Elle va se traduire par l’ouverture d’un énième dossier au sein de l’IGPN, la police des polices. Ce sera le dossier 137. Un film passionnant, clivant peut-être, nécessaire assurément.

Léa Drucker (Stéphanie) – Crédit : Fanny De Gouville
Tout le monde se souvient de ce mouvement qui a envahi les ronds-points dans un premier temps puis Paris dans un déferlement de violence qui a mis en panique le gouvernent d’alors. Une petite famille de Saint-Dizier décide de participer au défilé parisien, par conviction mais aussi pour faire un peu de tourisme à cette occasion.
C’est donc dans la joie et la bonne humeur et sans aucune intention belliqueuse que la petite troupe se rend dans la capitale. En fin de journée, le jeune fils Guillaume et son ami Rémy tentent de rejoindre le restant de la petite équipée lorsqu’ils se retrouvent, dans une rue déserte, face à cinq hommes cagoulés et lourdement armés. Réflexe de survie assurément, les garçons s’enfuient à leur vue en courant. Deux des hommes cagoulés tirent malgré tout avec leurs LBD (lanceur de balle de défense, une arme sublétale). Guillaume est touché à la tête et s’effondre. Les cinq hommes n’en ont cure et poursuivent leur chemin alors que Rémi se précipite vers son ami. Une plainte est déposée et tombe entre les mains de Stéphanie. En l’instruisant elle s’aperçoit que la famille des manifestants est originaire de la commune dans laquelle elle est née et a grandi. Stéphanie va s’attacher à ce dossier et en profite pour rendre visite à ses parents vivants toujours à Saint-Dizier…
Sans parti pris aucun, Dominik Moll nous immerge dans les procédures de l’IGPN, ses protocoles, ses discours administratifs, ses éléments de langage et, surtout, la tension qui s’installe rapidement entre l’enquêtrice et les hommes soupçonnés de cette bavure.
Magistralement monté, sur des dialogues percutants allant droit à l’essentiel, ce film nous précipite dans le réacteur d’une machine infernale dont Stéphanie n’a pas toutes le commandes, politiques et syndicales comprises bien sûr.
Vertigineuse de présence, Léa Drucker (Stéphanie) trace ici l’un des portraits les plus accomplis de sa carrière.
Dominik Moll ne conclut pas son film sur une leçon de morale lénifiante, mais nous laisse face à un constat dont chacun tirera ses conclusions.
Dans tous les cas un film à voir !

