Fabrice Luchini apparaît tel qu’en lui-même dans « Victor comme tout le monde », de Pascal Bonitzer. Il y incarne un comédien dont les lectures de Victor Hugo attirent un large public au théâtre. Tout à ses obsessions littéraires, l’artiste ne s’est jamais vraiment occupé de sa fille, qu’il apprend enfin à connaître alors qu’elle a une vingtaine d’années.

Fabrice Luchini et sa fille de cinéma Marie Narbonne visitant la maison de Victor Hugo à Guernesey. Photo Pyramide Distribution
Fabrice Luchini sur une scène de théâtre, seul, captivant les spectateurs par de « simples » lectures d’auteurs prestigieux. Il n’est pas besoin d’aller chercher très loin pour comprendre que « Victor comme tout le monde » est un portrait décalé du comédien à la verve explosive. Même passion pour la littérature, même obsession pour le mot juste, pour la formule qui fait des étincelles. Même absence au monde contemporain, ses tics et ses tocs ; ses fausses valeurs, ses emballements funestes. Robert Zucchini, son personnage dans le film de Pascal Bonitzer, semble le plus souvent ailleurs, sauf quand il échange avec sa compagne (Chiara Mastroianni, en déplacement aux Etats-Unis, vue le plus souvent sur un écran de téléphone – frustration) ou avec son assistante (Naidra Ayadi). La jeunesse lui paraît un continent étranger. Elle ressurgit en la personne de sa fille et de ses copines, qui animent un petit théâtre. Alors que Zucchini lit Victor Hugo, les demoiselles montent un spectacle sur les femmes de l’écrivain, les remettant dans la lumière aux côtés d’un homme avide de conquêtes, décrit comme un « queutard ».
Pèlerinage à Guernesey
Ce débat féministe anime un scénario plutôt léger, voire un brin volatil – tout le contraire de l’œuvre-monstre de Victor Hugo. La fille retrouvée (sensible Marie Narbonne) porte un tee-shirt du groupe Magma, vestige des passions de jeunesse de sa mère quand elle était « belle et rock ». Sa bibliothèque est remplie d’ouvrages d’Hugo que son père lui envoyait à chaque anniversaire. Comme il se doit, père et fille (et le compagnon de celle-ci) iront en pèlerinage à Guernesey entre joyeuse équipée et sombre pressentiment (Léopoldine Hugo et son époux s’y étaient noyés, creusant un immense désespoir chez l’auteur des « Contemplations »).
Péripéties prévisibles
Si le ton Bonitzer (dont on avait beaucoup aimé « Le tableau volé » en 2024) est encore alerte, les péripéties de son film sont trop souvent prévisibles. Difficile pourtant de l’attaquer sur ce terrain, le scénario étant le dernier écrit par son ancienne compagne Sophie Fillières, décédée en 2023. Cette histoire n’est pas seulement un hommage à Luchini et à Hugo mais un tombeau à la femme tant aimée, nourri de textes sublimes, dits avec ferveur.
« Victor comme tout le monde », de Pascal Bonitzer, sortie mercredi 11 mars. Toujours à l’affiche, le réjouissant « Maigret et le mort amoureux », du même Pascal Bonitzer.

